Critiquant l'aide de longue date des gouvernements à Bombardier, le président de la division internationale de Boeing, Marc Allen, a affirmé en entrevue à La Presse canadienne que celle-ci avait «dépassé toutes les bornes en 2016».

Boeing défend sa décision de porter plainte contre Bombardier

Boeing n'a aucunement l'intention de renoncer à sa plainte commerciale contre son rival québécois Bombardier - un conflit transfrontalier majeur qui pourrait avoir, selon le géant américain des transports, des ramifications à long terme pour l'avenir du secteur aéronautique en entier.
Les conséquences potentielles du conflit Boeing-Bombardier vont au-delà de toute entente particulière - surtout pour Boeing, a fait valoir le président de la division internationale de Boeing, Marc Allen.
Critiquant l'aide de longue date des gouvernements à Bombardier, M. Allen a affirmé en entrevue à La Presse canadienne que celle-ci avait «dépassé toutes les bornes en 2016».
Boeing (NYSE:BA) a déposé plus tôt cette année une plainte contre Bombardier, alléguant que des subventions et des prêts du gouvernement du Québec et du fédéral lui avaient permis de vendre ses avions commerciaux de la CSeries à des prix «dérisoires».
Lorsque le département américain du Commerce et la Commission du commerce international affiliée ont convenu en mai d'enquêter sur la plainte, le gouvernement Trudeau a lancé un avertissement, menaçant d'abandonner son plan d'achat intérimaire de plusieurs milliards de dollars de 18 avions de combat Super Hornet de Boeing.
Boeing avait d'abord espéré résoudre le conflit par la voie diplomatique, a dit M. Allen, et avait convaincu le gouvernement américain l'an dernier d'envoyer une note officielle au Canada.
«Il n'y a tout simplement pas eu de réponse. Il était clair qu'il n'y aurait aucune avancée, et que si tout progrès devait être réalisé, ce serait par l'entremise d'une certaine forme d'action coercitive», a-t-il soutenu.
Boeing était consciente que la plainte susciterait une réaction forte de la part d'Ottawa, a poursuivi M. Allen, mais la direction a décidé qu'elle devait agir afin de protéger les intérêts plus larges de l'entreprise.
Et bien que le géant américain de l'aéronautique - qui emploie aussi des milliers de travailleurs à travers le Canada - préférerait encore en arriver à une résolution par des moyens plus amicaux, M. Allen a dit s'attarder uniquement à l'atteinte de ses objectifs.
«Il n'y a certainement pas le désir de faire quelque chose qui vexerait n'importe lequel de nos clients ou de nos partenaires d'États souverains. Mais nos efforts pour le respect de nos intérêts dans un environnement de l'aéronautique à armes égales sont d'une très grande importance», a dit le président de la division internationale de Boeing.
L'attitude agressive de Boeing a été remise en question par certains observateurs; les avions de la CSeries fabriqués par Bombardier ne sont pas en concurrence directe avec les avions de ligne sur le marché de l'entreprise américaine.
Toutefois, M. Allen a souligné que la situation s'apparente à la rapide ascension d'Airbus, le consortium européen constitué dans les années 70 qui est devenu la deuxième entreprise aéronautique en importance au monde.
«Nous avons pu observer un autre rival entrer sur le marché d'une manière très similaire. En rétrospective, je crois que vous trouverez un peu partout dans l'aéronautique aux États-Unis des gens (...) qui diraient qu'ils auraient espéré avoir combattu des règles du jeu inéquitables», a-t-il fait valoir.
Boeing et Airbus sont pris dans leur propre conflit commercial devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC) depuis plus de dix ans.
Plusieurs responsables de la défense et représentants de l'industrie ont entouré le 25 septembre sur leur calendrier; il s'agit de la date à laquelle le département américain du Commerce doit dévoiler ses conclusions préliminaires dans l'enquête sur Bombardier.
M. Allen a toutefois dit s'attendre à ce que le litige se poursuive en 2018, alors que les officiels américains vont finaliser leurs conclusions et décider s'ils imposeront des amendes ou des droits contre l'avionneur québécois.
Cela pourrait forcer le gouvernement libéral fédéral à déterminer s'il met en vigueur l'achat des avions Super Hornet, ou s'il abandonne son projet de remplacement intérimaire jusqu'à la décision finale sur le remplacement des CF-18.
Subventions au Boeing 777X: l'OMC casse une décision favorisant l'UE
La première décision, rendue le 28 novembre 2016 par l'Organisation mondiale du commerce, stipulait qu'une partie des aides fiscales accordées par l'État de Washington, destinées à la fabrication du Boeing 777X, étaient en fait des subventions interdites.
L'Organisation mondiale du commerce (OMC) est revenue lundi sur l'une de ses décisions dans le dossier Boeing opposant l'Union européenne (UE) aux États-Unis, estimant désormais que les subventions de l'État de Washington à la fabrication du 777X sont légales.
En procédant de la sorte, l'organe d'appel de l'OMC a annulé une première décision rendue le 28 novembre 2016 par l'organe de règlement des différends du gendarme du commerce mondial.
En novembre dernier, un panel (tribunal d'arbitrage) de l'OMC avait en effet décidé qu'une partie des aides fiscales accordées par l'État de Washington destinées à la fabrication du nouveau long-courrier de Boeing, le 777X, étaient en fait des subventions interdites par les règles de l'OMC.
Les juges avaient ajouté que Washington avait un délai de 90 jours pour se mettre en conformité avec cette décision. Les États-Unis et l'Union européenne avaient alors fait appel.
Les parties ne peuvent en revanche plus intenter de recours contre la décision de l'organe d'appel, en vertu des règles de l'OMC.
«L'OMC vient une nouvelle fois de rejeter l'une des plaintes sans fondement déposées par l'UE», a déclaré le directeur juridique de Boeing, Michael Luttig, cité dans le communiqué.
Airbus a pris acte de la décision de l'OMC, mais fait valoir que dans une affaire séparée, l'organisation avait «confirmé que ces subventions étaient illégales» et lui portaient tort.
Dix ans de bataille
«Les subventions illégales en faveur de Boeing restent illégales et doivent être retirées», a déclaré Rainer Ohler, le vice-président chargé de la communication d'Airbus. Le constructeur européen a également réitéré sa volonté de parvenir à une solution négociée qui permettrait de définir un cadre pour le soutien des États à leur industrie aéronautique.
L'Union européenne a elle aussi affirmé dans un communiqué qu'elle était «en désaccord avec l'analyse de l'organe d'appel» de l'OMC.
Le futur Boeing 777X est considéré comme le rival de l'Airbus A350 et sa fabrication devrait commencer en 2017 pour une mise sur le marché en 2020.
L'UE avait porté plainte contre les États-Unis devant l'OMC dans cette affaire en décembre 2014 et il aura fallu plus de deux ans pour que soit finalisé ce dossier.
L'OMC est le théâtre depuis plus de 10 ans de la bataille entre Boeing et Airbus, via respectivement les États-Unis et l'Union européenne, à propos des subventions et des autres aides respectivement accordées par chacune de ces parties à son industrie aéronautique. Ce conflit commercial, dont l'enjeu s'élève à des milliards d'euros ou de dollars, est le plus long et aussi le plus compliqué traité par l'OMC.
Le volet examiné lundi concerne exclusivement les aides conditionnelles fournies par l'État de Washington, où est située la principale usine d'assemblage du constructeur américain, en vue de la fabrication du 777X.
Dans cette affaire, l'UE avait contesté sept incitations fiscales différentes devant l'OMC. En novembre 2016, l'OMC avait donné raison à l'UE sur l'une de ces sept mesures.  AFP