Le ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec Pierre Fitzgibbon
Le ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec Pierre Fitzgibbon

Autour de 100 M $ pour les entreprises forcées de fermer en octobre [VIDÉO]

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Pour aider les 12 000 bars, restaurants, cinémas et autres spas situés en zone rouge et forcés de fermer en totalité ou en partie jusqu’au 28 octobre, le gouvernement Legault décaissera près de 100 millions $ pour leur «permettre de passer à travers».

Trois jours après avoir annoncé la fermeture obligatoire en zone d’alerte maximale de la COVID-19 des endroits publics où s’effectuent des contacts sociaux prolongés, le premier ministre est revenu avec un plan d’aide à l’intention de ces entreprises jeudi, par ailleurs journée record en cinq mois avec 933 nouveaux cas d’infection au Québec.

C’était quelques heures après le passage, dans la nuit de mercredi à jeudi, de la majorité des territoires des régions de Québec, de Chaudière-Appalaches et du grand Montréal au palier d’alerte maximale, la zone rouge, quatrième et dernier niveau du système d’alerte régional mis en place depuis trois semaines.

On parle d’un programme d’aide visant surtout le milieu de la restauration et des bars, car un plan similaire pour le milieu culturel sera détaillé vendredi.

Accompagné de son ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, le premier ministre François Legault a répété que son gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ), dont c’est le deuxième anniversaire jeudi, n’a pas procédé à ces fermetures de gaieté de cœur.

Mais «depuis le début de la pandémie, on a été, au Québec, la province qui a donné le plus d’aide aux entreprises. C’est important de le rappeler. Calculez-le de la façon que vous voulez, entre autres en pourcentage du PIB, on est presque le double de la moyenne du reste du Canada puis on va continuer de le faire», a-t-il tenu à rappeler.

Encore beaucoup de questions

Le point de presse, aussi tenu en présence du directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, a vite dérapé vers un autre sujet. Les nouvelles interdictions en zones rouges édictées par un décret gouvernemental la veille ont fait l’objet de très nombreuses questions de citoyens, relayées par les journalistes.

S’en est suivi certaines études de cas précis, d’autres moins, évalués et soupesés par le Dr Arruda.

Il en ressort que dans les zones rouges, à l’intérieur comme à l’extérieur, tout rapprochement à moins de 2 m et sans couvre-visage d’une personne étrangère à votre bulle familiale ou de foyer est interdit. À moins d’exception.

«Je vous demanderais aussi d’utiliser votre jugement. Je pense que 98 % des gens ont du jugement. [...] Tant que vous maintenez 2 m, tant que si vous êtes à risque de vous croiser avec d’autres personnes, vous avez le couvre-visage, tant que vous respectez ce genre d’élément là. [...] Vous appliquez ça à l’extérieur, à l’intérieur, je pense que c’est correct. C’est la façon pour moi la plus simple de vous l’exprimer», a tenté de résumer le Dr Arruda.

Le premier ministre a ensuite tenu à préciser un peu plus. «Des questions que vous vous posez, que la population se pose, on se les pose nous autres aussi! La logique qu’on utilise toujours, c’est restez avec votre bulle familiale, interagissez le moins possible avec d’autres, puis, si vous le faites, faites-le à une distance importante», a ajouté M. Legault.

Sports d’équipe : «pas idéal»

Pratiquer un sport d’équipe en zone rouge devient donc illégal? «Pas idéal», rectifie Dr Arruda.

«On veut éviter les rassemblements. Si des gens vont se retrouver dans une ligue de garage, ils vont se retrouver dans la même unité de douche, etc., puis qu’ils vont se rapprocher en bas de 2 m, je pense que ce n’est pas idéal. [Mais] je ne pense pas que la police va donner des contraventions en fin de semaine dans ce contexte-là.

«Notre objectif, ce n’est pas de punir. Si on met ces mesures-là, c’est parce qu’on se rend compte que, malheureusement, si on n’encadre pas avec ça maintenant, les gens vont faire des rassemblements. L’enjeu, ce n’est peut-être pas leur game de soccer, c’est peut-être les parents qui sont dans l’estrade en train d’être collés les uns sur les autres», indique le scientifique et sous-ministre adjoint, promettant une annonce claire sur la pratique des sports lundi.

Programme «subventionnaire»

Pour revenir au nouveau plan d’aide, il s’agit d’un ajout aux deux programmes déjà mis en place par le gouvernement québécois depuis le début de la pandémie.

Alors que les trois partis d’opposition de l’Assemblée nationale réclamaient des subventions directes au lieu d’autres prêts, la CAQ opte plutôt pour une forme de prêt que l’on peut assimiler à une subvention pour 80 % du montant ou un maximum de 15 000 $.


« Depuis le début de la pandémie, on a été, au Québec, la province qui a donné le plus d’aide aux entreprises. C’est important de le rappeler. »
Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie

Et ce, juste pour octobre. Si les fermetures forcées s’étirent, le même montant sera déroulé chaque mois, assure le ministre Fitzgibbon.

L’Aide aux entreprises en région en alerte maximale (AERAM) permet d’«obtenir un pardon sur leurs prêts qui pourrait aller jusqu’à 15 000 $ pour le mois d’octobre, explique-t-il. Ce pardon permettra de compenser certains frais fixes que ces entreprises doivent continuer de supporter, même si elles ont dû arrêter leurs opérations. Pour être clair, tous les restaurants en zone rouge sont admissibles, même ceux qui opèrent des services de livraison ou de commandes pour emporter.

«Les frais fixes admissibles incluent les taxes municipales et scolaires, le loyer, les intérêts payés sur les prêts hypothécaires, l’électricité et le gaz, les assurances, les frais de télécommunications et les permis et frais d’association», énumère le ministre.

En moyenne 13 000 $ par mois

M. Fitzgibbon estime la dépense gouvernementale entre 90 et 100 millions $ pour octobre. «Si on prend 12 000 entreprises, si on prend 75 % qui pourraient se prévaloir du pardon puis on met une moyenne de 10 000 $, on est rendus à 90 millions $. Donc, parlons de 90 à 100 millions $», calcule le ministre.

Selon lui, la moyenne des frais fixes pour les entreprises visées avoisine 13 000 $ par mois. Excluant les salaires, volet pris en charge par le programme de subvention salariale du gouvernement fédéral.

«On cible la moyenne, répond M. Fitzgibbon. Est-ce qu’on pourrait mettre le double? Oui, mais ce serait un manque de rigueur de notre part. C’est un programme avec lequel je suis confortable dans les circonstances.»

De son côté, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante se réjouit de cette annonce, la qualifiant de «réelle bouffée d’air» pour ses membres.