L'installation durant la dernière année devant son commerce d'un panneau promotionnel sur lequel on pouvait lire : «Si la modération a bien meilleur goût, l'excès a un bien meilleur effet», a valu au Pub Nelligan's un reproche dans le rapport du Conseil d'éthique de l'industrie québécoise des boissons alcooliques.

Alcool: consommation, promotions et sexisme inquiètent

Le Pub Nelligan's et la microbrasserie Le Corsaire sont pointés du doigt par le Conseil d'éthique de l'industrie québécoise des boissons alcooliques. On reproche entre autres au Pub Nelligan's, situé dans le Faubourg Saint-Jean, d'inciter à la consommation excessive d'alcool par l'installation durant la dernière année devant son commerce d'un panneau promotionnel sur lequel on pouvait lire : «Si la modération a bien meilleur goût, l'excès a un bien meilleur effet.»
Dans son dixième rapport annuel rendu public lundi, l'organisme fait part de ses inquiétudes devant la consommation excessive d'alcool, le sexisme et les promotions croisées. Il déplore de nouveau l'inaction du gouvernement devant ces problématiques.
Pour la microbrasserie Le Corsaire, à Lévis, qui avait également été réprimandée en 2013, le Conseil d'éthique s'indigne que les lois et règlements du Québec n'interdisent pas le recours au sexisme et à l'exploitation sexuelle pour vendre de l'alcool. «C'est une véritable aberration en ce XXIe siècle, mais c'est malheureusement la triste réalité, et cela permet à la microbrasserie mentionnée de poursuivre la mise en marché d'une bouteille portant une étiquette représentant une femme nue en cage pour illustrer la bière La Perruche», note dans son rapport le président du Conseil, Claude Béland, ancien patron du Mouvement Desjardins. 
Au cours de la dernière année, le Conseil d'éthique de l'industrie québécoise des boissons alcooliques a traité 11 plaintes, comparativement à 9 en 2015. À titre de comparaison, en 2014, l'organisme avait enregistré 18 plaintes. 
Comme c'est le cas depuis plusieurs années, des plaintes - deux - ont été déposées pour des promotions croisées visant à contourner le prix minimum de la bière, notamment avec des rabais sur l'essence.
«Le Conseil a constaté que cette pratique s'est poursuivie à grande échelle avec la bénédiction de la Régie des alcools, des courses et des jeux et dans l'indifférence complice de l'État québécois», affirme M. Béland. Ce dernier avance que les entreprises visées par les plaintes sont la chaîne IGA et le Dépanneur Bibeau d'East Angus. «Toutefois, le Conseil a pu constater que pratiquement toutes les chaînes avaient recours à de telles pratiques promotionnelles qui, quoique bel et bien autorisées par la Régie des alcools, des courses et des jeux, sont dangereuses en ce qu'elles ne se contentent pas de banaliser la bière, mais qu'elles en font un appât pour attirer les consommateurs dans leurs établissements». 
Au Québec, le prix minimum pour une caisse de 24 bouteilles ou canettes de bière de 341 ml varie entre 23,65 $ et 26,79 $, tout dépendamment de la teneur en alcool par volume.
Plaintes à la SAQ
Par ailleurs, le Conseil a reçu deux plaintes en lien avec la Société des alcools du Québec (SAQ). L'une pour la carte Inspire, qui n'a pas été retenue, et l'autre pour la promotion du Domaine Lafrance. La société d'État offrait gratuitement une bouteille de mignonnette de Pure Légende à l'achat des produits Domaine Lafrance sélectionnés.
Selon M. Bédard, la «banalisation» du gouvernement dans ces dossiers entraîne actuellement «la société sur la mauvaise voie». «Le chemin parcouru au cours des 10 dernières années mérite d'être souligné, car le nombre de plaintes a sensiblement diminué, mais force est de constater que du côté de l'État québécois non seulement le laxisme est-il toujours de mise mais, plus encore, on observe des signaux et des décisions qui vont exactement dans le sens contraire de celui vers lequel la société devrait se diriger», dit-il, déplorant notamment le manque d'interventions.
Afin d'améliorer la situation, le Conseil propose entre autres au gouvernement Couillard «de permettre à la police et à la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) de suspendre, voire d'abroger sur-le-champ un permis d'alcool sans avoir à passer par d'interminables procédures, comme c'est le cas actuellement, d'interdire le recours au sexisme et à l'exploitation de la sexualité pour vendre de l'alcool, d'interdire toute promotion qui permet de contourner le prix minimum de la bière par des promotions croisées ou autrement, limiter le nombre de permis d'alcool de manière à réduire la concurrence et augmenter les taxes sur la bière, qui sont les plus basses au pays».