Le camion Chevrolet Silverado 2019, ici dans sa version High Country, a été dévoilé samedi en présentation spéciale devant des invités triés sur le volet au Salon de l’automobile de Detroit.

Les camions et les 4 X 4 célébrés au Salon de Detroit

NEW YORK — Les gros véhicules consommateurs d’essence ont encore la part belle au Salon automobile de Detroit, la capitale de l’auto américaine, même si les véhicules électriques tentent de percer sur le marché.

Après des années record, le marché s’essouffle quelque peu aux États-Unis et les constructeurs veulent exposer ce qui se vend le mieux alors que plusieurs d’entre eux sont menacés de voir leurs marges considérablement réduites si Donald Trump met à exécution ses menaces de quitter l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qui unit le Canada, les États-Unis et le Mexique.

Lors de sa campagne et encore après son arrivée au pouvoir il y a un an, le président américain avait exhorté les grands groupes automobiles à produire davantage aux États-Unis sous peine de sanctions. L’ALENA permet de produire des voitures au Mexique, où la main d’œuvre est bon marché, et de les revendre sans taxes en Amérique du Nord.

M. Trump s’en était également pris aux «belles allemandes» (Audi, BMW, Mercedes-Benz et Volkswagen), responsables en partie selon lui du déficit commercial des États-Unis vis-à-vis de l’Allemagne.

Le Salon démarre avec les journées dédiées à la presse, qui s’étalent de dimanche à mardi et seront suivies de visites des professionnels.

Les portes du Cobo Center, salle d’expositions située au centre de Detroit près de la rivière-frontière avec le Canada, s’ouvriront au public à compter du 20 janvier, et ce jusqu’au 28. Quelque 700 000 personnes sont attendues.

En dépit de l’enthousiasme autour des véhicules autonomes et électriques, les vedettes de cette grand-messe seront encore les grosses voitures (camions, VUS, multisegments) qui ont constitué près des deux tiers des 17,23 millions de véhicules vendus en 2017 aux États-Unis.

«Cela va être rempli de camions et de VUS», résume Joe Wiesenfelder, journaliste au site spécialisé cars.com. Près de la moitié des nouveaux modèles qui vont être dévoilés seront des grandes consommatrices de carburant.

Fiat Chrysler devrait présenter le nouveau camion Ram 1500, tandis que GM dévoilera le nouveau Chevrolet Silverado en fibre de carbone.

Outre une édition limitée de la super voiture de sport GT Mustang Bullitt, Ford devrait ressusciter la Ford Ranger, une camionnette plus vue depuis 2011, Nissan le nouveau 4 X 4 de ville Rogue, un de ses meilleurs vendeurs sur le marché américain.

Detroit va aussi marquer la première nord-américaine du VUS Urus de Lamborghini, présenté comme le plus rapide au monde et vendu au prix de base de 200 000 $US (250 000 $).

«Tant que le prix de l’essence sera à 2 $US le gallon (3,78 litres), je ne vois pas de gros nuages à l’horizon pour ces gros véhicules», explique Maryann Keller, experte au cabinet MK&A.

D’autant, ajoute-t-elle, que le coût de production de ces grosses voitures n’est pas beaucoup plus élevé que les berlines et citadines alors même qu’elles sont beaucoup plus rentables.

Le pain et le beurre

La plupart des berlines moyennes coûtent environ 17 000 $US (21 000 $) à produire et sont vendues par la suite au consommateur autour de 25 000 $US (31 000 $). Un camion peut coûter entre 20 000 et 22 000 $US (25 000 à 27 000 $) à construire, mais peut être vendu aux alentours de 45 000 $US (56 000 $), détaille l’experte.

Dans une présentation aux investisseurs en 2016, Itay Michaeli, un analyste de la banque Citigroup, avait avancé que chaque camion de GM générait un bénéfice d’environ 11 000 $US. À l’inverse, le géant de Detroit perdait, selon lui, des centaines de dollars sur des berlines et citadines.

«Detroit met en exergue les véhicules qui sont le pain et le beurre des constructeurs», souligne Matt DiLorenzo, chez Kelley Blue Book.

Il ne devrait pas y avoir de grande annonce concernant les voitures autonomes malgré une section du salon dédiée à l’autonomie, s’accordent les experts, ajoutant que les informations sur les technologies futures sont désormais réservées au salon Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas qui a ouvert ses portes cette fin de semaine au grand public.

De grands absents

L’absence d’un nombre important de constructeurs tels Volvo, Porsche ou encore Jaguar ne va pas manquer d’alimenter le débat en cours sur l’avenir de Detroit au moment où la Silicon Valley veut prendre le volant du secteur.

«La plupart des constructeurs choisissent de dévoiler leurs produits et technologies futurs au CES [...] et se tournent vers Detroit pour présenter ce qu’ils vendent actuellement», résume Matt DiLorenzo.

La vedette des véhicules électriques, l’américain Tesla, ne fait d’ailleurs même pas le déplacement à Detroit pour y présenter ses produits.