Mario Dubuc veut que son usine soit située à Québec.
Mario Dubuc veut que son usine soit située à Québec.

Dubuc SLC en voie de produire des voitures électriques à Québec

Paul-Robert Raymond
Paul-Robert Raymond
Le Soleil
«Ça fait 20 ans qu'on me traite de rêveur!» C'est en ces termes que Mario Dubuc, pdg de Dubuc SLC, a commencé l'entretien avec Le Soleil. Sa firme a entrepris des démarches sérieuses pour obtenir le financement nécessaire - plusieurs millions de dollars - pour devenir le premier constructeur automobile québécois de voitures 100 % électriques.
<p>Le Tomahawk, prototype du kit car électrique, présenté au Salon de l'auto de Québec.</p>
En octobre, Le Soleil publiait un reportage sur la voiture à assembler (ou kit car) Tomahawk, conçue par Dubuc SLC. Il s'agit d'une auto sport à deux places avec moteur central, le résultat de huit ans de travail et de concepts différents qui ont été avancés. M. Dubuc promettait que l'auto pouvait être assemblée en seulement 250 heures - pour un mécanicien habile - au lieu des 1500 à 2000 heures à temps perdu.
Le véhicule a été dévoilé d'abord au Salon international de l'auto de Montréal (SIAM) en janvier. Et son pendant 100 % électrique, au Salon de l'auto de Québec. À ce moment, Dubuc SLC n'envisageait pas du tout de devenir un constructeur, considérant l'investissement requis pour le faire. 
«Capital politique»
«On s'est fait du capital politique au SIAM et à Québec», dit M. Dubuc. «On a aussi pas mal brassé la cage avec notre Tomahawk à Montréal. Il y a des gens ayant de l'argent à investir qui nous ont parlé.»
Le pdg a confié au Soleil qu'un «homme d'affaires important et connu» l'a sérieusement approché et lui a parlé pendant la tenue du SIAM. «C'était la première fois que je m'étais fait sortir de mes souliers. On s'est rejoint et il m'a mis sur une voie. Ensuite, je devais courir pour le suivre», image-t-il. Bien qu'il ait cette possibilité en or, M. Dubuc se dit ouvert à d'autres investissements.
Deux jours après le dévoilement du Tomahawk 100 % électrique au Salon de l'auto de Québec, des gens du ministère des Finances et de l'Économie - maintenant le ministère de l'Économie, de l'Innovation et des Exportations (MEIE) depuis le changement de gouvernement - rencontraient M. Dubuc pour discuter de financement. D'autres rencontres ont eu lieu et une demande de financement a été faite au MEIE. Le ministère des Ressources naturelles a aussi démontré un intérêt, selon lui. 
Il a cependant été impossible de savoir si une demande de financement a été faite au MEIE. Le porte-parole du Ministère a invoqué la confidentialité autour de ces démarches.
Mario Dubuc est convaincu que son projet ne souffrira pas des compressions annoncées par le gouvernement Couillard. «On a senti une grande ouverture de la part du gouvernement, car on est une PME qui veut créer de l'emploi au Québec...» dit-il.
Usine à Québec
Par ailleurs, Dubuc SLC veut que son usine soit située à Québec. «Présentement, nos locaux [sur la rue Watt] sont situés à 10 minutes de chez moi. Et ça, ça vaut de l'or!» M. Dubuc a parcouru les différents lieux où se trouvent les parcs industriels. «Pas beaucoup d'endroits dans le centre-ville de Québec, mais plusieurs à Saint-Augustin-de-Desmaures», affirme le pdg qui soutient qu'il aurait besoin de 20 000 pieds carrés pour s'installer convenablement et faire travailler jusqu'à 200 employés.
«Notre vision en tant que constructeur est plus près de celle de Lotus, où les autos sont fabriquées à la main par modules. On ne vise pas la grosse chaîne de montage robotisée comme on en retrouve chez les grands constructeurs», conclut-il.
Secteur difficile pour les Québécois
Si Dubuc SLC remporte son pari, il réussirait là où plusieurs Québécois ou Canadiens ont échoué. À tout le moins, il s'ajouterait aux autres constructeurs d'ici produisant des voitures d'exception.
HTT, avec sa Pléthore LC-750 Supercar, Felino, avec sa cB7, font partie de ces exceptions. Autrement, d'autres se sont cassé les dents, dont Manic ou Bricklin, dans les années 70.
«Manic fabriquait ses GT, à partir d'un châssis et d'une mécanique Renault, sur lesquels il ajoutait une carrosserie prémoulée», explique Mario Dubuc de Dubuc SLC.
«Nous voulons mettre dans le Tomahawk 100 % de composantes faites au Québec, dans la mesure du possible», dit-il, en ajoutant que sa firme travaille avec l'Université de Sherbrooke pour la conception de l'unité de contrôle et avec Gentec, de Québec, pour la réalisation de celle-ci.
Le «kit car» sur la glace
Si le projet de devenir un constructeur automobile se concrétise, Dubuc SLC devra mettre une croix sur la vente du Tomahawk en kit car. «C'est pour cette raison que nous avons mis le projet de kit car sur la glace», dit Mario Dubuc, pdg de Dubuc SLC.
Dans sa forme finale, le Tomahawk électrique sera redessiné par rapport à sa version originale, afin d'améliorer l'accessibilité dans l'habitacle et ainsi le rendre conforme aux normes DOT (Department of Transport). «Toutes les composantes qui se trouvent dans le véhicule doivent être approuvées DOT», explique-t-il. «Ensuite, il faut construire des exemplaires qui seront soumis aux tests de collision.» Dans ce cas-ci, ces tests seront faits chez PMG Technologies, à Blainville. Pour exporter le véhicule vers les États-Unis ou l'Europe, le constructeur doit faire des ajustements afin de respecter leurs normes. Tout cela coûte plusieurs millions de dollars, avant qu'une voiture ne soit vendue à un client.
«Valeur ajoutée»
Il est peut-être trop tôt pour parler de caractéristiques, mais le constructeur en devenir veut proposer une voiture électrique sport avec une autonomie de 300 kilomètres, pouvant accélérer de 0 à 100 km/h en moins de quatre secondes. Deux modes de conduite seraient offerts: Sport et Économie.
Dubuc SLC veut offrir le Tomahawk électrique à un prix qui serait inférieur à 100 000 $. «Ce sera un véhicule plus haut de gamme que celui qu'on proposait en kit car. Un véhicule à valeur ajoutée qui coûtera 75 000 $ ou 80 000 $», décrit M. Dubuc. «À elle seule, la batterie offrant une autonomie de 300 kilomètres coûte 20 000 $. Quoique d'ici fin 2016 ou début 2017 [les dates prévues des premières livraisons], le prix des batteries pourrait descendre.»
Mario Dubuc a aussi confié qu'il souhaite être capable de prendre les commandes pendant le Salon de l'auto de Québec 2016. Ces commandes se feront par vente directe, un peu de la même façon dont procède le désormais célèbre constructeur de véhicules électriques, Tesla Motors.