L'industrie forestière québécoise compte pas moins de 60 000 emplois et l'accès au marché américain pour le bois du Québec est considéré comme primordial.

Bois d'oeuvre: les hostilités sont lancées

Les hostilités sont lancées. Avec le dépôt d'une requête judiciaire pour concurrence déloyale et dumping contre l'industrie canadienne, vendredi, l'industrie américaine du bois d'oeuvre tire la première salve de ce qui se présente comme une nouvelle guerre commerciale.
Le recours judiciaire vise à «rétablir les conditions d'un commerce équitable du bois d'oeuvre résineux entre les États-Unis et le Canada», selon un communiqué publié vendredi par une coalition de producteurs américains.
La requête allègue que les gouvernements provinciaux du Canada fournissent aux producteurs des arbres sur pied inférieurs à la valeur marchande en plus de leur offrir «de nombreuses autres subventions», selon le communiqué.
Le lobby américain soutient également que l'industrie canadienne du bois d'oeuvre s'adonne à du dumping en vendant ses produits forestiers à des prix «inférieurs à sa juste valeur aux États-Unis».
En déposant ce recours, la coalition réclame des autorités américaines qu'elles imposent des tarifs douaniers punitifs sur les produits en provenance du Canada «pour compenser les torts causés aux scieries des États-Unis, des travailleurs et des communautés».
Pas une surprise
Les représentants de l'industrie canadienne ne sont pas tombés en bas de leur chaise, vendredi. Ils étaient certains que des démarches judiciaires seraient entamées après l'expiration du moratoire sur le bois d'oeuvre résineux, le 12 octobre dernier.
«On s'attendait à ça d'une journée à l'autre, d'une semaine à l'autre, donc il n'y a pas vraiment de surprise», a affirmé en entrevue le président-directeur général du Conseil de l'industrie forestière du Québec (CIFQ), André Tremblay.
Il estime que la ministre du Commerce international, Chrystia Freeland, a fait un «excellent travail» pour tenter d'arracher un accord. Mais l'industrie américaine n'était ouverte à «aucun compromis», a-t-il soutenu.
Le gouvernement doit maintenant «mettre en place des outils financiers qui vont permettre à l'industrie de passer à travers une bataille judiciaire qui pourrait durer deux, trois, quatre ans», a plaidé M. Tremblay.
«Pour le Québec, on évalue que les coûts annuels d'une bataille judiciaire se situeraient entre 225 et 250 millions $», a-t-il suggéré.
Le bureau de la ministre Freeland, qui s'attendait aussi au dépôt d'une requête judiciaire au sud de la frontière, a déclaré jeudi que le Canada «défendra avec vigueur les intérêts des travailleurs et des producteurs canadiens».
Son cabinet a rappelé que les travailleurs et producteurs de bois «n'ont jamais été en faute» et que «les organismes internationaux se sont toujours rangés du côté de notre industrie».