Dans des extraits de son discours prononcé mardi, le pdg de Facebook, Mark Zuckerberg, présente ses arguments, et en appelle notamment au patriotisme économique des élus.
Dans des extraits de son discours prononcé mardi, le pdg de Facebook, Mark Zuckerberg, présente ses arguments, et en appelle notamment au patriotisme économique des élus.

Audition des GAFA au Congrès: les patrons joueront sur la fibre patriotique 

SAN FRANCISCO — Les patrons d’Alphabet (Google), Apple, Facebook et Amazon comptent en appeler au patriotisme économique des élus lors de l’audition des géants du Web au Congrès, mercredi, sur d’éventuelles pratiques anticoncurrentielles.

Facebook est une «entreprise fièrement américaine», qui n’aurait pas réussi sans «les lois encourageant la concurrence et l’innovation», va par exemple déclarer devant les élus Mark Zuckerberg, son fondateur, d’après son discours d’ouverture déposé mardi auprès de la commission judiciaire.

Les quatre dirigeants vont devoir défendre leurs empires, accusés à gauche comme à droite d’être devenus trop dominants. Tous font valoir que leur succès n’aurait pas pu se produire ailleurs qu’aux États-Unis.

Mark Zuckerberg va utiliser l’un de ses arguments favoris pour justifier la taille de son réseau — la nécessité de ne pas se faire dépasser par la Chine.

«Nous croyons dans certaines valeurs — la démocratie, la compétition, l’inclusion, la liberté d’expression — sur lesquelles l’économie américaine a été bâtie», assène-t-il.

«Il n’y a pas de garanties que nos valeurs vont gagner. La Chine par exemple construit sa propre version d’Internet sur des idées très différentes, et exporte cette vision dans d’autres pays».

Tous pour l’Amérique

Sundar Pichai vante les investissements conséquents de Google, qui permettent de «consolider la position de l’Amérique» dans les technologies émergentes, comme l’intelligence artificielle, les voitures autonomes ou l’informatique quantique.

«Tout comme la domination américaine dans ces domaines n’est pas inévitable, nous savons que le succès continu de Google n’est pas garanti», avertit-il.

Jeff Bezos s’étend en des termes dithyrambiques sur son rêve américain, de son père immigrant aux débuts d’Amazon dans un garage, et au groupe actuel «qui a créé plus d’emplois aux États-Unis pendant la décennie écoulée que toute autre entreprise».

Il se félicite de la confiance des consommateurs, et même du pays en général, en citant des «sondages indépendants» selon lesquels «80 % des Américains ont une impression globalement favorable d’Amazon».

Tous les quatre assurent faire face à une concurrence féroce.

«Apple n’est dominant sur aucun des marchés où nous faisons des affaires», pointe Tim Cook, le patron du fabricant de l’iPhone.

Apple et Amazon sont accusées d’être juges et parties sur leurs plateformes, l’App Store pour l’un et le site de commerce électronique pour l’autre, car leurs produits y sont en compétition avec ceux de concurrents.

Miroir, mon beau miroir

«Amazon ne compte que pour 1 % des 25 000 milliards $US [33 432 milliards $] du marché mondial de la distribution, et 4 % aux États-Unis», répond, par avance, Jeff Bezos.

L’homme le plus riche au monde ajoute aussi que, loin d’écraser la compétition, son succès est intimement lié aux succès des PME présentes sur sa plateforme et explique en partie la prolifération de sites de commerce électronique concurrents, de Walmart à Etsy.

Tim Cook argumente de son côté que les commissions prises par Apple auprès des éditeurs d’applications sont «comparables ou inférieures» à celles de leurs rivaux, et «largement inférieures» aux coûts de distribution que ces éditeurs payaient avant l’App Store.

Les emblématiques patrons reconnaissent tous la pertinence d’un examen de leurs activités par les élus.

Mark Zuckerberg va jusqu’à rappeler qu’à son avis les gouvernements et régulateurs devraient «jouer un rôle plus actif» pour «mettre à jour les règles d’Internet» en matière de modération des contenus.

Mais Jeff Bezos, dont c’est la première audition au Congrès, avertit cependant les parlementaires sur sa philosophie: «Si, quand vous regardez dans le miroir, et que vous évaluez les critiques, vous pensez encore que vous avez pris les bonnes décisions, aucune force au monde ne devrait pouvoir vous faire changer.»