En entrevue, Olivier Dufour, 45 ans, assure «qu’il y aura un lendemain positif» à l’aventure de Dufour, Maison de Création, même s’il est encore hanté par la pensée qu’il n’a pas réussi à sauver sa compagnie.

Au bout du rouleau, Olivier Dufour déclare faillite

Avouant avoir «mangé une volée» et vivre le «pire échec» de sa vie, Olivier Dufour croit encore qu’il aurait pu sauver son entreprise de la faillite.

«Jamais je n’aurais pensé, qu’un jour, j’abandonnerais la partie comme ça. J’ai toujours affronté le vent de face. Rien n’était à mon épreuve. Je répétais à qui voulait l’entendre que j’avais la couenne dure. C’est pourquoi, aujourd’hui, mon jugement envers moi-même est très dur.»

Le créateur, entre autres, du spectacle multidisciplinaire Le Chemin qui marche qui avait fait un tabac à l’occasion des célébrations du 400e anniversaire de Québec a déposé son bilan le 1er août.

Il n’a même pas tenté de placer son entreprise Dufour, Maison de Création sous le respirateur artificiel et à l’abri de ses créanciers le temps de trouver un arrangement avec ces derniers à qui il doit 643,949 $.

Olivier Dufour a plutôt choisi la faillite commerciale.

«Pour moi, la faillite a toujours été la pire des solutions», raconte Olivier Dufour au Soleil en soulignant que l’épuisement professionnel lui a sapé le peu d’énergie qu’il lui restait pour rescaper son entreprise de création et de production de contenus de divertissement multiplateformes.

«Il y a quelques semaines encore, j’étais incapable d’ouvrir mon ordinateur ou de mettre les pieds au bureau.»

Constatant qu’il avait très peu de dettes et qu’il ne laissait personne dans la misère, il a tout simplement décidé de «tirer la plug».

Dans les faits, le principal créancier non garanti de Dufour, Maison de Création est Olivier Dufour. Son entreprise lui doit plus de 140 000 $. Il y a des mois qu’il n’a pas touché un rond. «Il n’y a plus une cenne qui entre à la maison. Ma blonde doit reprendre le chemin du travail», expose le papa de deux fillettes de six et quatre ans.

À ses créanciers garantis — la Caisse d’économie solidaire Desjardins (200 000 $) et à Investissement Québec (128 000 $) —, il leur a expliqué, dans le blanc des yeux, qu’il était contraint de prendre la décision la plus «pénible» de sa vie. «Je leur ai dit que je voulais bien faire les choses, que je ne voulais pas que personne ne perde des sous à cause de moi.»

Au bout du rouleau

Olivier Dufour a fondé son entreprise en 2000.

«Je ne la voyais pas comme une business, mais plutôt comme un outil pour créer de grandes choses, pour réunir des créateurs du monde entier ici à Québec.»

Jamais, Dufour, Maison de Création n’a quémandé de l’aide financière aux divers paliers de gouvernement. De toute façon, constate-t-il, il n’y a pratiquement pas d’argent de disponible pour les entreprises comme la sienne qui se spécialise dans le divertissement multiplatefomes combinant les arts et les technologies.

«Je viens d’un milieu dans lequel tu n’attends pas l’argent des autres pour créer des trucs. Nous nous sommes toujours démerdés avec l’argent que nous avions. Peut-être, aurais-je dû être moins orgueilleux et faire la file, comme les autres, pour aller chercher des subventions.»

En 2014, l’entreprise a pris un tournant déterminant. Elle a cessé de répondre aux demandes des clients pour se concentrer sur l’exportation de ses propriétés intellectuelles notamment en télévision, en design d’ambiance et en création de spectacles de tournée.

Le marché de l’Asie, principalement la Chine, allait devenir sa porte d’entrée à l’international.

Pendant un an et demi, il se rend en Chine une ou deux fois par mois pour établir des liens avec des partenaires.

En avril dernier, les premiers signes de l’épuisement professionnel apparaissent. Le diagnostic de son médecin lui tombe dessus comme une tonne de briques. «Olivier, tu es rendu au bout de ton rouleau.»

Puis, quelques semaines plus tard, le toubib se fait encore plus insistant. «Il faut que tu arrêtes tout de suite. C’est non négociable.»

Avant de licencier ses huit employés, il a tenté d’étirer sa chance. «Là, j’ai vraiment pogné le fond comme on dit en français.»

Aujourd’hui, Oliver Dufour reconnaît qu’il avait sous-estimé l’argent et le temps que son entreprise avait besoin pour réussir sa percée internationale.

Un «lendemain positif»

En entrevue, Olivier Dufour, 45 ans, assure «qu’il y aura un lendemain positif» à l’aventure de Dufour, Maison de Création, même s’il est encore hanté par la pensée qu’il n’a pas réussi à sauver sa compagnie.

«D’abord, je vais avoir à prendre mes responsabilités et faire en sorte que mes créanciers ne soient pas perdants et qu’ils ne soient pas fâchés contre moi», précise-t-il.

«Bien honnêtement, je dois vous dire que je n’ai jamais été aussi créatif que je le suis présentement. La création n’occupait, jusqu’à tout récemment, que 2% de ma vie. Lorsque je suis sous la douche ou dans l’auto. La gestion de l’entreprise me pesait lourd. Le stress était constant. Comme un escalier que l’on monte à genoux.»

Ce que je veux faire, c’est de la création, du développement de nouvelles idées, mais je ne produirai plus mes trucs. Je vais m’associer à d’autres entreprises. Je ne veux plus que tout tourne autour de moi. Je veux être le carburant dans les projets des autres.»

Par ailleurs, Olivier Dufour demeure propriétaire du studio de création Le Réacteur situé dans les anciens locaux de la compagnie de pompes funèbres Lépine & Cloutier sur la rue Saint-Vallier à Québec.