Brasser des affaires en Corée du Sud (1)

Les yeux du monde entier sont rivés sur Pyeongchang.

En Corée du Sud, les athlètes canadiens vont se surpasser pour grimper sur les plus hautes marches du podium. Au cours des deux prochaines semaines, le commun des mortels entendra parler de ce pays de plus de 50 millions d’habitants comme jamais auparavant.

Pour des entrepreneurs canadiens, la Corée du Sud fait déjà partie de leur terrain de jeu.

Selon le ministère québécois de l’Économie, de la Science et de la Technologie, une dizaine d’entreprises des régions de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches vendent leurs produits en Corée du Sud.

Parmi elles, Phantom Intelligence et Telops. Nous vous les présentons. Aussi, le représentant de l’antenne du Québec à Séoul, Chungyoll Yoo, dresse les avantages avantages pour les entreprises d’ici de miser sur l’économie sud-coréenne.

Le président de Phantom Intelligence, Jean-Yves Deschenes.

Phantom Intelligence a trouvé un actionnaire en Corée du Sud

À l’origine, Jean-Yves Deschenes, un ingénieur en électricité, réalisait un mandat de consultation en informatique pour un fabricant automobile coréen afin d’évaluer les possibilités offertes par le marché naissant des dispositifs d’aide à la conduite automobile.

Et s’il y avait une autre technologie que le radar pour permettre la détection d’obstacles et ainsi éviter les collisions, se sont triturés les méninges Jean-Yves Deschenes et les chercheurs coréens pendant deux ans.

Ils ont convenu qu’il fallait mettre de l’avant l’utilisation du lidar comme mesure de distance des objets. Le lidar, c’est la technologie de télédétection par laser.

Selon l’Institut national d’optique, le principe de fonctionnement du lidar est semblable à celui du radar. «Il mesure le temps de propagation de la lumière rétrodiffusée ou réfléchie par une cible. Toutefois, le lidar permet d’établir la distance et de cartographier son environnement avec une plus grande précision.»

De retour à Québec après son séjour en Corée du Sud, Jean-Yves Deschenes fonde, en 2011, Phantom Intelligence.

La mission de l’entreprise est de réduire les collisions en améliorant les systèmes de détection d’obstacles. Comment? En utilisant des capteurs des senseurs lidar — évidemment — qui s’intègrent dans la carrosserie d’un véhicule.

Des clients, Phantom Intelligence en a recruté aux États-Unis, en France, en Allemagne, au Japon et en Corée du Sud. Dans ce pays, l’entreprise du Parc technologique du Québec métropolitain y a ouvert un bureau il y a deux ans.

Sungwoo Hitech, un fabricant coréen de pièces d’automobile, croit tellement au potentiel de l’entreprise de la capitale qu’il en est récemment devenu un actionnaire minoritaire.

«Une longue histoire d’amour»

Jean-Yves Deschenes parle d’une «longue histoire d’amour» entre lui et la Corée, un pays qu’il a visité à plusieurs reprises depuis 2000.

«Ce qui frappe en arrivant en Corée pour brasser des affaires, c’est l’omniprésence des chæbols, ces énormes conglomérats industriels qui sont fortement intégrés verticalement. Le constructeur automobile possède ses usines de fabrication de pièces et même ses stations-service! Le modèle d’affaires coréen est unique au monde et assez déroutant, je vous l’avoue.»
«Il faut être agile lorsque vous faites affaire avec ces grosses entreprises. Un conglomérat, quand ça décide de bouger, ça bouge. Il a une capacité incroyable pour déplacer des ressources en vue de l’atteinte d’un résultat.»

Pour percer le marché coréen, il faut avoir un produit différencié. «N’essayez surtout pas de faire les mêmes choses que font les Coréens. Ils le font bien mieux que vous. Je dis souvent que les Coréens ne sont pas toujours les meilleurs pour inventer une recette. Par contre, le jour où ils en connaissent les secrets, ils sont capables de vous faire de bons petits plats à la tonne.»
En affaires, Jean-Yves Deschenes l’avoue : «C’est long et c’est difficile pour un étranger avant d’obtenir la pleine confiance des partenaires étrangers. Il faut aller les rencontrer souvent. Une fois que cette confiance est acquise, la relation va être durable.»

Les relations interpersonnelles sont aussi importantes.

«Il n’y a pas une entente qui va se conclure sans qu’il y ait obligatoirement une soirée bien arrosée au soju, un spiritueux coréen contenant entre 20 % et 45 % d’alcool.»

Chungyoll Yoo, le représentant à l’Antenne du Québec à Séoul.

Trois question à Chungyoll Yoo, le représentant à l’Antenne du Québec à Séoul.


Q    La Corée du Sud, est-ce un marché naturel pour les entreprises québécoises ?


R    Le marché de la Corée du Sud est dynamique et en pleine croissance. Il est basé sur l’innovation, la créativité et l’esprit entrepreneurial, ce qui a conduit à une transition vers des produits de meilleure qualité et des industries à forte valeur ajoutée. La qualité et l’importance de la technologie caractérisent parfaitement le secteur manufacturier de la Corée du Sud. Le pays est très actif sur les marchés d’exportations. Enfin, tout partenariat entre les entreprises québécoises et coréennes devrait permettre d’ouvrir l’ensemble marché asiatique, grâce à la place importante de la Corée du Sud dans l’économie asiatique.


 Q    Qu’est-ce que la Corée du Sud peut apporter aux entreprises québécoises et quels sont les avantages pour les entreprises québécoises de percer ce marché ?


R    L’Accord de libre-échange entre le Canada et la Corée offre un accès simplifié aux entreprises québécoises, sans aucune barrière tarifaire. La Corée peut être aussi la porte d’entrée dont les entreprises québécoises ont besoin pour prendre de l’expansion dans les marchés de l’Asie du Sud-Est. Les secteurs à surveiller pour les entreprises québécoises sont les technologies de l’information et des communications, l’aérospatial, le multimédia, les sciences de la vie, l’intelligence artificielle, la réalité augmentée et la réalité virtuelle. Soulignons que le Canada et la Corée ont aussi signé un accord en science, technologie et innovation. Les institutions et entreprises québécoises peuvent donc collaborer à des projets conjoints en R-D et participer à des projets commerciaux avec des joueurs majeurs.


 Q    Comment fonctionne le marché coréen? Comment doit-on s’y prendre pour y accéder ?


R    La Corée est un marché exigeant. La meilleure façon de faire des affaires dans ce pays est d’identifier un bon partenaire en investissant du temps avec les gens — plus qu’ailleurs dans le monde — en les visitant souvent et en gardant régulièrement contact. Les entreprises québécoises peuvent être représentées sur le marché coréen via des accords avec des distributeurs, l’octroi de licences ou encore par une présence directe sur le marché. Le marché coréen est un des plus importants au monde, avec plus de 51 millions d’habitants en 2018, disposant d’un haut pouvoir d’achat. Il est également très homogène, ce qui permet d’y réussir plus facilement que dans des pays où les régions ont chacune leurs spécificités. L’évolution vers une société plus encline à une consommation sophistiquée et une qualité de vie élevée ouvrent de nouvelles perspectives à des entreprises québécoises, lorsqu’elles se montrent ingénieuses et innovantes.