L’électrification des voitures, qui sera fortement commentée au salon de Genève à partir de mardi, est bien plus qu’une simple évolution technique.

L'électrification ouvre le marché automobile aux Chinois

GENÈVE - Les ventes de voitures électriques accélèrent au niveau mondial, aidées par des politiques publiques volontaristes et la crise du diesel, une aubaine pour de nouvelles sociétés, comme Tesla, et pour les groupes chinois.

L’électrification des voitures, qui sera fortement commentée au salon de Genève à partir de mardi, est bien plus qu’une simple évolution technique, elle fait tomber un bastion des constructeurs historiques: le savoir-faire dans les moteurs thermiques sophistiqués, capables de propulser des véhicules à haute vitesse tout en respectant des normes environnementales sévères.

De l’avis des experts, la maîtrise de ces moteurs, s’appuyant sur des décennies d’expérience et des milliards d’investissement en recherche et développement, constituait une «barrière à l’entrée» quasiment infranchissable.

«Clairement une chaîne de traction électrique est beaucoup plus simple» à produire, et «le meilleur indicateur de l’accessibilité que ça crée est ce qui se passe en Chine en ce moment», explique Eric Kirstetter, expert automobile chez Roland Berger. Le cabinet de conseil y a recensé «plus d’une trentaine de nouveaux constructeurs, tous basés sur le véhicule électrique».

Parmi ces start-ups, il cite Lynk & Co (société commune entre Geely et Volvo), NIO, soutenu par des géants chinois de la tech, FMC, dirigé par d’anciens cadres de BMW et Tesla, ainsi que Chehejia, dont le fondateur est surnommé l’Elon Musk chinois, du nom du dirigeant du constructeur américain Tesla.

Ces initiatives seraient impensables sans la rupture technologique de l’électrification.

«Le dieselgate ça devient une catastrophe parce que ça accélère» la transition vers l’électrique et «ça met en place les concurrents chinois», a confié un responsable européen de l’équipement automobile, sous couvert d’anonymat.

«Le coeur du véhicule, désormais, c’est la batterie, c’est là où on gagne beaucoup d’argent», souligne Ferdinand Dudenhöffer, directeur du Center Automotive Research. Or, les technologies les plus avancées sont entre les mains des groupes d’électronique japonais (Panasonic), coréens (LG, Samsung) et chinois.

Un coup d’oeil sur le palmarès 2017 des ventes de voitures électriques dans le monde dévoile une hiérarchie automobile bouleversée.

Avec environ 75 000 véhicules vendus, l’américain Tesla, qui a commencé la fabrication de voitures en série il y a à peine dix ans, fait presque jeu égal avec l’alliance Renault-Nissan, elle-même devancée pour la première place par le chinois BAIC, selon des chiffres de Jato Dynamics.

Retard allemand

Outre Renault-Nissan, seul Chevrolet (General Motors), parmi les acteurs historiques, apparaît dans le top 10. Tous les autres sont chinois: ZD, BYD, Zotye, JAC, Geely. Ils profitent des politiques volontaristes mises en place dans leur pays.

Aucune trace des constructeurs allemands qui dominent pourtant la planète automobile... Aux États-Unis, Tesla vend déjà autant de voitures que Porsche.

Le marché du véhicule purement électrique pèse seulement 1% du total. Mais il progresse de 50% chaque année et représentait l’an dernier 750 000 unités. En 2025, il serait à 15% des ventes en Europe et 17% en Chine, premier marché mondial, selon Roland Berger.

Les grands constructeurs occidentaux ont cependant tous des plans d’attaque colossaux, avec des dizaines de milliards d’euros d’investissement, et il restera difficile de les concurrencer.

Les problèmes rencontrés par Tesla pour augmenter la production de son modèle 3 sont révélateurs. «Produire 500.000 véhicules n’a rien à voir avec en produire 5000», souligne Meissa Tal, associé-conseil automobile chez Deloitte. «Un véhicule, c’est plus de 10 000 pièces qui viennent de milliers de fournisseurs, il faut pouvoir l’assembler dans des volumes qui se comptent en millions, c’est là que le savoir-faire des constructeurs réside».

«Peut-être que ce n’est pas difficile de faire une voiture électrique, mais la produire en masse c’est une chose que peu de fabricants ont réussi à faire», estime aussi Gareth Dunsmore, directeur des véhicules électriques pour l’Europe chez Nissan, qui lance actuellement la deuxième génération de sa compacte Leaf.

Chez Renault, leader européen, l’outil industriel monte en puissance. «Depuis un peu plus d’un an, il y a une très grande accélération» des commandes, notamment pour la citadine Zoe, explique Gilles Normand, directeur du véhicule électrique pour le groupe. «On va quasiment doubler la capacité de production de moteurs électriques en 2018 par rapport à 2017».