Boeing a envoyé les documents « tard dans la soirée » lundi quelques heures à peine après avoir annoncé la démission immédiate de son directeur général, Dennis Muilenburg.
Boeing a envoyé les documents « tard dans la soirée » lundi quelques heures à peine après avoir annoncé la démission immédiate de son directeur général, Dennis Muilenburg.

Boeing 737 MAX: des documents préoccupants entre les mains du Congrès

WASHINGTON — La crise du 737 MAX n’en finit plus. Boeing a transmis, de sa propre initiative, à la commission des Transports du Congrès américain de nouveaux documents préoccupants semblant mettre en cause la réponse du groupe aux problèmes de sécurité entourant l’avion.

Le constructeur américain a envoyé ces documents lundi « tard dans la soirée », soit après l’annonce de la démission, avec effet immédiat, de son directeur général, Dennis Muilenburg, a indiqué à l’AFP un assistant de cette commission sans dire si les deux éléments étaient liés.

La commission des Transports mène actuellement une enquête sur le 737 MAX, cloué au sol depuis mars à la suite de deux accidents meurtriers qui ont fait 346 morts.

L’assistant n’a en revanche pas précisé si ces documents relataient la situation avant ou après les accidents de Lion Air et d’Ethiopian Airlines, survenus en octobre 2018 et mars 2019. Il s’est également refusé à en dévoiler le contenu exact.

Le régulateur aérien américain (FAA) a de son côté confirmé à l’AFP avoir aussi reçu ces documents.

Confiance écornée

« Le personnel continue d’examiner ces dossiers mais, à l’instar d’autres dossiers précédemment divulgués par Boeing, ils semblent montrer un tableau très inquiétant », a expliqué l’assistant au Congrès, probable allusion à la révélation il y a quelques mois de messages internes d’un ancien pilote d’essai de Boeing, Mark Forkner, dont les courriels évoquant des problèmes sur le simulateur de vol du 737 Max en 2016 avaient fait la une des journaux.

Selon la commission, les nouveaux documents évoquent à la fois la préoccupation exprimée par des employés de Boeing « sur l’engagement de l’entreprise concernant la sécurité » et « les efforts de certains employés pour que les projets de production […] ne soient pas contrariés par les régulateurs ou autres ».

Les multiples enquêtes menées aussi bien par les autorités de l’aviation en Indonésie, où s’est écrasé l’avion de Lion Air, que par les enquêteurs éthiopiens après l’accident d’un appareil d’Ethiopian Airlines, ont mis en cause le logiciel anti-décrochage MCAS de l’appareil.

Elles ont aussi pointé de multiples manquements du constructeur, allant d’un manque de redondance de certains systèmes à un défaut d’informations et de formation des pilotes.

Aux États-Unis, les enquêtes au sein de commissions parlementaires ont par ailleurs mis en évidence une relation très étroite entre la FAA et le constructeur, les autorités fédérales ayant laissé des pans entiers du processus de certification du 737 MAX aux mains de Boeing.

Démission

« À l’instar de documents précédents mentionnés par la commission, le ton et le contenu de certaines de ces communications ne reflètent pas l’entreprise que nous devons être », a réagi Boeing.

« Nous avons fait des changements importants en tant qu’entreprise au cours des neuf derniers mois pour renforcer nos dispositifs, notre organisation et notre culture en matière de sécurité », a ajouté le groupe.

Les correctifs apportés par l’avionneur n’ont toutefois pas encore été validés par les autorités de sécurité aérienne.

Et, faute d’obtenir la remise en service de son avion-vedette, Boeing a dû se résigner la semaine dernière à annoncer l’arrêt de la production de son avion à partir de janvier pour une durée indéterminée.

Lundi, l’entreprise a annoncé la démission immédiate de Dennis Muilenburg, 55 ans, qui était vertement critiqué pour sa gestion de la crise du 737 MAX.

« Le conseil d’administration a décidé qu’un changement de direction était nécessaire pour restaurer la confiance dans la société alors qu’elle s’efforce de rétablir les liens avec les autorités de réglementation, les clients et toutes les autres parties prenantes », s’était justifié le constructeur.

« L’éviction de Dennis Muilenburg était attendue depuis longtemps », avait réagi de son côté Peter DeFazio, président de la commission des Transports au Congrès, estimant que « sous sa direction, une entreprise admirée de longue date a pris un certain nombre de décisions dévastatrices suggérant que le profit passait avant la sécurité ».

Il sera remplacé par l’actuel président du Conseil d’administration David Calhoun, 62 ans, à partir du 13 janvier.

M. Calhoun, actuel directeur général de la société d’investissement Blackstone, aura la lourde tâche de restaurer la confiance dans Boeing.