L'électrification risque de changer le modèle d'affaire des concessions, car les véhicules électriques ont beaucoup moins de pièces devant être réparées ou remplacées.

Les voitures électriques, un défi pour les concessionnaires

La loi 104, communément appelée la loi zéro émission, serait plus sévère que la loi californienne, estime David C. Adams, président de Constructeurs mondiaux d'automobiles du Canada (CMAC).
Cette association représente 19 constructeurs et importateurs de véhicules au Canada à l'exception des trois grands constructeurs nord-américains (Fiat Chrysler, Ford et General Motors). 
La loi zéro émission, adoptée à l'unanimité à l'Assemblée nationale le 26 octobre 2016, se veut un incitatif majeur afin que les constructeurs automobiles proposent davantage de modèles rechargeables et non polluants. Les constructeurs devront atteindre un ratio de voitures non polluantes - voitures électriques, hybrides rechargeables ou à pile à combustible (hydrogène) - afin de ne pas payer de pénalité. 
Toutefois, les constructeurs qui n'auront pas atteint leur ratio pourront acheter des crédits à ceux qui en ont accumulé en abondance. Par exemple, Mazda, qui ne vend pas de véhicule électrique pourra acheter des crédits à Tesla. En principe, l'année-modèle 2018 serait la première à laquelle les constructeurs seront crédités. 
Par contre, c'est cet aspect de la loi qui n'est pas encore finalisé, selon M. Adams. «Nous avons vu la partie législative. Nous avons eu des rencontres avec le gouvernement du Québec. Mais on n'a pas vu la partie réglementaire, notamment en raison de la grève des juristes du gouvernement», affirme-t-il. «Donc, il est très difficile pour nous de se prononcer sur les technicalités de cette loi.»
Et pourtant, M. Adams ne semble pas totalement réfractaire à cette loi et à l'arrivée des véhicules électriques. En octobre 2015, il affirmait dans un communiqué que le plan d'action Propulser le Québec par l'électricité - qui fixe comme un objectif de 100 000 véhicules électriques ou plus sur les routes du Québec - était «une première bonne étape».
«À quel rythme?»
«Le défi avec les voitures rechargeables n'est pas de savoir si on doit faire la transition ou non», dit le président de CMAC. «On doit la faire! Mais la question est : "On le fait à quel rythme?"» Il explique qu'au Québec, environ 1 % des ventes de véhicules neufs sont rechargeables. «C'est certain qu'il est plus difficile de trouver un véhicule électrique chez un concessionnaire, à moins qu'il soit attitré à vendre ce genre de voiture. Il est plus facile de trouver une Honda Civic, par exemple, alors que dans la cour du concessionnaire, on en trouve dans à peu près dans toutes les versions et tous les choix de couleur.
«Je ne peux pas parler pour n'importe quel constructeur, mais ce seront les acheteurs qui les obligeront à répondre à la demande. C'est un énorme défi!» ajoute-t-il.
Avec les coûts des batteries qui chutent, le point marginal entre le coût d'une voiture à moteur à combustion et celui d'un véhicule électrique risque d'arriver bientôt. Selon l'indice de Bloomberg New Energy Finance, cité dans le site Web de l'Association des véhicules électriques du Québec (AVEQ), une batterie coûtait 1000 $US du kilowattheure (kWh). En 2014, le même kilowattheure coûtait en moyenne 540 $US au premier semestre. Cette même année,  la banque coréenne Woori I & S, citée dans le site de l'AVEQ, estimait que le coût du kWh sera de 150 $US en 2020.
«Il est certain que même si le prix du kWh baisse, la batterie risque encore de coûter toujours cher parce qu'elle sera plus grosse», ajoute M. Adams, qui estime que le point de bascule entre le prix d'une voiture à essence et électrique risque d'arriver quand le kWh coûtera aux alentours de 100  à 125 $US.
Un modèle d'affaires qui peut changer
L'augmentation de la demande de véhicules rechargeables risque de changer dramatiquement le modèle d'affaire des concessions automobiles. Même le président d'Audi of America a évoqué le pire des scénarios si les concessionnaires ne sentent pas le vent tourner.
Scott Keogh a déclaré lors du dernier congrès de la North American Dealers Association (NADA) à la Nouvelle-Orléans, en janvier, que d'ici les 10 prochaines années, les concessionnaires devront emboîter le pas dans la tendance vers l'électrification des véhicules. Ou faire face à un avenir incertain.
L'électrification risque de changer le modèle d'affaire des concessions, car les véhicules électriques ont beaucoup moins de pièces devant être réparées ou remplacées. M. Keogh, cité par le site Internet spécialisé Ward's, a invité les concessionnaires à regarder les autres opportunités pouvant s'offrir à eux.
«Ces voitures nécessiteront moins de réparations. Mais vous aurez une foule de possibilités avec les batteries et pour aider vos clients avec leurs besoins à la maison», dit-il en soulignant la nécessité d'offrir l'installation clés en main des bornes de recharge à domicile, entre autres. «Vous devrez devenir le guichet unique [pour l'électrification].»
M. Adams partage le même point de vue sur le sujet. Il convient lui aussi que les concessionnaires devront saisir la balle au bond et revoir leur stratégie à moyen et à long terme.