Des milliers d'emplois sont menacés par l'imposition par les États-Unis d'un droit compensateur de 20 % sur les exportations canadiennes de bois d'oeuvre.

Bois d'oeuvre: le Canada menace les États-Unis de représailles

Le gouvernement canadien menace d'adopter plusieurs mesures commerciales contre les États-Unis, en représailles aux droits majeurs récemment imposés sur les importations de bois d'oeuvre canadien.
Ottawa fait pression pour la conclusion d'une entente à long terme relativement à la dispute commerciale, sans quoi plusieurs industries américaines pourraient être bientôt ciblées.
L'une des mesures devrait être annoncée publiquement dans une lettre vendredi, alors qu'une autre pénalité - celle-là comportant plusieurs facettes - est envisagée
La Presse canadienne a appris que le premier ministre Justin Trudeau lancera la première salve au moyen d'une missive qu'il adressera à son homologue provinciale de la Colombie-Britannique, Christy Clark. Il entend l'aviser qu'il considère sérieusement sa demande concernant une interdiction ou une taxe sur les exportations de charbon thermique. Il lui indiquerait que cette suggestion est analysée par les responsables fédéraux en matière de commerce.
L'Oregon dans la mire
La deuxième menace pour les États-Unis : des possibles droits imposés aux industries de l'Oregon. Cet État est celui du sénateur démocrate Ron Wyden, qui a adopté la ligne dure dans la dispute entourant le bois d'oeuvre canadien.
Le gouvernement canadien a identifié plusieurs programmes d'aide de l'Oregon qui peuvent constituer, selon lui, des formes de subventions illégales. Il considère un processus qui pourrait mener à l'imposition de droits de représailles sur les importations des produits de cet État. Ce serait notamment le cas pour le contreplaqué, le revêtement de sol, les copeaux de bois, le matériel d'emballage et le vin.
Deux sources gouvernementales ont insisté sur le fait que la menace brandie n'aurait rien à voir avec le président américain Donald Trump. Il s'agit plutôt, a-t-on souligné, d'une action spécifique relative à une dispute commerciale en particulier et à un sénateur démocrate d'un État américain.
Ces sources ont en outre fait valoir qu'une entente à long terme sur le bois d'oeuvre serait la meilleure façon de prévenir une escalade des tensions.
«Nous espérons ne pas avoir à agir», a dit l'une d'entre elles qui a requis l'anonymat afin de pouvoir discuter d'informations qui n'ont pas été annoncées publiquement. Nous espérons que cette dispute puisse être résolue.»
Plan d'action similaire
Le plan d'action analysé par le gouvernement canadien est similaire au processus dont ont eu recours les États-Unis, lesquelles ont frappé de droits de 20 % les exportations canadiennes de bois d'oeuvre.
Ce plan comprend notamment de demander à l'Agence des services frontaliers du Canada de se pencher sur les sources de subvention illégales en Oregon. Un tel processus pourrait s'échelonner sur plusieurs mois.
Le gouvernement dit avoir ciblé, dans cet État, neuf programmes qui viennent en aide aux entreprises. La plupart de celles-ci ont des activités liées au bois d'oeuvre, a-t-on affirmé.
«C'est une réalité. Nos responsables ont déjà regardé ceci», a assuré un agent du gouvernement au courant du plan d'Ottawa.
«[Ron] Wyden a été un des principaux défenseurs pendant des années de demandes infondées à l'encontre de l'industrie canadienne du bois d'oeuvre», a-t-il ajouté.
Ottawa n'a toutefois pas l'intention de déroger de l'attitude de coopération et de minimisation du drame prise par Justin Trudeau à l'égard de la Maison-Blanche, de façon générale, souligne une autre source.
«Ce n'est pas à propos du président. C'est à propos de l'État...La stratégie [quant à Donald Trump] en est toujours une d'engagement positif», a-t-on soutenu, ajoutant qu'il fallait tout de même intervenir sur des enjeux comme celui des exportations canadiennes de bois d'oeuvre.
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Des entreprises américaines souhaitent des exemptions
Plusieurs entreprises américaines qui dépendent du bois d'oeuvre canadien affirment que des milliers d'emplois aux États-Unis seront menacés si le département américain du Commerce ne les exempte pas des droits majeurs imposés sur les importations du Canada.
Les propriétaires de trois entreprises de cadres de lit et d'un fabricant qui transforme le bois de cèdre jaune en produits haut de gamme ont appelé le secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, à les exempter des droits compensatoires d'environ 20 % et d'autres mesures imminentes antidumping sur les importations canadiennes.
Sans une exemption, ces entreprises affirment qu'elles seraient contraintes d'augmenter significativement leurs prix, risquant un déclin des ventes et des pertes d'emplois.
Stephen McLaughlin, vice-président chez Tempur-Pedic, établie au Kentucky, a soutenu que des perturbations, même temporaires, «élimineraient des emplois aux États-Unis et nuiraient à la stabilité financière du secteur».
Des lettres similaires ont été envoyées par d'autres entreprises.
Ces entreprises ont affirmé que les scieries aux États-Unis ayant lancé l'action contre le Canada appuient leur requête, mais le gouvernement a indiqué qu'il ne répondrait pas avant d'avoir livré ses décisions sur les droits compensatoires dans cinq mois.
Les entreprises de cadres de lit font valoir que le bois dont elles ont besoin comporte un grain fin et de petits noeuds, des éléments caractéristiques des espèces de bois d'oeuvre dans les climats plus froids comme celui du Canada.
Oregon Industrial Lumber Products a indiqué qu'elle se procurait tout son bois de cèdre jaune en Colombie-Britannique, car aucun n'est produit aux États-Unis à l'exception de petites quantités en Alaska.