Au Québec, la vente de bière représente un marché annuel d'environ 2,4 milliards $ largement dominé par trois joueurs: Labatt, Molson Coors et Sleeman.

Bière dans les épiceries: promotions «agressives» pour attirer des clients

De plus en plus de grandes chaînes d'alimentation ont recours à des promotions très agressives sur des caisses de bière pour attirer des clients dans leurs établissements. Si les rabais peuvent parfois être très alléchants, cette pratique soulève toutefois des doutes au sein de l'industrie brassicole.
Le Conseil d'éthique de l'industrie québécoise des boissons alcooliques dit avoir noté au cours de la dernière année des promotions «étonnantes» dans des supermarchés et dans des dépanneurs présents au Québec.
Dans son rapport rendu public lundi, le Conseil a notamment relevé que la chaîne Super C (qui appartient à Metro) a offert à ses clients un rabais de 15 $ sur la facture d'épicerie à l'achat de deux caisses de 24 bouteilles de bière.
Une promotion semblable observée chez Provigo alors qu'avec l'achat d'une caisse de 30 canettes de bière à 27,99 $, on offrait un rabais de 7 $ sur la facture totale du panier d'épicerie.
Chez IGA (qui appartient à Sobeys), à l'achat d'une caisse de 30 canettes de bière, on pouvait obtenir un rabais de 7 $ sur un plein d'essence chez Shell (qui appartient aussi à Sobeys).
Légales, mais...
Légales, ces promotions? «On a un malaise au niveau de l'éthique», a indiqué lundi au Soleil le président du Conseil d'éthique de l'industrie québécoise des boissons alcooliques, Claude Béland.
Selon ce dernier, ces promotions croisées, légales et autorisées par la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec (RACJ), dérangent de plus en plus puisqu'elles permettent de contourner dans les faits les dispositions sur le prix minimal de la bière imposées pourtant par une législation québécoise.
Au Québec, le prix plancher pour une caisse de 24 bouteilles (ou canettes) de bière de 341 ml (teneur en alcool jusqu'à 6,2 %) varie entre 22,73 $ et 24,91 $.
D'après M. Béland, le gouvernement du Québec doit intervenir rapidement pour «régulariser de manière efficace la jungle» qu'est devenue la commercialisation de la bière au Québec. «On parle ici d'une banalisation complète de la bière perçue par ces commerçants comme un produit d'appel comme les autres», a-t-il indiqué lundi.
Des brasseurs en accord
À l'Association des brasseurs du Québec (ABQ), on dit déplorer que les détaillants de l'alimentation utilisent maintenant le produit de la bière pour attirer la clientèle dans leurs établissements. «La bière, ce n'est pas un produit d'appel, c'est de l'alcool. D'autant plus que ce n'est pas très bon pour la notoriété de notre produit», a fait savoir lundi le président de l'ABQ, Philippe Batani.
L'ABQ, qui représente les trois plus grands brasseurs au Québec (Labatt, Molson Coors et Sleeman), reconnaît cependant que les discussions entre les détaillants de l'alimentation et les brasseurs pour fixer des promotions croisées demeurent à leur discrétion.
Rappelons qu'au Québec, la vente de bière représente un marché annuel d'environ 2,4 milliards $ largement dominé par trois joueurs: Labatt, Molson Coors et Sleeman. À eux trois, ces grands brasseurs détiennent 94 % du marché.
Depuis cinq ans, les ventes de bière sont toutefois en net déclin alors que celles des vins et des spiritueux sont en forte progression.
Au pays, les Québécois sont parmi ceux qui dépensent le plus pour des produits brassicoles. Chaque année, le consommateur québécois consacre en moyenne 375 $ pour des achats de bière.