Kia Cadenza

Kia Cadenza: quand seul le chrome reluit

Ceux qui se moquent encore de Kia ont tort. D'ailleurs, ils en conviennent dès qu'on leur présente la nouvelle Cadenza, voiture moderne, ni belle ni laide, mais confortable. Bref, normale. Voilà sans doute son plus gros défaut.
La première génération de Cadenza a rempli sa mission avec sérieux, mais aussi une certaine timidité. La nouvelle en impose davantage. Sa grande calandre et ses formes, plus déliées, évoquent une berline bourgeoise, bien assise sur la route.
Méconnue au Canada, cette grosse voiture discrète se renouvelle pour qu'on la remarque. Hélas, elle creuse, avec obstination, le même sillon. Celui de l'automobile sobre et un peu clinquante, privilégiant le volume intérieur et la fiabilité, sans apporter la moindre bouffée de fraîcheur dans un segment de marché atone, visiblement incapable de s'actualiser.
À l'heure où les consommateurs n'ont d'yeux que pour les utilitaires et autres camions parfois faussement fonctionnels, on peut s'interroger sur la pertinence d'offrir une nouvelle berline intermédiaire en 2017 sur le marché canadien. Cette catégorie tombe en ruine, avec moins de 18 000 unités vendues l'année dernière sur notre territoire, et rien n'indique qu'elle retrouvera son lustre avant longtemps. Pourtant, la direction canadienne de Kia s'obstine et impose à ses concessionnaires une auto qu'ils ont peine à écouler (166 unités de la Cadenza ont trouvé preneur en 2016). Considérant que ce modèle n'a rien de stratégique pour les ventes de Kia au Canada, n'aurait-il pas mieux valu l'abandonner? D'autant plus que ce modèle ne correspond pas à l'image de dynamisme que la marque sud-coréenne photocopie sur les tôles de ses créations récentes et futures. À ce sujet, il suffit de mentionner l'arrivée imminente de la Stinger - révélation du dernier Salon automobile de Detroit - pour étayer cette affirmation.
Avant d'aller plus loin, il apparaît nécessaire de rappeler que la Cadenza n'est pas une mauvaise auto pour autant. Il suffit de regarder certaines des concurrentes - parfois plus ennuyantes - qui l'entourent pour s'en convaincre. Et les modifications apportées à cette «seconde génération» de ce modèle, quoique nombreuses, semblent toutefois trop timides pour renverser la tendance et encore moins réanimer l'intérêt des consommateurs d'ici à l'égard «du bois mort» qui compose ce segment dont l'essentiel des ventes est réalisé auprès de parcs d'entreprises et autres agences de location.
Kia Cadenza
Qui es-tu?
Parce qu'on en croise si peu souvent, il apparaît important de rappeler ce qu'est une Cadenza.
Pour simplifier, il s'agit d'une Azera (une Hyundai désormais vendue aux États-Unis et ayant connu une brève carrière au Canada), proposée au prix d'une très belle Optima. Contrairement à cette dernière, la Cadenza ne soulève son capot qu'à un moteur V6 à essence et s'enrichit d'une liste mirifique d'équipements et d'accessoires. Les options sont peu nombreuses.
Cette «nouvelle» mouture conserve sensiblement les mêmes dimensions que la précédente. Seulement l'empattement a forci un peu pour dégager plus d'espace encore aux occupants de la banquette arrière. À l'avant, les sièges nappés de cuir se révèlent confortables et les grands gabarits apprécieront tout particulièrement les longues assises. Quant au filtrage des bruits, il est impressionnant d'efficacité.
Un cran en dessous des références allemandes et japonaises, la qualité de finition de l'aménagement intérieur de la Cadenza n'en reste pas moins irréprochable. L'habitacle s'inscrit, lui aussi, dans un registre des plus traditionnels, ce qui ne l'empêche pas d'offrir des matériaux de bien meilleure facture, doux au toucher et agréables à l'oeil. Là encore, l'ambiance n'est pas à l'allégresse, malgré de louables efforts dans le choix des coloris. Les insertions chromées viennent donner une petite touche de respectabilité au mobilier intérieur. Bref, tout cela est tiré à quatre épingles, mais d'une tristesse accablante. La Cadenza appartient à la famille des austères; son habitacle sombre et rigoriste n'incite pas à la gaieté. À côté d'elle, une Lincoln MKZ ou une Toyota Avalon font presque glamour. Chez Kia, la quête d'honorabilité est une affaire sérieuse. Un peu trop, d'ailleurs.
Les équipements de sécurité sont pléthore avec, entre autres, l'arrivée de caméras qui «mitraillent» le périmètre immédiat du véhicule et d'une assistance au freinage d'urgence, pour ne nommer que ces deux-là.
Placide berline
Quelques kilomètres suffisent pour comprendre que la paisible Cadenza préfère le confort douillet aux chevauchées échevelées. Cela a le mérite d'être clair. Silencieuse, confortable, cette berline à roues avant motrices (traction) invite à une conduite apaisée. La direction offre un vague ressenti (ça s'améliore un brin en adoptant le mode Sport) et le sous-virage apparaît très rapidement.
Hélas, ces prestations, qui la classent dans la bonne moyenne de la catégorie, se paient par une surcharge pondérale chronique : la Cadenza avoue, selon les modèles, entre 1,7 et 1,8 tonne sur la balance. Si la motorisation offerte permet d'oublier cet inconvénient, on n'y verrait rien à redire. L'ennui, c'est que tel n'est pas le cas. Le V6 de 3,3 litres qui l'anime a été «dégonflé» légèrement depuis sa dernière apparition sous le capot de cette berline (perte de trois chevaux et de deux livres-pied de couple) pour mieux ménager l'essence de son réservoir. Les performances ne s'en ressentent guère, mais la boîte automatique à huit rapports qui l'accompagne désormais - elle en comptait autrefois six - ne favorise guère l'accélération ou les reprises. Étagée de manière un peu longue, elle apparaît plutôt indolente, peu réactive et répond timidement à l'impulsion du pied droit. Considérant l'apparente obsession de Kia à réduire la consommation de cette Cadenza, on s'explique mal pourquoi celle-ci est privée d'un dispositif de coupure automatique. Un appendice pourtant offert sur la modeste Rio du même constructeur.
Les performances de la Cadenza tiennent davantage du percheron que du mustang. Le 3,3 litres n'est pas un foudre de guerre. À vrai dire, il est assez ennuyeux. D'autres préféreront le qualificatif de discret. Une fois lancée, cette tranquille dévoreuse de kilomètres se montre à son avantage. Pas trop vite, tout de même, car le freinage n'est pas le point fort de ce modèle. En dépit d'une pédale facile à moduler, les distances d'arrêt sont longues. Trop longues. Voilà sans doute pourquoi Kia juge qu'elle ne pouvait arrêter de nous la proposer.
Le pour et le contre
On aime
• Habitacle spacieux et silencieux
• Équipement pléthorique
• Finition sérieuse
On aime moins
• Freinage très moyen
• Agrément de conduite? Seulement dans un bouchon de circulation
• Catégorie moribonde
Son habitacle sombre et rigoriste n'incite pas à la gaieté.
Ce qu'il faut retenir
Prix: de 36 295 $ à 45 975 $
Frais de transport et de préparation: 1560 $ (transport seulement)
Garantie de base: 60 mois ou 100 000 km
Moteur: V6 DACT 3,3 litres
Puissance: 290 ch à 6400 tr/min
Couple: 253 lb-pi à 5200 tr/min
Poids: 1723 kg
Rapport poids/puissance: 5,94 kg/ch
Mode: traction
Transmission de série: automatique à huit rapports
Transmission optionnelle: aucune
Diamètre de braquage: 11,3 m
Freins (av.-arr.): disque-disque
Pneus (av.-arr.): 245/40R19
Capacité du réservoir: 70 litres
Essence recommandée: ordinaire
Consommation réelle observée: 10,6 l/100 km
Concurrentes à surveiller: Buick LaCrosse, Lincoln MKZ, Toyota Avalon
Pour en savoir plus: www.kia.ca