La période de grâce d'un an que s'étaient accordée les deux parties après l'expiration de l'accord canado-américain sur le bois d'oeuvre a pris fin le 12 octobre dernier.

Bois d'oeuvre: «Un autre coup dans les genoux»

Encore fraîche en mémoire, la crise de l'industrie forestière a fait de nombreuses victimes à travers la province depuis 2005. À peine relevé, le secteur du bois d'oeuvre anticipe maintenant une autre période sombre en raison du droit compensateur de 19,88 % imposé sur les exportations canadiennes par le pays de Donald Trump.
Pour plusieurs joueurs du milieu, notamment les entreprises et les propriétaires de forêts privées, cette situation, baptisée par plusieurs comme «la cinquième guerre de l'industrie» avec nos voisins du sud, ne remémore ni n'augure rien de bon.
Pour la petite histoire, le bras de fer entre ces deux pays sur la question du bois d'oeuvre ne date pas d'hier. Le conflit a démarré en 1982. En 1983, les États-Unis réclamaient déjà un droit compensateur de 15 %, affirmant que le Canada subventionnait son secteur forestier en autorisant la coupe sur les terres publiques.
Entre 1982 et 2012, le Canada a dû se retourner entre autres vers l'Organisation mondiale du commerce pour avoir gain de cause dans ce débat. En 2002, les États-Unis réclamaient un droit compensateur de 29 %. Il avait finalement été revu à 10,8 %.
L'année suivante, la valeur du bois - provenant des forêts privées québécoises - livré aux usines de produits forestiers a chuté de 8,5 %, passant de 364,9 millions $ à 333,4 millions $ en 2003. Le droit compensateur était l'un des facteurs expliquant cette baisse. Et, à partir de 2005, et ce, jusqu'à 2011, il y a eu la crise dans l'industrie, en raison notamment du ralentissement du marché immobilier aux États-Unis. Plus de 250 entreprises et usines du Québec ont été touchées durant cette période. Des dizaines de milliers d'emplois ont été perdus. D'ailleurs, pour certaines compagnies, les cicatrices sont toujours visibles.
«Aujourd'hui, ce qui arrive, ce n'est jamais une bonne nouvelle. Surtout que depuis environ 10 ans, le Québec a mis beaucoup d'efforts pour mettre en place un régime forestier qui répondait aux demandes des Américains. Maintenant, c'est fait et nous trouvons encore d'autres raisons pour appliquer une taxe», déplore Marc Beaudoin, directeur général du Regroupement des sociétés d'aménagement forestier du Québec (RESAM). Il s'agit d'un organisme à but non lucratif qui a pour mission de défendre les intérêts des 42 groupements forestiers du Québec.
M. Beaudoin ne cache pas sa déception et son inquiétude devant cette nouvelle mesure de l'administration Trump. Surtout que les États-Unis taxeront les exportations de manière rétroactive sur 90 jours. Ce qui aura fort probablement un impact sur le portefeuille de plusieurs.
«L'imposition des taxes va faire en sorte d'augmenter les coûts de production. L'exportation au sud, c'est le marché québécois. C'est certain qu'il faut s'attendre à un certain ralentissement dans l'économie forestière», avance le dg. «On commençait à peine à reprendre du poil de la bête après la crise. On vient de nous donner un autre coup dans les genoux», poursuit-il, craignant une forte baisse de la demande pour le bois provenant des terres privées. Il estime également que les transformateurs pourraient essayer de négocier les prix à la baisse.
Selon la Fédération des producteurs forestiers du Québec, ce sont les dizaines de milliers de producteurs de bois de la forêt privée, qui contribuent à 16 % des approvisionnements de scieries québécoises de bois d'oeuvre, qui subiront les dommages collatéraux du droit compensateur. En 2015, les expéditions de sapins, d'épinettes et de pins gris à destination des scieries ont représenté presque 3 millions m3, environ 58 % du volume de bois vendu en forêt privée.
«Les producteurs forestiers ont raison d'être inquiets», note Marc-André Côté, directeur général. «Nous proposons qu'une mesure d'exemption soit négociée pour le bois d'oeuvre produit à partir de la forêt privée», poursuit-il. «Cette exemption permettrait de valoriser une gestion forestière que l'on retrouve aux États-Unis».
La Fédération estime qu'une baisse de la récolte d'un million de mètres cubes de bois de sciage résineux en forêt privée se traduirait par une perte de 550 emplois. Et une diminution du chiffre d'affaires dans cette industrie de 66 millions $.
Du côté des entreprises, pour Produits forestiers Résolu, la décision du président Trump est «inacceptable». Par ailleurs, la direction de la compagnie n'est pas en mesure de dire pour le moment si cette mesure pourrait entraîner la fermeture d'établissements ou la perte d'emplois.
«On dénonce cette taxe injuste imposée par le Département américain du commerce, qui ne vise qu'à fragiliser l'industrie forestière canadienne», indique le porte-parole, Karl Blackburn, se demandant pourquoi nos voisins américains s'acharnent encore à imposer des droits compensateurs «même si, dans les 30 dernières années, à chaque occasion que le Canada a eue de se confronter au système américain devant les instances internationales du commerce, on a toujours eu gain de cause», a-t-il rappelé.
Les impacts négatifs de ces mesures se feront sentir dans les régions d'où provient le bois, pas dans les grands centres, déplore aussi M. Blackburn. Ce dernier a également fait valoir que les consommateurs américains qui construisent ou font construire leurs maisons «vont se voir contraints de payer leur bois beaucoup plus cher, et c'est leur propre industrie qui leur impose ça. Ça va être à leur détriment. Et de l'autre côté, si ça a un impact à la baisse sur les commandes au Canada, ce sont des communautés ici qui seront touchées».
Chez Scierie P.S.E., de Saint-Ubalde, on déplore aussi la situation. «En 2003, nous avions passé à travers. C'est certain que ce n'est pas quelque chose de positif. On va devoir se tourner vers d'autres marchés», affirme le responsable Pierrot Savard. Actuellement, environ 10 % du chiffre d'affaires de Scierie P.S.E. provient des États-Unis.
Avec la collaboration spéciale de Steeve Paradis
Une décision «inacceptable»
Pour Produits forestiers Résolu, la décision du président Trump est «inacceptable». Par ailleurs, la direction de la compagnie n'est pas en mesure de dire pour le moment si cette mesure pourrait entraîner la fermeture d'établissements ou la perte d'emplois.
«On dénonce cette taxe injuste imposée par le Département américain du commerce, qui ne vise qu'à fragiliser l'industrie forestière canadienne.», indique le porte-parole, Karl Blackburn, se demandant pourquoi nos voisins américains s'acharnent encore à imposer des droits compensateurs «même si, dans les 30 dernières années, à chaque occasion que le Canada a eue de se confronter au système américain devant les instances internationales du commerce, on a toujours eu gain de cause», a-t-il rappelé.
Les impacts négatifs de ces mesures se feront sentir dans les régions d'où provient le bois, pas dans les grands centres, déplore aussi M. Blackburn. 
Chez Scierie P.S.E., de Saint-Ubalde, on déplore aussi la situation. «En 2003, nous avions passé à travers. C'est certain que ce n'est pas quelque chose de positif. On va devoir se tourner vers d'autres marchés», affirme le responsable Pierrot Savard. Actuellement, environ 10 % du chiffre d'affaires de Scierie P.S.E. provient des États-Unis.
Jean-Michel Genois et Steeve Paradis