Un Airbus A220 est assemblé à l’usine Bomabardier de Mirabel en janvier 2019.
Un Airbus A220 est assemblé à l’usine Bomabardier de Mirabel en janvier 2019.

Bombardier pourrait solliciter de l’aide gouvernementale si la pandémie perdure

MONTRÉAL — Les interruptions de production provoquées par la COVID-19 ont contribué à faire plonger Bombardier dans le rouge au premier trimestre, qui pourrait cogner à la porte des gouvernements dans le but d’obtenir un «soutien supplémentaire» si les effets de la pandémie continuent à se faire ressentir.

«Des discussions ont déjà eu lieu pour s’assurer que si nous avions des besoins temporaires, les pourparlers seraient avancés», a expliqué jeudi le président et chef de la direction de Bombardier Éric Martel, en poste depuis le 6 avril, dans le cadre de sa première conférence téléphonique visant à discuter des résultats du premier trimestre.

Au cours de la période de trois mois terminée le 31 mars, le constructeur d’avions et de trains a affiché une perte nette de 200 million $US alors malgré une hausse de 5 % de ses revenus, qui ont été de 3,69 milliards $US, alors que ses liquidités ont fondu de 1,6 milliard $US — et devraient faire de même au deuxième trimestre.

La pandémie a eu un impact de 600 millions $US à 800 millions $US puisque Bombardier a été incapable de livrer des avions et que la baisse des commandes attendues a été plus importante que prévu. Pour soutenir le «fonds de roulement» de Bombardier Transport, la compagnie a obtenu 386 millions $US de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), qui détient maintenant 36 % de cette division.

Interrogé par les analystes, M. Martel, qui a déjà dirigé la division des jets d’affaires de Bombardier avant d’effectuer le saut à la tête d’Hydro-Québec en 2015, a expliqué que la compagnie discutait avec tous les gouvernements des pays où elle est présente.

Même si les usines redémarrent lentement, la multinationale s’attend à ce que le niveau d’activité commerciale atteigne un plancher avant de reprendre lentement en deuxième moitié d’année.

«À un certain moment, toutes nos usines étaient fermées, a souligné M. Martel. L’impact a été significatif au premier trimestre et il y en aura d’autres au deuxième trimestre, puisqu’une grande partie de (nos usines) ont été fermées au cours des huit dernières semaines.»

D’autres ajustements

Bombardier, qui a mis ses prévisions sur la glace pour l’exercice, s’attend à ce que l’industrie des avions d’affaires réduise ses livraisons de 25 % à 30 % par rapport à ce qui était prévu avant le début de la pandémie. L’entreprise prévoit donc devoir ajuster sa cadence de production, qui risque d’affecter la famille Challenger assemblée à Montréal, mais n’a pas précisé l’impact sur sa main d’œuvre.

L’avion d’affaires Global 7500, dont la finition est effectuée à Montréal, ne sera pas affecté par la baisse de cadence.

Bombardier, dont la dette à long terme est d’environ 9,3 milliards $US, disposait de 2,1 milliards $US dans ses coffres au 31 mars, mais elle s’attend toutefois à devoir y piger environ 1,5 milliard $US au deuxième trimestre.

La société devrait toutefois récolter plus de 1 milliard $US grâce à la vente de son programme CRJ à Mitsubishi Heavy Industries, qui devrait se concrétiser le 1er juin, et la cession de deux usines — Belfast et Casablanca — à Spirit Aerosystems, qui devrait aboutir au cours des prochains mois.

De plus, la pandémie ne semble pas freiner la vente de Bombardier Transport à Alstom, qui devrait permettre à l’entreprise québécoise d’obtenir entre 4,2 milliards $US et 4,5 milliards $US.

Abstraction faite des éléments non récurrents, la perte ajustée de Bombardier a été de 169 millions $US, ou 10 ¢US par action, par rapport à une perte ajustée de 122 millions $US, ou 7 ¢US par action, au premier trimestre l’an dernier.

Les analystes tablaient sur un chiffre d’affaires d’environ 3,3 milliards $US ainsi qu’une perte ajustée par action de 7 ¢US par action, d’après la firme de données financières Refinitiv.