À son arrivée au sommet de Bruxelles, Theresa May a martelé qu’un accord pour débloquer les négociations sur le Brexit était «réalisable».

Brexit: de la «bonne volonté», mais pas de déblocage

BRUXELLES — Malgré une «bonne volonté» affichée, la Première ministre britannique Theresa May n’a pas fait de nouvelles propositions mercredi à ses 27 homologues, pourtant espérées par l’Union Européenne (UE) pour débloquer les négociations sur le Brexit.

«Je n’ai pas constaté de nouveautés majeures en ce qui concerne la teneur du discours de Mme May», a déclaré le président du parlement européen Antonio Tajani, qui a assisté à l’intervention de la dirigeante britannique lors du sommet de Bruxelles.

Il a toutefois souligné la «bonne volonté» de la dirigeante, son «attitude positive» et une «atmosphère beaucoup plus détendue» qu’un mois plus tôt lors d’une réunion à Salzbourg, en Autriche.

Mme May, qui a parlé pendant une quinzaine de minutes, a fait une «évaluation positive» des «progrès» réalisés jusque là, selon une source européenne.

Les 27 attendaient une nouvelle impulsion aux négociations, actuellement dans l’impasse, de la part de Theresa May. Le président du Conseil européen Donald Tusk avait prévenu qu’il demanderait à la dirigeante britannique des propositions «concrètes» et «créatives» pour pouvoir avancer.

À son arrivée à Bruxelles, devant les journalistes, Mme May a martelé qu’un accord était «réalisable». «Le temps est venu», a-t-elle ajouté.

«On a la volonté collective d’avancer mais nous n’y sommes pas encore», a déclaré le président français Emmanuel Macron, qui a tenu à faire passer un message de «confiance» mais aussi «d’urgence».

«Calme et patience», a de son côté exhorté le négociateur en chef de l’UE Michel Barnier à son arrivée au sommet. «Nous avons besoin de temps, de plus de temps» pour arriver à un compromis à la fois sur les conditions du divorce et sur la future relation, a-t-il souligné.

Pour la chancelière allemande Angela Merkel, l’accord est prêt à «90%» mais «il y a encore du travail devant nous».

Un «moment de vérité»

Theresa May a eu plusieurs rencontres en bilatéral avant de se présenter devant les chefs d’Etat ou de gouvernement des 27 autres pays de l’UE : avec le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et celui du Conseil européen, Donald Tusk, ou encore le président français Emmanuel Macron.

L’UE s’inquiète de la position du gouvernement britannique, empêtré dans des disputes internes et qui doit encore s’assurer du soutien du Parlement à tout texte négocié.

«Même si on trouve un accord ici, ce n’est pas encore garanti qu’il passe à Londres», a résumé le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel.

Ce sommet était initialement présenté comme un «moment de vérité» à moins de six mois du départ du Royaume-Uni, prévu pour le 29 mars 2019.

Mais les dernières discussions entre l’UE et Londres sont restées vaines, butant principalement sur la solution qui permettrait d’éviter le rétablissement d’une frontière physique entre l’Irlande et l’Irlande du Nord, afin de sauvegarder les Accords de paix de 1998.

«Oui, il reste des différences sur la question d’un filet de sécurité pour l’Irlande du Nord. En travaillant intensément ensemble, je pense qu’on peut résoudre ces problèmes», a déclaré Theresa May.

Afin de débloquer les négociations, l’une des options serait d’accepter de prolonger d’un an, soit jusqu’au 31 décembre 2021, la période de transition, ont dit deux sources diplomatiques à l’AFP.

«Tout est possible», a estimé la présidente lituanienne Dalia Grybauskaite, assurant que l’UE était prête à aider la Britannique. 

Selon Antonio Tajani, Mme May n’était pas fermée à cette idée.

L’idée d’une prolongation de la période de transition -sur laquelle les services du négociateur en chef de l’UE Michel Barnier ont refusé tout commentaire- permettrait de donner plus de temps pour négocier un accord commercial avec le Royaume-Uni et augmenter ainsi les chances d’éviter d’avoir à recourir au «filet de sécurité» («backstop») en Irlande.

Pas de solution miracle

Prolonger la transition, «ce n’est pas une solution en tant que telle. Ça ne va pas résoudre miraculeusement le problème» de la frontière, a cependant nuancé un diplomate européen.

Londres propose de rester aligné sur les règles douanières de l’Union jusqu’à la signature d’un accord de libre-échange plus large, afin d’éviter le contrôle de marchandises aux frontières.

L’UE suggère quant à elle de ne garder que l’Irlande du Nord dans l’union douanière, une solution inacceptable pour Londres qui refusera toute «proposition qui aurait pour effet de disloquer le Royaume-Uni».

Dans son invitation aux chefs d’État et de gouvernement rendue publique lundi soir, Donald Tusk avait jugé «plus probable que jamais» le scénario d’une absence d’accord, appelant à accélérer les préparatifs pour faire face à cette éventualité.