Dans le contexte actuel de rareté de main-d’œuvre, les départs hâtifs à la retraite n’aident pas la cause des entreprises.

Aînés dans les entreprises: la fin du «Tasse-toi mononcle!»?

Faut-il repousser l’âge de la retraite?

Il suffit de poser la question pour que la discussion s’embrase.

Un thème si explosif que les gouvernements refusent même de mettre la rondelle au jeu.

«Pourquoi refuse-t-on même d’en parler?» questionne Bernard Morency, un ancien vice-président de la Caisse de dépôt et placement et membre du Comité d’experts sur l’avenir du système de retraite québécois présidé par Alban D’Amours.

Il animait, mardi, un débat sur l’âge de la retraite à l’occasion d’un colloque organisé par le Cercle finance du Québec et l’Association CFA Québec.

Un débat utile que Bernard Morency comparait à un «brassage d’idées qu’il est important de faire si nous voulons que notre système de retraite ait un avenir aussi glorieux que son passé».

D’autant plus que le ministre des Finances, Carlos Leitão, vient de présenter un projet de loi bonifiant le régime de rentes qui fait passer de 25 % à 33,3 % le taux de remplacement du revenu à la retraite à compter de janvier 2019.

Pas un mot, toutefois, sur l’âge de la retraite dans le projet de loi.

Dans une grande majorité des pays européens ainsi qu’États-Unis, l’âge «normal» de la retraite — qui est de 65 ans au Canada — a été porté à 67 ans et même à 68 ans en raison, principalement, de l’accroissement de l’espérance de vie de la population. Une façon, également, de maintenir la viabilité des régimes publics de rentes et d’atteindre un meilleur équilibre entre la durée de vie professionnelle et celle de la retraite. 

Bernard Morency a rappelé que la probabilité qu’un Québécois aujourd’hui âgé de 65 ans atteigne l’âge de 90 ans est de 50 %. «C’est long ça», a-t-il fait valoir.

Départs hâtifs

Dans le contexte actuel de rareté de main-d’œuvre, les départs hâtifs à la retraite n’aident pas la cause des entreprises. Au Québec, les salariés se retirent plus rapidement du marché du travail qu’ailleurs au pays. En effet, l’âge moyen de départ à la retraite dans la Belle Province est d’un peu plus de 62 ans. Il se situe à 63 ans dans les autres provinces.

Constatant que les gouvernements, à court terme, ne toucheront pas à l’âge de la retraite, les panélistes Marie-Josée Naud et Denis Latulippe ont convenu qu’il fallait plutôt faire preuve d’imagination pour essayer de garder les gens au boulot le plus longtemps possible.

«Ça passe par l’organisation du travail», a insisté Denis Latulippe, professeur titulaire à l’École d’actuariat de l’Université Laval, en soulignant qu’il fallait également être moins «généreux» à l’égard des travailleurs qui partent plus tôt et encourager la bonification de la rente de ceux qui poursuivent leur participation au marché du travail.

«Pour que les gens plus âgés restent en emploi, il faut que des conditions pour les retenir soient mises en place. Là-dessus, au Québec, on a du chemin à faire. C’est encore beaucoup le “Tasse-toi monocle” qui s’exprime», a déclaré Marie-Josée Naud, conseillère syndicale à la Fédération des travailleurs du Québec. L’État, les employeurs et les syndicats doivent se retrousser les manches.

«Y a-t-il des mesures de retraite progressive dans les entreprises? Mise-t-on sur des horaires flexibles et le télétravail pour le personnel vieillissant?» a posé Mme Naud.

«Les travailleurs âgés ont-ils accès à la formation professionnelle? Un employeur, vous savez, peut se dire que ça ne vaut pas la peine d’investir dans la formation d’un travailleur de plus de 50 ans qu’il considère comme un has been. Il y en a même qui souhaitent carrément le départ des vétérans le plus rapidement possible. De l’âgisme dans les milieux de travail, ça existe», a-t-elle fait valoir en mentionnant que le mouvement syndical devait aussi trouver des formules «innovantes et originales» pour accommoder ses membres vieillissants.