Il est encore trop tôt pour mesurer exactement l’impact des pertes pour les homardiers gaspésiens, mais elles s’élèveront à plusieurs millions$.

Baleine noire: crabiers et homardiers écartés de leurs prises

CARLETON – Bill Sheehan, copropriétaire d’une usine de transformation de crabe et de homard, croit que le ministère fédéral des Pêches et des Océans est en train de bousiller une belle industrie, suite à l’imposition de mesures de protection de la baleine noire «qui ne sont pas logiques».

Pour la seule saison 2018, l’entreprise des Sheehan, E. Gagnon et Fils, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, perdra un chiffre d’affaires de 10 à 15 millions$, juste dans le crabe des neiges. Quant aux ventes de homard, elles pourraient être touchées d’un montant aussi important, bien qu’il soit tôt pour l’évaluer.

«On devait transformer huit millions de livres de crabe cette année. On vient de dépasser les six millions de livres. La fermeture de zones qui touchent les homardiers s’applique aussi aux crabiers. Les crabiers n’ont presque plus de place où pêcher. Alors, ils sont sur le point d’abandonner et présentement, pas un crabier n’a pris son quota. J’en ai un qui vient de m’appeler. Il rentre au quai avec 2000 livres. Normalement, ce serait 25 000 à 35 000 livres, sinon plus. Il restera au moins un million de livres de crabe dans l’eau, peut-être 1,5 million de livres, juste à notre usine», explique Bill Sheehan.

E. Gagnon et Fils transforme environ la moitié du crabe des neiges gaspésien venant des zones touchées par les fermetures décrétées par le ministère fédéral des Pêches et des Océans. La firme met aussi en marché près des deux tiers du homard gaspésien. La firme comptait compenser les pertes de crabe avec du homard. La fin de la saison trois semaines avant le temps pour la moitié des homardiers gaspésiens anéantit cet espoir.

«La situation est plus difficile à évaluer dans le homard parce qu’on ne fonctionne pas par quota mais les quantités perdues seront importantes», dit Bill Sheehan.

L’entreprise familiale emploie 500 personnes, dont 325 dans la transformation. Les autres employés sont affectés au déchargement, au transport et à la mise en marché.

«Les dizaines de millions$ perdus de notre entreprise, ce sont des dollars qui ne vont pas dans la communauté, par exemple aux pêcheurs, aux aide-pêcheurs, aux travailleurs d’usines et de déchargement. On essaie quand même de garder tous nos travailleurs», rappelle M. Sheehan.

Plan de fermeture
Il ne comprend pas le plan de fermeture de zone de Pêches et Océans Canada. «Nous sommes tous d’accord avec la protection de la baleine noire mais comment expliquer que les zones de fermeture sont concentrées en Gaspésie et dans le nord-est du Nouveau-Brunswick? Pour arriver ici, en mai, il a fallu qu’elles passent par le Cap-Breton, le long de l’Île-du-Prince-Édouard et des Îles-de-la-Madeleine. Elles n’ont pas volé pour arriver ici».

Bill Sheehan remarque aussi que selon la carte du ministère, pas une seule baleine ne se trouvait mercredi dans la zone fermée le 28 avril.

Le prix au consommateur augmentera. «Toutes les usines cherchent du homard pour garder leurs travailleurs et leurs marchés. Le prix vient de monter soudainement, même s’il reste encore de grandes zones ouvertes. Ça aura une incidence sur le marché [de détail]».

Il a remarqué jusqu’à présent qu’Emploi Québec a réagi plus rapidement que le gouvernement fédéral pour déployer des mesures d’aide aux pêches.

D’autre part, Pêches et Océans Canada a annoncé jeudi que la fermeture devant toucher vendredi la Gaspésie et la Péninsule acadienne, au Nouveau-Brunswick, est reportée à dimanche à cause des vents. Des pêcheurs de cette province ont manifesté jeudi en laissant des casiers vides devant le bureau du député fédéral d’Acadie-Bathurst, Serge Cormier.

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FERMETURES BASÉES SUR DES ÉTUDES AMÉRICAINES

CARLETON – Les scientifiques de Pêches et Océans Canada s’appuient essentiellement sur des études américaines pour déterminer la taille de la demi-douzaine de secteurs fermés depuis le 28 avril dans le sud du golfe Saint-Laurent. Ils totalisent un peu plus de 10 000 kilomètres carrés. Aussi, c’est parce que des femelles ont été vues avec leurs baleineaux le long des côtes américaines que le ministère fermera dimanche des zones côtières où les homardiers gaspésiens n’ont jamais vu ce type de mammifère. La grandeur des quadrilatères fermés et la durée des arrêts de pêche, soit deux semaines, correspondent aussi à des observations faites lors d’études américaines. Les secteurs fermés en mai et juin suivent l’observation de baleines, mais pas celui du 28 avril.  Gilles Gagné (collaboration spéciale)