L'ancien premier ministre du Québec, Pierre-Marc Johnson,

ALENA: Charest et Johnson demeurent confiants

MONTRÉAL - Malgré les menaces et le ton du président américain Donald Trump face au Canada, on est très loin du retrait des États-Unis de l'ALENA, estiment les anciens premiers ministres Pierre Marc Johnson et Jean Charest.

Les deux hommes ont participé, jeudi à Montréal, à une rencontre du Conseil des relations internationales de Montréal sur les grands accords commerciaux. Après un échange devant près de 300 convives, ils ont rencontré la presse.

Alors que l'échéancier approche quant aux négociations entre le Canada et les États-Unis pour renouveler l'Accord de libre-échange nord-américain, les deux hommes se sont montrés relativement optimistes.

«On est très loin à mon avis d'une situation de retrait des Américains de l'ALENA. On est dans la dernière semaine avant le délai imposé par les Américains. (Le délai) a été prolongé; jusqu'à maintenant il a été prolongé pour toutes sortes de raisons. Et là, il n'y en a plus de raisons de prolonger, semble-t-il», a commenté M. Johnson.

«Supposons qu'il y a un arrêt des négociations: il y a tellement d'étapes à venir dans le système politique américain, incluant le Congrès, qui lui a donné un mandat pour trois pays, pas deux pays. Et la question de la résiliation: le président prétend, lui, qu'il peut résilier, mais le Congrès n'est pas du tout d'accord avec ça», a rappelé l'ancien premier ministre Charest.

«Ce ne sera pas automatique, autrement dit. Il n'y a personne qui, du jour au lendemain, va dire "c'est fini". L'accord va continuer de vivre», a opiné M. Charest.

Il a voulu calmer les craintes au Québec et au Canada, ajoutant qu'«il y a toujours du théâtre à la fin» de ces grandes négociations.

Quant à ceux qui croient que si l'on ne parvenait pas à renouveler l'ALENA, on pourrait tout simplement réactiver l'ancien accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis, les deux hommes ont indiqué que la moitié des juristes spécialisés prétendent que ce serait automatique, alors que l'autre moitié croient que ce serait plus compliqué.

«Moi, je suis plutôt de ceux qui pensent que ça peut être compliqué, parce qu'il faudrait modifier des législations qui remontent à cette époque-là» (1989-1994), a répondu M. Johnson, négociateur en chef pour le Québec de l'Accord économique commercial et global entre le Canada et l'Union européenne.

Interrogé à savoir s'il croit que le Canada finira par laisser tomber la gestion de l'offre, qui irrite tant les Américains, pour conclure une entente, M. Johnson a dit croire que le gouvernement fédéral était conscient de «ses responsabilités» et du fait que cette question faisait consensus «du Manitoba vers l'Est».

«Est-ce qu'en cours de route il y aura des éléments de modifications? C'est possible. On l'a fait avec l'Europe; on l'a fait avec le traité du Pacifique. La vraie mesure de tout ça, ça va être l'impact réel, pas l'impact perçu, l'impact réel», a conclu M. Johnson.