Dimanche, environ 200 personnes de toutes les couleurs politiques avaient témoigné leur colère contre Bombardier, au centre-ville de Montréal.

Bombardier reporte ses hausses salariales

La controverse des derniers jours a fait plier Bombardier. L'avionneur a annoncé dimanche soir qu'il reporte jusqu'à 2020 plus de la moitié de la rémunération des membres de sa haute direction pour l'année 2016.
Le constructeur d'avions et de trains a fait part de sa décision en soirée, dimanche, au terme d'une manifestation ayant réuni environ 200 personnes au centre-ville de Montréal. Deux jours plus tôt, le président exécutif du conseil, Pierre Beaudoin, avait renoncé à son augmentation en raison de la tempête médiatique, mais cette décision ne concernait pas les cinq autres dirigeants.
En entrevue avec La Presse canadienne, le président et chef de la direction, Alain Bellemare, reconnait que l'entreprise a fait une «mauvaise job» à la suite de la controverse provoquée par la rémunération de ses hauts dirigeants, mais croit néanmoins que le lien de confiance avec les Québécois n'a pas été brisé.
«Nous avons sous-estimé la réaction de la population et mal expliqué la rémunération, a affirmé M. Bellemare, dimanche soir. Je pense que les gens ont compris, ou que nous avons laissé sous-entendre, que nous allions toucher ces montants immédiatement.»
Initialement, les sommes visées devaient être versées à compter de 2019. Bombardier a décidé de repousser le versement d'un an de ces paiements, en les rendant conditionnels à l'atteinte des objectifs du plan de redressement de M. Bellemare, dont la réalisation est prévue pour 2020.
Plusieurs ont fait part de leur indignation en raison du montant global - qui tient compte des primes, de la rémunération en actions et de la valeur du régime de retraite - de 32,6 millions $ US, en hausse de 50 % sur un an, octroyé aux six plus hauts dirigeants. Ce montant était jugé indécent, alors que Québec a injecté 1,3 milliard $ dans l'avion CSeries et que le gouvernement Trudeau vient de consentir un prêt de 372,5 millions $.
D'ici la fin de 2018, Bombardier devrait en plus avoir éliminé quelque 14 500 postes à travers le monde.
Par l'entremise de son compte Twitter, le premier ministre Philipe Couillard avait dit, en soirée, avoir transmis ses préoccupations «et celles des Québécois» au grand patron de la multinationale.
D'ici 2020, la société veut atteindre le seuil de rentabilité de la production des avions CSeries, et souhaite générer 1,75 milliard $US en bénéfice avant impôts tout en augmentant ses revenus à 25 milliards $US. En 2016, Bombardier a affiché une perte nette de 981 millions $US tandis que le chiffre d'affaires a reculé à 16,34 milliards $US.
Initialement, le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, devait recevoir un salaire global de 9,5 millions $US, en hausse de 48 %.
Manifestation
Plus tôt en journée, environ 200 personnes de toutes les couleurs politiques avaient témoigné leur colère contre Bombardier, à Montréal. 
«L'année passée, l'entreprise a demandé à ses employés de bureau de couper leur salaire, de couper dans leurs avantages sociaux pour aider la compagnie à survivre dans des temps difficiles, et eux [les dirigeants] se votent une augmentation de salaire? Ce n'est pas correct», a lâché Jacques Genest.
Les manifestants ne semblaient pas avoir été pleinement satisfaits de la décision du président exécutif du conseil d'administration de la multinationale, Pierre Beaudoin, qui a annoncé vendredi soir qu'il renonçait à son augmentation. 
«C'est une réaction rapide face à la colère, je ne crois pas qu'il [M. Beaudoin] aurait fait la même chose s'il n'y avait pas eu de soulèvement», a déclaré la manifestante Kim St-Pierre.
Certains militants ont aussi déploré la réaction «molle» du gouvernement de Philippe Couillard, qui a critiqué cette décision, mais qui n'a pas remis en question l'investissement de 1,3 milliard $US consenti à Bombardier pour le développement de l'avion CSeries. 
Un représentant du Parti libéral a tenté de rejoindre la foule, samedi, mais il a été rapidement chahuté et est aussitôt reparti dans une voiture noire. L'attachée de presse de Jean-Marc Fournier, Karla Duval, a confirmé que le leader du gouvernement s'était rendu sur place.
«Philippe Couillard, il est temps qu'il se lève et qu'il se tienne debout au nom des Québécois pour demander à ces dirigeants-là qu'ils reculent et qu'ils annulent l'augmentation de salaire qu'ils veulent se donner», a déploré le député du Parti québécois, Alain Therrien.
Dimanche, M. Therrien avait même annoncé vouloir présenter mardi une motion pour appeler les dirigeants de Bombardier à renoncer à leur hausse de rémunération. Le député Éric Lefebvre, de la CAQ, et la députée Manon Massé, de Québec solidaire, ont tous deux indiqué dimanche qu'ils devaient appuyer la motion.
La Coalition avenir Québec (CAQ) demandait même d'aller plus loin et de rouvrir l'entente avec Bombardier.
La cause a permis de former des alliances improbables. Le chroniqueur de droite Éric Duhaime  et la députée du parti de gauche Québec solidaire, Manon Massé, ont pris la parole lors de l'événement pour dénoncer Bombardier.
«Si Manon Massé et moi on est dans la même manif, c'est parce qu'il n'y a personne qui est contre nous aujourd'hui», a lancé M. Duhaime.