Le ministre mexicain des Affaires étrangères, Luis Videgaray, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, et le ministre mexicain de l'Économie, Idelfonso Guajardo

ALENA: le Mexique et le Canada pour un accord trilatéral avec les États-Unis

MEXICO — Le Mexique et le Canada ont réaffirmé mercredi leur volonté de parvenir à un accord de libre-échange trilatéral avec les États-Unis, en dépit des menaces du président américain Donald Trump d’opter pour des accords bilatéraux.

«Le Canada croit beaucoup en l’ALENA (accord de libre-échange nord-américain) en tant qu’accord trilatéral», a déclaré la ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland au cours d’une visite officielle à Mexico.

Mme Freeland et son homologue mexicain Luis Videgaray, ainsi que le ministre mexicain de l’Économie, Ildefonso Guajardo, ont affiché leur optimisme quant à la possibilité de faire aboutir prochainement les discussions, près d’un an après le début des négociations.

«Nous avons fait des progrès significatifs et le Canada croit qu’une modernisation de l’ALENA “gagnant-gagnant-gagnant” est tout à fait à notre portée, nous travaillons dur pour cela», a poursuivi Mme Freeland, qui dirige les négociations pour son pays.

M. Guajardo, à la tête de l’équipe de négociateurs mexicains, a indiqué que «pratiquement les deux tiers» de l’accord étaient déjà définis.

Le président mexicain Enrique Pena Nieto a souligné l’importance de parvenir à une «renégociation constructive et intégrale» à «court terme».

Dans une lettre adressée au président élu mexicain Andres Manuel Lopez Obrador, révélée mardi, Donald Trump presse le Mexique de faire aboutir «rapidement» les négociations, menaçant à défaut d’emprunter «une route très différente».

«Ce ne serait pas ma préférence, mais ce serait bien plus profitable aux États-Unis et à leurs contribuables», a écrit le président américain.

Discussions à Washington 

Les négociations entre les trois pays, qui ont débuté en août 2017, butent sur les exigences des États unis de renégocier tous les cinq ans cet accord et d’augmenter la part des pièces automobiles d’origine américaine dans les véhicules assemblés chez leurs voisins pour les dispenser de droits de douane.

«Cela pourrait signifier d’importants changements pour l’industrie automobile» a expliqué Mme Freeland. «Et après il faudrait dire à ces constructeurs: “Devinez quoi? En plus d’intégrer ces changements, il vous faudra peut-être affronter tous les cinq ans toute une série de nouveaux changements”», a-t-elle critiqué.

MM. Guajardo et Videgaray vont se rendre jeudi à Washington pour reprendre les discussions avec les représentants américains. Des membres de l’équipe du président élu mexicain Andres Manuel Lopez Obrador seront également présents en tant qu’observateurs.

Selon le gouvernement mexicain, un accord sur l’ALENA pourrait être trouvé d’ici la fin du mandat de M. Peña Nieto qui s’achève le 30 novembre.

L’ALENA, en vigueur depuis 1994, est régulièrement pris pour cible par M. Trump qui l’a qualifié de «désastre» pour les emplois américains.

Il est cependant vital pour l’économie mexicaine qui exporte près de 80 % de ses produits vers son voisin du Nord.

Après s’être entretenue avec M. Peña Nieto, Mme Freeland s’est réunie avec le président élu Lopez Obrador, durant deux heures, à huis clos, dans la modeste maison qui lui sert de bureau dans la capitale mexicaine.

«Concordance de vues»

Après s’être entretenue avec M. Peña Nieto, Mme Freeland s’est réunie avec le président élu Lopez Obrador, durant deux heures, à huis clos, dans la modeste maison qui lui sert de bureau dans la capitale mexicaine.

Marcelo Ebrard, que le président élu a désigné comme son futur ministre des Affaires étrangères, a indiqué que la réunion avait été «positive» et avait permis de constater une «concordance de vues».

Pour le futur président mexicain — qui prendra ses fonctions le 1er décembre — l’ALENA doit également rester trilatéral. «Il doit et il peut être modernisé, mais nous ne pensons pas que sa nature doive changer», a expliqué M. Ebrard.

M. Lopez Obrador a demandé que les entreprises canadiennes opérant au Mexique, en particulier les compagnies minières, respectent les normes environnementales du pays, ainsi que la législation du travail en vigueur.

Il a également invité le Canada à investir dans le secteur ferroviaire. «AMLO» (acronyme du président élu) voudrait notamment stimuler le tourisme en construisant une ligne de train à grande vitesse reliant les stations balnéaires de la côte caraïbe, dont Cancún, aux sites archéologiques jusqu’à Palenque au Chiapas.

Le 14 juillet, M. Lopez Obrador avait reçu le secrétaire d’État américain Mike Pompeo et une imposante délégation pour une première rencontre qualifiée de «cordiale».  Avec Jean ARCE