Derrière Jeff Bezos, des rideaux ont dévoilé une maquette de grand atterrisseur pesant plus de trois tonnes à vide, capable de transporter 3,6 tonnes de matériel sur la surface lunaire, et 6,5 tonnes dans une version plus lourde.

Bezos vise la Lune

WASHINGTON — L’homme le plus riche du monde, Jeff Bezos, patron d’Amazon et de la société spatiale Blue Origin, a annoncé jeudi à Washington qu’il entendait participer à la nouvelle conquête de la Lune, en présentant un projet d’alunisseur.

«Voici Blue Moon», a-t-il déclaré lors d’une présentation à la presse.

Derrière lui, des rideaux ont dévoilé une maquette de grand atterrisseur pesant plus de trois tonnes à vide, capable de transporter 3,6 tonnes de matériel sur la surface lunaire, et 6,5 tonnes dans une version plus lourde.

«C’est un véhicule incroyable, et il ira sur la Lune», a déclaré Jeff Bezos.

L’alunisseur est mis au point depuis trois ans, a-t-il dit. Il pourra emmener des instruments scientifiques, quatre petits rovers, mais aussi un futur véhicule pressurisé pour humains, selon lui.

Le but est d’alunir au pôle Sud de la Lune, où se trouve de l’eau. L’eau peut être exploitée pour produire de l’hydrogène, qui servirait ensuite de carburant pour explorer le système solaire.

Il n’a pas donné de date pour le premier lancement de cet alunisseur, et Blue Origin n’a fourni aucun détail. Le patron n’a pas parlé aux journalistes.

Mais dans sa présentation, sur une scène soigneusement décorée et illuminée de bleu, il a souscrit à l’objectif du gouvernement de Donald Trump de renvoyer des humains sur la Lune d’ici 2024. Il a déclaré que son alunisseur serait prêt pour accompagner cette mission.

«Nous pouvons aider à tenir ce délai, mais seulement parce que nous avons commencé il y a trois ans», a déclaré Jeff Bezos. «Il est temps de retourner sur la Lune, mais cette fois pour y rester».

Et il a montré une vidéo de simulation d’un véhicule capable de remonter des astronautes depuis la surface jusqu’en orbite.

Colonies de l’espace 

Le retour sur la Lune en 2024, annoncé par la Maison-Blanche, a plongé la Nasa dans une frénésie d’activité depuis fin mars, car cette mission était initialement prévue pour 2028.

Rien n’est prêt: ni la puissante fusée (SLS) qui doit transporter les véhicules et astronautes. Ni les éléments de la future mini-station en orbite lunaire qui servira de point relais entre la Terre et la Lune. Ni l’alunisseur ou les rovers dont auront besoin les astronautes, dont la première femme à poser le pied sur le satellite naturel de la Terre.

Mais Jeff Bezos, qui s’est rarement exprimé sur les développements de sa société Blue Origin, fondée en 2000 et qu’il finance à hauteur de plus d’un milliard de dollars par an, a clairement laissé entendre qu’il souhaitait aider la NASA.

Le dévoilement de l’alunisseur a été précédé d’un long monologue de l’homme le plus riche de la planète sur sa passion pour l’espace.

Il a décrit les futuristes colonies spatiales imaginées par feu le physicien Gerard O’Neill, des mondes artificiels qui pourraient assurer à l’humanité une échappatoire face à une Terre aux ressources limitées.

«Le travail de ma génération est de construire l’infrastructure», a dit Jeff Bezos. «Nous allons construire une route de l’espace».

Il a confirmé que la grosse fusée de Blue Origin, la New Glenn, serait prête en 2021. Elle offrira «une réduction radicale des coûts de lancement», a-t-il promis.

L’autre projet de Blue Origin est la petite fusée New Shepard, destinée à de courts voyages d’une dizaine de minutes juste au-dessus de la frontière de l’espace (100 km d’altitude), pour des «touristes».

Cette fusée, qui a réussi onze tests à vide depuis le Texas, emmènera des humains pour la première fois cette année, a-t-il confirmé jeudi.