L'ex-vice-président exécutif d'Air Canada, Ben Smith, nommé à la tête d'AirFrance-KLM

Air France-KLM: Benjamin Smith, numéro 2 d'Air Canada, nommé directeur général

PARIS — Le conseil d'administration d'Air France-KLM a nommé jeudi Benjamin Smith, actuel numéro 2 d'Air Canada, directeur général du groupe, a annoncé la direction dans un communiqué diffusé à Paris.

«Benjamin Smith prendra ses fonctions chez Air France-KLM au plus tard le 30 septembre 2018», indique le groupe, précisant que l'évolution des contours de la présidence non exécutive sera annoncée «dans les meilleurs délais».

Après plus de trois mois de recherches pour trouver un successeur à l'ancien patron français Jean-Marc Janaillac, balayé par une grave crise avec les syndicats, le conseil d'administration d'Air France-KLM a donc approuvé jeudi soir la candidature de Benjamin, dit «Ben», Smith. Le quotidien Le Monde avait déjà la semaine dernière avancé le nom de Ben Smith.

Tuant tout suspense, le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire avait estimé jeudi matin que M. Smith avait un «excellent profil», confirmant que le représentant de l'État au conseil d'administration se prononcerait en sa faveur. La France est un actionnaire incontournable de la compagnie, dont elle détient plus de 14%.

Mais les syndicats n'ont pas attendu la nomination officielle pour faire part, dès jeudi matin, de leur plus ferme opposition à la nomination d'un «dirigeant étranger».

«Il est inconcevable que la compagnie Air France, française depuis 1933, tombe dans les mains d'un dirigeant étranger dont la candidature serait poussée par un groupe industriel concurrent», a estimé l'intersyndicale en référence à Delta Air Lines. La compagnie américaine détient 8,8% du capital d'Air France-KLM, tout comme China Eastern.

Dimanche déjà, dans une tribune publiée par le Journal du dimanche, Paul Farges, représentant des pilotes actionnaires au conseil d'administration d'Air France-KLM, a estimé que le choix de M. Smith reviendrait à «placer Air France sous influence nord-américaine» et serait le signe que Paris «aurait renoncé à sa souveraineté aérienne».

Les syndicats d'Air France avaient mené 15 jours de grève dure à l'hiver dernier, pour des hausses de salaires, lors d'un conflit qui a fait chuter l'ancien patron Jean-Marc Janaillac.

Jouant son va-tout dans cette guerre ouverte, le président-directeur général avait lancé sa propre consultation du personnel sur un accord salarial qui avait déjà été rejeté par les syndicats. Le patron avait finalement été désavoué, avec le rejet de ce référendum interne par 55,44% des voix, ce qui avait entraîné sa démission le 4 mai.

Les grèves ont coûté 335 millions d'euros à la compagnie.

«Visionnaire»

Ben Smith aura ainsi fort à faire pour apaiser le climat social à Air France. Dimanche déjà, Philippe Evain, président du premier syndicat de pilotes d'Air France, a demandé dans une interview au quotidien Le Parisien la reprise de la négociation avortée avec l'intersyndicale, menaçant de «15 jours de grève».

M. Smith devra également donner une vision stratégique au groupe dans un secteur ultra-concurrentiel où il est attaqué par des compagnies du Golfe très agressives et les nouvelles compagnies low cost long-courrier.

Mais Ben Smith coche de nombreuses cases, a assuré le ministre Le Maire.

Parmi les critères de sélection du poste du futur patron il y avait «d'abord la bonne connaissance du secteur aérien (et) de la compétition internationale» et un profil «qui a déjà fait ses preuves dans une grande compagnie aérienne», a-t-il détaillé.

«La personnalité qui est envisagée aujourd'hui pour prendre la direction d'Air France remplit ces trois conditions», a-t-il ajouté.

Sur le site d'Air Canada, Ben Smith est décrit comme le «visionnaire de l'expansion internationale du réseau de la compagnie» et «l'architecte du développement du hub (plate-forme, ndlr) de Toronto».

«C'est sous sa direction qu'Air Canada Rouge, la low cost du groupe, a été lancée», précise le site soulignant par ailleurs son succès dans les négociations avec les deux syndicats représentant les personnels navigants qui ont abouti à des accords sur l'organisation de la compagnie et d'Air Canada Rouge, pour une durée de dix ans.