Bernard «Rambo» Gauthier et les deux coaccusés, Marc Bérubé (à gauche) et Christian Bouchard (dos), en compagnie de leur avocat

Bernard «Rambo» Gauthier forcé de se tenir loin d'un travailleur

L'agent d'affaires de la FTQ-Construction, Bernard «Rambo» Gauthier, devra se tenir loin du travailleur, Harold Richard, a tranché le tribunal jeudi, en raison d'événements survenus pendant la grève de la construction, à l'été 2013. Deux de ses membres, Marc Bérubé et Christian Bouchard, ont aussi été tenus de s'engager à n'entrer d'aucune façon en contact avec le plaignant.
Les faits remontent au 18 juin alors qu'Harold Richard, syndiqué de la CSN-Construction, se rend sur les lieux de rassemblement de l'Alliance syndicale, formée à l'époque pour faciliter les négociations, pour récupérer des pancartes. Dès son arrivée sur les lieux, Bernard Gauthier l'interpelle en lui demandant : «T'as pas honte d'être là, t'es un plein de marde.»
Les paroles du représentant syndical entraînent alors une vague d'insultes de la part des dizaines de travailleurs présents. Ignorant les propos de M. Gauthier, Harold Richard fait son chemin jusqu'à l'intérieur du bâtiment où Christian Bouchard s'impose l'incitant «à deux pouces du nez» de sortir rapidement. Une fois à l'extérieur, M. Richard dit avoir été encerclé d'une trentaine de travailleurs, dont Marc Bérubé, qui l'a «accoté» pour l'escorter jusqu'au trottoir, d'où il est reparti.
«Je ne sais pas ce qu'il a contre moi, c'est le seul sur mon cas», a fait savoir Bernard Gauthier dans le box des témoins, jeudi. «Rambo» Gauthier n'a d'ailleurs pas nié les propos qu'il a tenus le 18 juin 2013, en affirmant même qu'il «les maintient». Selon lui, Harold Richard est un travailleur qui «n'est pas apprécié dans l'industrie» parce qu'il «vend ses conditions pour travailler».
Bernard Gauthier et Harold Richard n'en sont pas à leurs premiers démêlés devant les tribunaux. La Commission des relations du travail (CRT) a donné gain de cause à M. Richard en mars 2013, parce qu'il se plaignait d'avoir perdu son emploi en 2009, en raison de son allégeance syndicale et d'avoir été victime de représailles de la part de l'agent d'affaires.
Toujours des craintes
Harold Richard a soutenu dans son témoignage qu'il avait encore aujourd'hui des raisons de craindre pour sa sécurité personnelle depuis les incidents. L'opérateur de machinerie explique que lui et sa conjointe ne se sentent plus en sécurité. M. Richard confie même avoir installé des caméras à son domicile par peur de représailles.
Il tient aussi Bernard Gauthier responsable des difficultés qu'il éprouve sur les chantiers depuis qu'il a porté plainte à la CRT. «C'est de l'intimidation détournée», a-t-il dit.
Dans sa décision, la juge Nathalie Aubry concède qu'il est «plus que probable» qu'Harold Richard se soit senti menacé lors des événements et qu'il puisse craindre que d'autres événements semblables se reproduisent compte tenu notamment de «l'agressivité qu'il [Bernard Gauthier] porte» contre le plaignant et de son «manque d'empathie».
La défense, qui s'est dite surprise de la décision du tribunal, n'exclut pas pour l'instant la possibilité de demander une révision en Cour supérieure. L'engagement conformément à l'article 810 du Code criminel, soit d'observer une bonne conduite pendant un an, ne crée pas d'antécédents judiciaires.