Leesee Papatsie et son mari William Fennell font leur épicerie.

Alimentation: la guerre de prix sourit aux consommateurs

La guerre de prix entre les épiciers au Québec et les magasins grande surface continue de sourire aux consommateurs québécois. Votre facture d'épicerie devrait même faire du surplace en 2014, une gracieuseté de Target, de Walmart et de Costco.
Pour attirer de nouveaux clients et espérer gagner des parts de marché, les magasins grande surface et les chaînes de pharmacies font de plus en plus de place sur leurs tablettes aux produits alimentaires offerts à bas prix.
«On est dans une guerre de prix qui sourit actuellement aux consommateurs québécois», signale la professeure de marketing à HEC Montréal, JoAnne Labrecque.
Cette forte concurrence a d'ailleurs fait baisser l'an dernier les prix de plusieurs produits alimentaires au Québec parce que de nombreux détaillants font de ces aliments des produits d'appel (loss leader).
Selon des données compilées par cinq chercheurs de l'Université de Guelph en Ontario, les prix des produits laitiers (à l'exception du beurre), du riz, du café, du thé, des noix et des condiments ont baissé en 2013.
Pour 2014, la facture globale d'épicerie des Québécois ne devrait progresser qu'entre 0,3 % et 2,6 %, prédisent-ils.
Conséquence: les ventes dans les épiceries et les supermarchés - Metro, Loblaws (Provigo) et Sobeys (IGA) - déclinent alors que celles dans les commerces non spécialisés dans l'alimentation sont en forte progression.
Les spécialistes notent aussi un changement de comportement des consommateurs québécois dans leurs habitudes de magasinage, frisant même l'infidélité devant ces nouveaux joueurs non traditionnels prêts à tout pour jouer la grande séduction en magasins. 
Chemin faisant, les Québécois dépensent maintenant le quart de leur facture d'épicerie dans des commerces dits non spécialisés dans l'alimentation. Un phénomène en constante croissance depuis quelques années.
Des données fournies par Statistique Canada démontrent que la part du marché des aliments au détail dans les épiceries et les supermarchés a glissé, passant de 87 % en 2004 à 80 % en 2012 alors que celle des magasins dits de marchandises diverses a explosé, de 9,6 % à 16,4 % durant la même période.
Malgré tout, la facture alimentaire demeure encore très élevée au Québec. Un sondage mené l'an dernier par la firme Ipsos Reid pour le compte de la Banque Royal soulignait qu'un adulte canadien dépensait en moyenne 411 $ par mois pour faire son épicerie (excluant les dépenses de restaurants).
La moyenne provinciale la plus basse avait été observée en Ontario, avec 379 $ par mois, tandis que le Québec s'affichait au haut de la liste, avec 448 $ par mois. En Colombie-Britannique, la moyenne était de 415 $, contre 440 $ pour l'Alberta, 401 $ pour la Saskatchewan et le Manitoba et 420 $ pour les provinces de l'Atlantique.
«Cette guerre féroce entre les détaillants devrait toutefois mener à une consolidation de l'industrie alimentaire au cours des prochaines années», croit par ailleurs la professeure JoAnne Labrecque.
Bataille de pieds carrés
À plus long terme, c'est donc l'avenir de certains grands détaillants canadiens de l'alimentation qui se joue sur fond de cette bataille de pieds carrés. «Il faut se rappeler qu'avec la disparition des sièges sociaux de ces grands détaillants, ce sont surtout des emplois de qualité liés aux chaînes d'approvisionnement et de distribution qui glissent vers l'étranger», fait remarquer la professeure à HEC Montréal.
Car si le consommateur décide où il va faire ses emplettes, il peut aussi décider s'il opte pour des produits alimentaires de producteurs locaux ou encore de producteurs étrangers, selon l'offre disponible, rappelle-t-elle.
Tout semble donc jouer contre les grands épiciers par les temps qui courent, dont les marges opérationnelles sont inférieures à 6 %. «Le consommateur vieillit et mange moins et la concurrence augmente peu à peu», notent les chercheurs de l'Université de Guelph.
Plusieurs analystes financiers sont d'avis que le secteur alimentaire est ainsi en pleine mutation au pays. Certains grands de l'alimentation pourraient fermer des magasins (comme Metro en Ontario) alors que d'autres pensent à prendre de l'expansion (comme Loblaws qui a acheté les pharmacies Pharmaprix pour 12,4 milliards $ l'été dernier).
Chez Sobeys, l'acquisition l'an dernier de la bannière Safeway dans l'Ouest canadien pourrait lui donner des ailes au cours des prochaines années.
Metro, qui possède notamment les bannières Super C, Marché Richelieu, Adonis, Brunet ainsi que des parts dans Alimentation Couche-Tard, pourrait de son côté faire une grosse acquisition en 2014. Des rumeurs d'achat visant à acheter les pharmacies Jean Coutu ont circulé. Des rumeurs qui ont aussitôt été étouffées par la direction de Jean Coutu.
Or, si Metro ne passe pas à l'action pour une acquisition, l'épicier québécois pourrait être carrément acheté par un compétiteur, avancent les chercheurs de l'Université de Guelph.
Rappelons qu'en 2012, les Québécois ont dépensé 23 milliards $ dans des commerces de détail alimentaire, en baisse de 1,8 % par rapport à 2011.
Des cartes fidélité pour retenir les clients
Pour contrer l'érosion de leurs parts de marché, les grands épiciers et les supermarchés ont mis en place ces dernières années des cartes de points bonis pour fidéliser leurs clients. Après Metro il y a deux ans avec sa carte Metro&Moi (plus d'un million d'abonnés), l'épicier Loblaws (Provigo Le Marché et Maxi) a lancé il y a quelques mois son programme de fidélisation PC Plus qui compte maintenant plus de 300 000 membres. Une façon pour les détaillants d'augmenter leur volume de ventes en faisant dépenser davantage leurs clients actifs dans leurs magasins, fait valoir la professeure en marketing à HEC Montréal, JoAnne Labrecque.