Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation André Lamontagne dans un marché public québécois
Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation André Lamontagne dans un marché public québécois

Autonomie alimentaire: le ministre de l'Agriculture lance un défi aux Québécois

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Le Québec produit environ la moitié de ce qu’il mange. En injectant 157,2 millions $ et en demandant aux Québécois de remplacer 12 $ de produits étrangers par des aliments locaux dans leur panier d’épicerie chaque semaine, le gouvernement Legault espère voir notre autonomie alimentaire passer de 51 % à 56 %.

Jeudi, le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne, a détaillé le montant annoncé lors de la mise à jour économique de la semaine passée.

Près de 60 % de ces 157 millions $ d'argent neuf, soit 92,5 millions $, seront investis en automatisation et en robotisation à petite ou grande échelle au cours des deux prochaines années.

Du même souffle, on ajoute aussi vouloir créer 3800 nouveaux emplois.

Une part de 23,4 millions $ servira à stimuler l’achat alimentaire local auprès des Québécois, somme qui s’ajoute aux 12 millions $ déjà alloués à cette mission, tandis que la marque Aliments du Québec et ses déclinaisons héritent de 15 millions $ pour mousser leur présence.

Défi 12 $ pour 1 milliard$

Comme son patron premier ministre et le ministre de la Santé l’ont fait pour les défis 28 jours de mesures sanitaires plus strictes à cause de la COVID-19, le ministre Lamontagne a lancé son propre défi d’ordre économico-alimentaire aux Québécois.

«Si on fait l’hypothèse que chaque ménage substitue 12 $ par semaine de ses achats provenant de l’étranger par des aliments du Québec, ce simple geste aura l’effet d’augmenter de 1 milliard $ la demande annuelle auprès des agriculteurs, des pêcheurs et des transformateurs alimentaires québécois. C’est un petit geste qui peut demander peu d’effort, mais qui peut rapporter gros à notre économie et, par ricochet, à nos communautés locales. Parce qu’on sait à quel point tout le secteur agricole, c’est l’épine dorsale de l’économie de nombreuses régions du Québec», a-t-il expliqué, en conférence de presse.

Un tel geste ramènerait jusqu’à 2,3 milliards $ dans l’économie québécoise, ajoute-t-il. «Chaque achat doit être considéré. À prix égal, à qualité égale, il faut considérer le produit québécois», insiste le ministre.

M. Lamontagne qualifie de «légende urbaine» l’idée que les produits québécois coûtent plus cher et que pour ses 12 $, le consommateur en aura autant dans son panier.

Quel ketchup choisir?

Le géant américain de l’alimentation Kraft a annoncé cette semaine qu’il recommencerait à produire des bouteilles de son ketchup Heinz dans son usine de Montréal, ce qui créera 30 nouveaux emplois. La matière première, les tomates, proviendront par contre encore des États-Unis.

Le ministre Lamontagne s’en réjouit et dit déjà travailler à fournir des tomates québécoises à Heinz, au terme des contrats qui le lie à ses fournisseurs jusqu’en 2023.

C’est un pas dans la bonne direction, dit-il. Mais d’ici là, il promet de continuer à privilégier un produit 100 % québécois comme le ketchup Canada Sauce fabriqué au Saguenay avec des tomates d’ici.

Jeudi, sur le site d’épicerie en ligne de la chaîne IGA, le ketchup Canada Sauce coûte le double de son concurrent Heinz, soit 4,99 $ pour 350 ml de Canada Sauce (1,43 $ par 100 ml) contre 2,69 $ pour 375 ml de Heinz (0,72 $ par 100 ml). L’écart est moins grand chez Métro, alors que la bouteille de Canada Sauce est en promotion à 3,99 $ (1,14 $ par 100 ml) et celle de Heinz à 3,19 $ (0,85 $ par 100 ml).

Une stratégie gouvernementale de 41 millions $ sera par ailleurs dévoilée pour la culture de fruits et légumes en serres dans les prochains jours.

Le milieu très content

Le ministre Lamontagne était accompagné pour sa conférence de presse par la présidente-directrice générale du Conseil de la transformation alimentaire du Québec, Sylvie Cloutier, le président général de l’Union des producteurs agricoles, Marcel Groleau, et du coordonnateur du Partenariat Bœuf Québec de la Société des parcs d’engraissement du Québec, Jean-Sébastien Gascon.

Tous trois se montraient bien sûr emballés par ce nouvel apport d’argent.

Mme Cloutier a souligné que l’agroalimentaire constitue le plus important secteur manufacturier au Québec, alors que 70 % de ce qui est produit ici est aussi transformé ici. La balance commerciale du Québec en agroalimentaire s’avère déjà positive, avec plus d’exportations que d’importations, a ajouté M. Groleau. «On veut avoir la fierté de manger du bœuf du Québec chez Joe Beef, au Château Frontenac, mais aussi chez Ashton», a bien résumé M. Gascon, de Bœuf Québec.

Détails des 157,2 millions $ :

  • 92,5 millions $ pour accroître la productivité
  • 23,4 millions $ pour stimuler l’achat local
  • 20,4 millions $ pour accélérer les investissements avec La Financière agricole
  • 15 millions $ pour les campagnes de la marque «Aliments du Québec»
  • 5,9 millions $ pour rejoindre plus d’établissements du réseau institutionnel, comme les CPE