Le négociateur en chef du Canada, Steve Verheul, a affirmé mercredi qu'il y avait «assurément certains écarts importants sur plusieurs enjeux».

ALENA: le Canada fait encore état d'écarts importants sur des enjeux clés

Les États-Unis doivent faire preuve de plus de flexibilité pour la résolution d'enjeux clés s'ils veulent obtenir une entente sur l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) au cours du printemps, avant plusieurs rendez-vous électoraux, a indiqué mercredi le négociateur en chef du Canada.

Steve Verheul, qui se trouvait à Ottawa pour une table ronde sur l'état des relations commerciales entre le Canada et les États-Unis, a affirmé qu'il y avait «assurément certains écarts importants sur plusieurs enjeux».

M. Verheul a soutenu que les parties n'étaient «pas si éloignées» sur bon nombre de chapitres, mais qu'en ce qui a trait aux enjeux plus fondamentaux, il y avait encore beaucoup de travail à faire.

Le négociateur canadien a réitéré les points d'achoppement: les positions des États-Unis dans le secteur automobile, la proposition d'une clause crépusculaire, l'accès aux marchés publics américains et la volonté des États-Unis de s'exclure d'un chapitre sur un mécanisme de règlement des différends.

Les propos de M. Verheul ont semblé contredire l'opinion plus optimiste exprimée plus tôt mercredi par le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer. Sur les ondes du réseau CNBC, M. Lighthizer a estimé que les efforts et les compromis consentis pourraient donner lieu «bientôt» à une entente de principe.

Le représentant américain au Commerce a expliqué ce nouvel empressement à conclure une entente par l'approche des élections au Mexique, en juillet, et de mi-mandat aux États-Unis, en novembre. L'administration Trump craint de voir les discussions s'étirer jusqu'en 2019, ce qui compliquerait la conclusion d'un accord.

M. Verheul a affirmé que le Canada n'avait pas encore vu «ce que peut signifier pour les États-Unis un accord de principe».

«Un accord de principe, selon notre compréhension, signifie une certaine direction sur les grands enjeux, les enjeux importants. Nous n'avons pas vu cela de la part des États-Unis jusqu'à maintenant», a soutenu le négociateur en chef canadien.

«Pour y arriver, nous aurions certainement besoin d'une flexibilité considérable en ce qui a trait aux positions des États-Unis», a-t-il ajouté.

Les pièces automobiles

Les négociateurs américains auraient proposé d'abandonner, à certaines conditions, leur demande controversée sur les règles d'origine des pièces automobiles — voulant qu'au moins 50 % des pièces de chaque véhicule proviennent des États-Unis.

Selon des sources au fait des plus récentes avancées, les États-Unis auraient suggéré une avenue différente pour aider les constructeurs américains : une formule récompensant les constructeurs automobiles qui offrent des salaires supérieurs à 15 $ l'heure.

Les usines mexicaines seraient ainsi désavantagées par rapport aux installations américaines et canadiennes.

«J'ai bon espoir. Je crois que nous faisons des progrès. Les trois parties veulent aller de l'avant», a soutenu M. Lighthizer, mercredi. «J'ai bon espoir qu'une entente de principe pourra être conclue sous peu.»

Une telle entente de principe permettrait à la Maison-Blanche de déclencher aussitôt le processus de consultations de plus de six mois, avant une ratification finale de l'accord au Congrès. Or, il serait impossible, après le mois prochain, de tenir ce vote de ratification avant les élections de mi-mandat en novembre. Par la suite, les nouveaux membres du Congrès seraient assermentés au début de 2019, mais les deux chambres pourraient alors être contrôlées par les démocrates. Par ailleurs, le nouveau président mexicain sera assermenté en décembre 2018.

M. Lighthizer a fait état de cette pression du calendrier politique sur les négociations : «Notre fenêtre est étroite, compte tenu des élections et de facteurs hors de notre contrôle», a-t-il admis mercredi.

Freeland salue des propositions créatives

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, n'a pas voulu commenter les détails des négociations sur le secteur automobile, mais elle a salué M. Lighthizer et son équipe pour avoir présenté des propositions créatives ayant fait progresser les discussions.

«Les règles d'origine dans le secteur automobile ont toujours représenté l'enjeu unique le plus complexe dans les négociations... et probablement l'élément particulier le plus important économiquement de l'entente», a-t-elle fait valoir lors d'une conférence téléphonique, mercredi soir, à partir de la Corée du Sud.

«C'est pourquoi je suis vraiment encouragée par certaines des avancées que nous avons commencé à accomplir sur les règles d'origine ces dernières semaines», a-t-elle ajouté.

Mme Freeland a dit que ce qui était encourageant était «l'engagement constructif et positif à tous les niveaux de toutes les parties».