Robert Lighthizer en compagnie de Donald Trump.

ALÉNA: les Etats-Unis entrouvrent la porte à un accord

Après les menaces du président américain Donald Trump de se retirer de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), les États-Unis ont semblé faire des concessions pour trouver un terrain d’entente avec le Canada et le Mexique.

«Nous sommes engagés à aller de l’avant», a assuré le représentant américain au Commerce Robert Lighthizer en conclusion de la sixième ronde de négociations à Montréal.

«Quelques progrès ont été faits», a dit M. Lighthizer en soulignant que «les États-Unis voient l’ALÉNA comme un accord très important».

«J’ai confiance dans le fait que les progrès vont s’accélérer bientôt», a ajouté le diplomate américain, qui s’ attend à des «avancées majeures» lors de la prochaine séance prévue fin février au Mexique.

Il y a au Canada la perception que «les États-Unis ne sont pas justes dans ces négociations. Et ce n’est pas le Cas», a insisté M. Lighthizer.

Ce ton tranche avec le pessimisme qui régnait avant le début de cette session, alors que le Canada disait se préparer à un retrait des États-Unis de l’ALÉNA. Pour se protéger d’une telle possibilité, Ottawa avait même annoncé au début de la négociation mardi qu’il rejoignait l’Accord de libre-échange transpacifique.

«Nous avons bouclé le dossier sur la corruption», s’est félicité le ministre mexicain de l’Économie, Ildefonso Guajardo, signalant ainsi la conclusion de trois chapitres depuis le début des discussions l’été dernier.

Lors de ce cycle de négociations, «le Canada a présenté de nouvelles idées sur quelques-uns des enjeux les plus importants», a souligné M. Guajardo lors de la conférence de presse finale.

Jeu à somme nulle

«Des défis substantiels» restent à relever, a-t-il ajouté, tout en assurant que les parties seraient en mesure «de conclure ce processus» de renégociation de l’ALÉNA.

Des frictions demeurent toutefois, notamment entre le Canada et les États-Unis, divisés par de nombreux différends commerciaux depuis l’arrivée au pouvoir il y a un an du président américain.

Après cinq sessions peu fructueuses depuis la fin de l’été, les négociateurs canadiens ont proposé à Montréal de nouvelles «idées» pour tenter de satisfaire les demandes protectionnistes du président Donald Trump.

Sur l’un des points épineux, le dossier de l’automobile, les Canadiens auraient proposé d’augmenter, comme le souhaite M. Trump, le pourcentage de composants d’un véhicule devant provenir de l’un des trois pays signataires de l’ALÉNA pour que celui-ci soit exonéré de droits de douane.

Cette proposition «pourrait aboutir à moins de contenu régional que maintenant», soit «le contraire de ce que nous voulons», a cependant estimé le représentant américain.

En défendant cette «approche régionale», comme l’a qualifiée Mme Freeland, le Canada espérait aussi amener les États-Unis à renoncer à leur demande pour que tout véhicule contienne au minimum 50% de pièces d’origine américaine.

En vain, car Mme Freeland a dit craindre «le démantèlement de la chaîne d’approvisionnement transfrontalière» qui, selon elle, a fait le succès de l’industrie automobile nord-américaine.

M. Lighthizer a pour sa part vertement critiqué la décision du Canada, juste avant l’ouverture de cette ronde, de porter plainte à l’Organisation mondiale du commerce contre les pratiques protectionnistes des Américains.

Cette action «sans précédent» et «ridicule» amène «à se demander si toutes les parties sont totalement engagées en faveur d’un commerce bénéfique», a dit M. Lighthizer.

Mme Freeland a opposé un démenti aux propos du diplomate américain qui soutenait que les États-Unis avaient un important déficit commercial avec le Canada.

«Les Canadiens ne voient pas le commerce comme un jeu à somme nulle dans lequel une partie doit perdre pour que l’autre gagne», a déclaré la ministre canadienne.

Le Canada, selon Mme Freeland, a fait une proposition «répondant directement» aux demandes des États-Unis sur le chapitre 11, permettant aux entreprises et aux investisseurs de poursuivre directement les gouvernements devant des tribunaux.

Le Canada accepterait la demande américaine de pouvoir se retirer du chapitre 11, mais en contrepartie les investisseurs américains ne pourraient plus entamer de procédures judiciaires contre les gouvernements canadien et mexicain lorsqu’ils s’estiment lésés par l’une ou l’autre de leurs législations.

Dans l’ensemble, les négociations ont suffisamment avancé pour que Mme Freeland ait déjà prévu un rendez-vous en mars à Washington pour la suite des négociations après l’étape mexicaine, sans toutefois évoquer comme certains une suspension jusqu’en 2019 pour cause d’élections au Mexique et aux États-Unis.