Situé dans l'escalier La Chapelle de la rue Saint-Vallier Est, le restaurant le Tiers Temps privilégie une approche végétarienne et flexitarienne, en misant sur les produits locaux et la cuisine crue.

Appel à l'aide de la coop du Tiers Temps

La coopérative de solidarité du Tiers Temps lance un cri d'alarme. Qualifiant la situation d'urgente, la direction du restaurant intégré à la coopérative artistique Méduse demande l'aide des citoyens pour survivre.
«Je ne peux pas vous dire ou assurer à personne qu'on sera en activité dans les prochains mois», laisse entendre une des administratrices du Tiers Temps, Caroline Salaün. «On espère sincèrement que tous les appuis que l'on reçoit de tout bord, tout côté fassent la différence.»
La situation est urgente. Le Tiers Temps espère récolter au moins 15 000 $ en appuis divers d'ici le 4 août. Sans quoi la fermeture sera envisagée. «Les ventes n'ont pas rencontré nos estimations initiales. Ça fait que chaque mois, c'est très difficile. Chaque mois, ce sont des petits miracles qui s'opèrent. Mais là, ça devient très difficile d'accomplir ces miracles. La patience des fournisseurs devient très difficile à gérer», soutient Caroline Salaün.
Le restaurant du quartier Saint-Roch a pourtant trouvé une niche. Sa cuisine est l'une des rares à privilégier une approche végétarienne et flexitarienne, en misant sur les produits locaux et la cuisine crue. Le restaurant situé dans l'escalier La Chapelle de la rue Saint-Vallier Est se fond dans la coopérative Méduse, un centre de diffusion en art actuel.
Au-delà de la bouffe
Ouvert il y a 15 mois dans les locaux de l'ancien restaurant l'Abraham-Martin, le Tiers Temps souhaitait aller au-delà de la bouffe et agir comme lieu de rencontre dans le milieu des arts. Objectif atteint, jure Caroline Salaün. 
«Si l'on dresse un portrait au niveau de la clientèle, du lieu, des expositions, des activités de rencontre, je pense qu'on a réussi quand même à atteindre nos objectifs. Les gens sont au rendez-vous.»
La restauration est toutefois un milieu sans pitié, peu importe les valeurs artistiques du projet. «La restauration, dans le monde de la coopération, c'est un défi encore plus gros que celui de la restauration sous la forme d'une entreprise privée», analyse l'administratrice. 
«Habituellement, avec un restaurant privé qui a des difficultés, le propriétaire sera capable de venir injecter des fonds momentanément pour fournir un fonds de roulement et passer à travers les semaines les moins productives. Pour nous, le seul argent reçu, c'est celui venant des trois prêts financiers au début du projet. Et aucun de ces prêts financiers n'avait pour objectif de former un fonds de roulement.»
La coopérative de solidarité se tourne donc vers ses membres et les clients pour sauver le projet. Une campagne Web a été lancée afin de les inciter à découvrir le lieu, acheter des certificats de repas ou encore devenir membres de soutien. 
Le Tiers Temps dit faire sa part afin d'éviter le naufrage, ayant déjà réduit ses coûts et revu ses ambitions à la baisse. L'administration revoit également ses méthodes de gestion. «La difficulté est supplémentaire pour une coopérative, dans le mode de gestion», explique Caroline Salaün. «Je ne dis pas que ce n'est pas viable, mais ça demande une adaptation. On ne peut pas opérer de la même manière qu'un commerce privé. Je ne crois pas que ça soit possible.»
Au-delà de l'argent, la coopérative demande humblement conseil à quiconque aurait envie d'apporter une expertise au projet. «Tout apport des personnes qui ont une expertise en restauration pourrait être hyper bénéfique pour la coopérative», conclut Caroline Salaün.
Scénario à ne pas répéter
La menace de fermeture de la coopérative du Tiers Temps rappelle les déboires et la faillite de la Coopérative des Grands Rangs dans le quartier Saint-Roch il y a quelques mois.
Tout comme le restaurant blotti entre les rues Saint-Vallier Est et la côte d'Abraham, la Coopérative des Grands Rangs avait vu grand... avant de déchanter. L'épicerie et le comptoir-lunch de la rue Saint-Joseph ont finalement déclaré faillite en mars.
Après des années de gestation, la Coopérative des Grands Rangs avait charmé plusieurs clients en misant sur des produits locaux et uniques, issus de producteurs partenaires. Ambitieux, le projet n'a toutefois pas généré les ventes escomptées et a souffert d'un lourd endettement initial. Les déboires financiers ont été exposés publiquement le 14 mars, et les membres de la coopérative ont voté pour la faillite deux jours plus tard.
Caroline Salaün ne juge pas la gestion de la Coopérative des Grands Rangs, projet auquel elle n'était pas associée. Mais elle veut tout mettre en oeuvre pour ne pas en arriver au même sort. «On a un peu trouvé leur porte fermée du jour au lendemain, sans qu'il y ait eu d'appel à l'aide. L'idée dans notre cas était de dire : soyons honnête, franc, par rapport à la situation. Et lançons cet appel avant qu'il ne soit vraiment trop tard, et que personne ne puisse vraiment rien faire», explique l'administratrice. «Là, au moins, il y a encore de l'espoir.»