À 16 ans, Katherine Martel avait inscrit «Aller aux Jeux olympiques» sur sa liste de choses à accomplir dans la vie. À 25 ans, elle pourra réaliser son rêve aux frais de son employeur, Axes Network.

Aux JO toutes dépenses payées... par son patron

Katherine Martel ne savait pas trop comment dire à son employeur qu’elle voulait prendre deux semaines de vacances pour aller aux Jeux olympiques, comme bénévole. Le visage impassible, son patron a été bien clair : pas question qu’elle prenne deux semaines à ses frais pour réaliser son rêve. Elle irait bel et bien en Corée du Sud, mais sur le bras de son employeur!

La femme de 25 ans, qui travaille en développement des affaires pour Axes Network, se pince encore. À 16 ans, elle avait inscrit «Aller aux Jeux olympiques» sur sa liste de choses à faire avant de mourir. Elle est maintenant sur le point de pouvoir le rayer de sa feuille. 

En février 2017, avant d’être employée par l’entreprise spécialisée dans des solutions de gestion de données destinées aux casinos, elle avait commencé les démarches pour faire partie de l’équipe canadienne de bénévoles aux Jeux de PyeongChang. Quelques vérifications, analyses de dossier et entrevues plus tard, Mme Martel a su le 14 mai 2017 qu’elle avait été sélectionnée. La veille de son premier jour chez Axes Network! Nouvelle au sein de l’entreprise, elle a attendu quelques mois avant de parler de son voyage. Surtout que les vacances se prennent en même temps pour tous les employés chez Axes Network : deux semaines dans le temps des Fêtes et deux semaines pendant l’été. L’équivalent d’une autre semaine est laissé à la discrétion des travailleurs.

Mais Katherine Martel était prête à laisser tomber ses vacances de Noël s’il le fallait, pour les déplacer en février. Quand elle a expliqué son projet à son supérieur immédiat, Mikael Lefebvre a tout de suite été emballé et lui a accordé le temps demandé. «Si c’est ton rêve, je t’encourage à fond là-dedans, on te donne congé sans problème. C’est sûr qu’on ne t’empêche pas de vivre ton rêve ici. Je suis venue les yeux pleins d’eau, toute émotive», raconte Mme Martel.

Mais un peu plus tard dans la journée, lorsque son supérieur l’a convoqué dans le bureau de son grand patron, elle a cru qu’elle devrait peut-être faire un X sur son rêve.

«En aucune circonstance je n’autorise des vacances au mois de février pour que tu ailles aux Olympiques», se rappelle avoir dit Earle G. Hall. «Et là, son visage est devenu très rouge», rigole le président et directeur général. 

Puis, il a commencé à parler de l’importance du sport pour lutter contre la pauvreté et du volet rassembleur des Jeux olympiques, des valeurs qui lui sont chères depuis l’enfance. «Il est assez poker face», relate à son tour Mme Martel. «Je ne pouvais pas deviner vers où il s’en allait.» Quand M. Hall lui a plutôt dit que non seulement elle pourrait y aller, mais qu’elle serait rémunérée comme si elle était au bureau à Québec et que l’entreprise allait payer toutes ses dépenses, elle n’en revenait pas. «Là j’étais bouche bée. Juste avant, je comprenais que je n’y allais pas...»

«Gain humain»

M. Hall ne tarit pas d’éloges pour la jeune femme, qu’il qualifie d’intègre, souriante et ouverte sur le monde. «Elle a un respect universel qui ne s’explique pas.» Axes Network déboursera entre 5000 $et 10 000 $ pour le voyage de son employée. Pourquoi un tel cadeau? Qu’est-ce que l’entreprise y gagne? «Il y a un gain fondamental», affirme l’homme d’affaires. «C’est un gain humain. Ce que j’explique à tout le monde […] c’est que notre seul et vrai produit dans une compagnie, c’est nos humains. Peu importe dans quelle industrie on est, quel produit on vend.» M. Hall tente aussi d’envoyer un message à tous ses employés. «Si vous avez un rêve, et si ce rêve est noble et a un impact tangible, on est là pour vous appuyer.»

Et dans un contexte de rareté de main-d’œuvre, des employés heureux sont des employés fidèles et productifs. Et c’est assurément le cas pour Mme Martel. «J’ai juste le goût de travailler plus fort et de donner un rendement supérieur. Je sais que mon travail est apprécié et j’ai un bénéfice face à ça.»

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UNE ENTREPRISE FANTÔME

Axes Network est encore peu connue dans la capitale. Et même un peu difficile à contacter, a pu constater Le Soleil. «Nos clients sont tous à l’international. On est vraiment en mode fantôme à Québec», explique le pdg, Earle G. Hall. 

L’entreprise, qui offre des solutions de gestion et de collecte de données pour les casinos, a des clients dans 42 pays. La nature de ses fonctions appelle aussi à la discrétion, note-t-il. «Nous, on est comme la police dans notre domaine, alors on tente d’être le plus discret possible.» Sa technologie permet par exemple d’enregistrer les activités des machines à sous pour détecter des irrégularités. Axes Network emploie 48 personnes au siège social de Québec, une aux États-Unis, une en Afrique du Sud et deux en Amérique latine. L’entreprise ne dévoile pas ses revenus.