Volkswagen, désormais premier constructeur mondial, avait reconnu en septembre 2015 avoir équipé 11 millions de ses voitures diesel dans le monde, dont 600 000 aux États-Unis, d'un logiciel minimisant le niveau réel des émissions de gaz polluants lors des contrôles.

Malgré le scandale Volks, GM et Ford ne renoncent pas au diesel

General Motors (GM) et Ford s'apprêtent à commercialiser de nouveaux modèles diesel aux États-Unis, faisant fi du «dieselgate», qui a terni la réputation du rival allemand Volkswagen et nui à la réputation du gazole, déjà peu apprécié des Américains.
À l'été, GM va livrer à ses concessionnaires des versions diesel des véhicules utilitaires sport (VUS) Chevrolet Equinox et GMC Terrain, qui seront disponibles en trois options : 1,5 litre, 1,6 litre et 2 litres, détaille Dan Nicholson, un des responsables du groupe en charge des systèmes de propulsion.
«Avec trois choix possibles, les consommateurs peuvent sélectionner le moteur qui correspond à leurs attentes : efficacité, performance et capacités», vante-t-il.
De son côté, Ford vendra à partir de l'automne une version diesel 3,0 litres de la camionnette à plateau F-150, véhicule le plus populaire aux États-Unis.
«Le but est de continuer à innover», explique à l'AFP Todd Eckert, responsable du marketing du F-150. Le moteur du modèle diesel devrait être fabriqué à l'usine de Dagenham en Angleterre.
Les décisions des deux premiers constructeurs américains s'apparentent à un tour de force au moment où les prix de l'essence à la pompe sont au plus bas et surtout parce que l'affaire des moteurs diesel truqués de Volkswagen est encore dans toutes les mémoires.
En janvier, seules 255 voitures à motorisation diesel ont été vendues aux États-Unis sur un total de 1,14 million de véhicules écoulés. En 2015, bien avant le dieselgate, il s'en écoulait de 5000 à 10 000 unités par mois.
GM n'a vendu par exemple que 1400 camionnettes Chevrolet Colorado et GMC Canyon équipées de moteurs diesel l'an dernier, soit moins de 1 % de ses ventes totales de camionnettes à plateau.
«Il n'y a pas beaucoup de demande», explique Stephanie Brinley, analyste chez IHS Automotive, faisant remarquer que vendre des voitures roulant au gazole est difficile et que l'affaire Volkswagen n'a pas arrangé les choses.
Déboires
Le géant allemand, désormais premier constructeur mondial, avait reconnu en septembre 2015 avoir équipé 11 millions de ses voitures diesel dans le monde, dont 600 000 aux États-Unis, d'un logiciel minimisant le niveau réel des émissions de gaz polluants lors des contrôles. La facture liée à cette tricherie s'élève actuellement pour lui à 22,3 milliards $US (29,2 milliards $) en amendes et plans d'indemnisation.
Fiat Chrysler, qui propose déjà des voitures diesel aux États-Unis, fait face à des accusations similaires et est l'objet d'une enquête des autorités américaines.
Ces affaires ont fait ressurgir les déboires dans les années 80 de Cadillac et Oldsmobile, cette dernière marque aujourd'hui disparue, qui appartenaient toutes deux à GM.
Le premier constructeur américain avait à l'époque connu un échec cuisant en lançant un moteur V8 diesel qui a très vite échoué. En effet, celui-ci s'était avéré bruyant, polluant et peu fiable, remisant ainsi le diesel aux oubliettes.
À défaut de doper les ventes, le diesel, qui ne bénéficie ni d'incitations fiscales ni de subventions publiques aux États-Unis, est considéré comme un moyen pour aider les constructeurs américains à se conformer au durcissement de la règlementation sur les émissions de CO2.
L'administration sortante avait fixé aux Trois Grands (GM, Ford et Fiat Chrysler) un objectif de consommation moyenne autour de 4,0 litres aux 100 kilomètres d'ici 2025.
Cette ambition est plus facile à atteindre grâce à la sobriété du moteur diesel, selon les experts. Ce dernier est également moins coûteux à développer que les solutions hybrides ou tout-électriques boudées par les principaux groupes automobiles américains.
«Je ne vois pas de raison particulière pour que le diesel ne fasse pas son comeback», estime Joseph Phillippi, expert au cabinet AutoTrends.
Pour lui, «les fans du diesel cherchent la performance [et] ne s'attardent pas sur les péchés du passé. Ils veulent voir ce que le diesel a à offrir», affirme-t-il.
Mazda
Outre GM et Ford, le constructeur nippon Mazda veut commercialiser un VUS CX-5, équipé d'un moteur diesel de 2,2 litres, au second semestre, devenant ainsi le premier groupe automobile asiatique à proposer une voiture au gazole aux États-Unis.
Le groupe a également ajouté une technologie antibruit et espère séduire des «conducteurs nord-américains qui veulent allier performance et gains en carburant», assure son vice-président Akira Marumoto.