David Dodd est peut-être le remède qu'attendait l'entreprise fondée en 2002 au moment de l'acquisition de la biopharmaceutique allemande Zentaris par Les Laboratoires AEterna des frères Éric et Luc Dupont.

Biopharmaceutique: AEterna Zentaris transformée par David Dodd

En avril 2013, dans le communiqué de presse annonçant la nomination de David Dodd au poste de président et chef de la direction d'AEterna Zentaris, la compagnie de Québec spécialisée dans la conception de traitements novateurs en oncologie et en endocrinologie le présentait comme un spécialiste en transformation d'entreprise.
On signalait qu'il avait déjà pris en main une compagnie américaine travaillant dans l'univers des biotechnologies, Serologicals Corporation, dont la valeur s'établissait à 85 millions $US en juin 2000. Six ans plus tard, l'entreprise était vendue pour la coquette somme de 1,5 milliard $US.
C'est ce que l'on appelle de la création de valeur!
David Dodd est peut-être le remède qu'attendait l'entreprise fondée en 2002 au moment de l'acquisition de la biopharmaceutique allemande Zentaris par Les Laboratoires AEterna des frères Éric et Luc Dupont.
C'est connu, l'entreprise a encaissé sa part de coups durs ces dernières années.
Trois de ses produits vedettes - le neovastat, un produit anticancer à base de cartilage de requin; le cetrorelix, pour traiter le grossissement bénin de la prostate; et la perfosine, pour traiter les patients qui sont affligés par le cancer du côlon ou celui du sang - n'ont pas réussi à dépasser les portes du laboratoire malgré les dizaines de millions de dollars investis par AEterna Zentaris et ses partenaires.
Recul salutaire
«L'entreprise a vécu quelques déceptions au cours des dernières années. Il était donc important de prendre un peu de recul et de trouver la recette qui allait finalement permettre de créer de la valeur pour les actionnaires et d'assurer du même coup la pérennité de la compagnie», a déclaré M. Dodd en entrevue au Soleil.
Dans sa mission de transformation d'AEterna Zentaris, David Dodd ne voulait surtout pas jeter le bébé avec l'eau du bain.
«La société continue à faire de la recherche et développement et à faire avancer ses produits novateurs en oncologie et en endocrinologie. Notre vocation première est préservée. Par contre, pour nous permettre de poursuivre dans cette lignée, il faut aller chercher des revenus. Et pour générer ces revenus-là, nous avons décidé de prendre un virage commercial. Par l'obtention de licences ou encore par la réalisation d'acquisitions stratégiques, nous voulons pousser les ventes de produits qui sont déjà sur le marché, mais pour lesquels leurs propriétaires actuels ont mis la pédale douce en ce qui a trait aux efforts de commercialisation.»
Les grandes pharmaceutiques vont consacrer moins d'énergie à vendre un produit qui leur rapporte «à peine» 100 millions $ qu'un autre qui fait entrer 2 milliards $ dans leurs coffres. «Pour eux, c'est pratiquement une perte de temps», fait remarquer Dennis Turpin, premier vice-président et chef de la direction financière d'AEterna Zentaris.
Ce qui est une «perte de temps» pour une multinationale du médicament peut devenir la planche de salut pour une société comme AEterna Zentaris, qui, tout en étant en bonne santé financière, «brûle» 26 millions $ par année en dépenses et en investissements en matière de recherche et développement.
À la suite de trois fructueuses opérations de financement réalisées ces derniers mois, l'entreprise peut compter sur un coussin de 51 millions $. «Nous voulons devenir une entreprise qui est de plus en plus autonome et qui a les moyens de ses ambitions», insiste M. Dodd.
Produits prometteurs
Dans son portefeuille de produits, AEterna Zentaris en a deux particulièrement prometteurs : la macimoréline acétate et la zoptaréline doxorubicine. Des noms à retenir.
La macimoréline acétate est une petite molécule qui stimule la sécrétion d'hormones de croissance. AEterna Zentaris entend la commercialiser pour permettre d'évaluer les cas de déficience en hormone de croissance chez les adultes. Avant d'autoriser un patient à prendre des hormones, les médecins - et les compagnies d'assurances - veulent avoir l'heure juste pour déterminer s'il y a bel et bien un problème à ce niveau. Aux États-Unis, un traitement hormonal peut coûter entre 7000 et 10 000 $, fait remarquer Dennis Turbin. Or, la compagnie de Québec propose une petite révolution: un composé administré oralement.
«C'est notre découverte la plus avancée», fait remarquer David Dodd. Les étapes précliniques et de phases cliniques 1, 2 et 3 ont été complétées avec succès. La US Federal Food and Drug Administration scrute à la loupe actuellement la demande de nouveau médicament faite par AEterna Zentaris. Si tout va bien, l'agence pourrait rendre son verdict au début du mois de novembre. Si la macimoréline acétate passe le test aux États-Unis, le processus de demande d'autorisation auprès des organismes réglementaires va se mettre en branle au Canada et en Europe.
Dans le cas de la zoptaréline doxorubicine, la patience est de mise. Ce n'est pas avant 2015 que les résultats de l'étude clinique de phase 3 menée auprès de 500 patients à travers le monde seront connus. Ce médicament vise à augmenter le taux de survie des personnes atteintes d'un cancer avancé de l'endomètre.