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Mme Sophie Bernier, propriétaire du Comptoir La Piadina, peine à sauver son entreprise en cette période de pandémie. Puisque le comptoir a ouvert ses portes le 9 mars, il n’est admissible à aucune aide gouvernementale. Même la SUCL lui est refusée parce qu’elle n’était pas en affaires en janvier et février 2020, une aide qui représenterait la somme de 3900 $ pour six mois.
Mme Sophie Bernier, propriétaire du Comptoir La Piadina, peine à sauver son entreprise en cette période de pandémie. Puisque le comptoir a ouvert ses portes le 9 mars, il n’est admissible à aucune aide gouvernementale. Même la SUCL lui est refusée parce qu’elle n’était pas en affaires en janvier et février 2020, une aide qui représenterait la somme de 3900 $ pour six mois.

Aide financière: quand son entreprise fait partie des oubliées

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
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Mme Sophie Bernier ne sait plus à quelle porte frapper. Propriétaire du Comptoir La Piadina, qui a ouvert ses portes le 9 mars aux Galeries de la Canardière, elle cherche désespérément le coup de pouce financier qui lui permettra de passer à travers la crise. Car contrairement à une majorité de restaurateurs, elle n’est pas éligible à quelque aide financière, qu’elle soit municipale, provinciale ou fédérale.

«La raison la plus souvent invoquée et répétée est que nous n’étions pas en opération en 2020 et que notre chiffre d’affaires de 2021 ne peut être comparé à celui de l’année précédente», explique Mme Bernier. 

«Je trouve ça injuste. Je suis une entrepreneure au même type que ceux et celles qui sont en affaires depuis plus longtemps que moi. Et je suis pénalisée parce que j’ai choisi le mauvais moment et le mauvais endroit pour démarrer mon entreprise. Mais pensez-vous que j’aurais ouvert un commerce et investi de l’argent afin de faire découvrir si j’avais su qu’une pandémie allait éclater à la mi-mars? Bien sûr que non.»

«Je ne demande pourtant pas la lune. Simplement une aide directe qui nous permettra de passer à travers la crise et qui nous aidera à repartir lorsque les mesures sanitaires auront été assouplies. Actuellement, la seule aide dont je peux profiter, c’est la même que tous les citoyens qui ont perdu leur emploi, soit la PCU. Mais c’est 1800 $ par mois.»

C’est à la suite d’un séjour en Italie que Mme Bernier avait eu l’idée de se lancer en affaires et de faire découvrir aux Québécois la Piadina de l’Émilie-Romagne, une spécialité culinaire italienne composée d’un feuillet à base de farine de froment, de saindoux ou d’huile d’olive de sel et d’eau, qui, une fois repliée, peut être farcie avec des ingrédients sucrés ou salés (jambon, fromage, etc.). Un repas pratique pour le lunch, puisqu’il est léger et qu’il s’emporte bien.

Mme Bernier a travaillé environ un an sur son projet. Le tout s’est concrétisé avec la signature d’un bail, en octobre 2019, pour la location d’un local aux Galeries de la Canardière qu’elle a ensuite complètement transformé. 

Pourquoi ce centre commercial? «À cause du besoin d’une offre alimentaire plus saine dans le secteur, de la présence de bureaux du gouvernement fédéral, de l’arrivée prochaine des employés de la CNESST et pour l’opportunité de participer à la revitalisation économique du secteur d’Estimauville», lance Mme Bernier qui a aussi investit pour la création du logo de son restaurant, de son site Internet et des menus. 

Au total, elle a investi 130 000 $, une somme payée en partie de sa poche, mais aussi grâce à un prêt. «Avoir ma propre entreprise et faire découvrir la Piadina aux Québécois, c’était un rêve. Et l’objectif du Comptoir La Piadina, c’est d’en faire des franchises.»

Deux semaines d’opérations

Après une première semaine d’activités exceptionnelle, la clientèle était au rendez-vous. L’achalandage a cependant fondu lors de la deuxième semaine marquée par le début du télétravail. Mme Bernier a ensuite dû fermer les portes du Comptoir La Piadina à cause du confinement. Et quand elle a pu rouvrir son comptoir, en mai, elle pouvait seulement offrir la commande en ligne pour emporter. «Comme nous n’étions pas encore connus, ce fut une période très difficile. Les gens ne pouvaient même pas entrer dans le centre commercial pour voir notre menu. On leur donnait leur commande à la porte.»

Étant au fait des aides financières disponibles, Mme Bernier a commencé à analyser ses options. Elle s’est abstenue de demander l’aide offerte aux restaurateurs, puisque son entreprise n’avait pas un an de vie. Elle a cependant obtenu de son institution bancaire la suspension du paiement de son prêt. Parallèlement, le Centre commercial des Galeries de la Canardière lui a donné congé de loyer pour le mois d’avril.

En juin, avec la réouverture des centres commerciaux, Mme Bernier a pensé que le cauchemar de la COVID-19 était derrière elle et que son commerce pourrait reprendre tranquillement un erre d’aller. Et comme elle le souhaitait, septembre a montré des signes encourageants. Cependant, le 1er octobre, nouveau coup de massue. Le gouvernement annonce la fermeture des salles à manger jusqu’au 28 octobre, une mesure qui se prolonge toujours aujourd’hui. Voyant la seconde vague prendre de l’ampleur et le nombre de cas augmenter, Mme Bernier se dit qu’elle n’avait pas le choix que de trouver une aide financière autre qu’un prêt si elle voulait passer à travers de la crise.


« Je trouve ça injuste. Je suis une entrepreneure au même type que ceux et celles qui sont en affaires depuis plus longtemps que moi. Et je suis pénalisée parce que j’ai choisi le mauvais moment et le mauvais endroit pour démarrer mon entreprise. »
Sophie Bernier, propriétaire Comptoir La Piadina

«Juste après le 1er octobre, le gouvernement fédéral a mis sur pied une autre aide, la subvention d’urgence du Canada pour le loyer (SUCL). Mais pour l’obtenir, je dois fournir mon chiffre d’affaires de janvier et février 2020.»

Mme Bernier a donc contacté le bureau de sa députée fédérale qui lui a confirmé qu’elle n’était pas admissible au SUCL. «Dans mon cas, cette subvention m’aiderait à passer à travers la crise, ce serait pour six mois (septembre à mars). Cela représenterait une somme de 3900 $. Et je pense que j’y ai droit.»

Décidée à ne pas baisser les bras, l’entrepreneure a contacté le bureau de son député provincial, qui étudie sa demande. Puis, elle a écrit à la mairie de Québec de qui elle attend une réponse. Elle a aussi téléphoné au propriétaire du centre commercial des Galeries de la Canardière pour demander l’annulation du loyer de janvier 2021 et une réduction pour les mois de février et mars 2021. Elle est en attente d’une réponse.

Mme Bernier rappelle qu’elle a beaucoup participé à l’économie dans les mois précédant l’ouverture du Comptoir La Piadina en engageant des professionnels pour monter son site Web, créer le logo de son entreprise, aménager le local où elle s’est installée et en achetant les équipements dont elle avait besoin. Elle est d’avis qu’elle n’est pas la seule à vivre la situation dont elle est victime. 

«C’est certain que je parle pour moi, parce qu’en ce moment, j’ai besoin d’aide. Ça commence à être urgent. Mais je pense qu’il pourrait y avoir un programme pour les TPE, les très petites entreprises comme la mienne, comme la subvention au loyer qui serait en vigueur pendant toute la pandémie. Il faudrait que l’on ait une aide qui nous permettrait d’opérer et de payer une partie de nos frais fixes pour que l’on puisse tenir jusqu’en septembre.»

«Je suis une petite entreprise, mais je crois que j’ai autant de valeur que les plus grosses, que j’ai autant le droit de vivre. Actuellement, on parle seulement des gros joueurs. Tout mon projet de vie est en train de s’effondrer. Mais je refuse que ça s’effondre. Le mot "faillite" ne fait pas partie de mon vocabulaire même si je sais qu’il est dans le dictionnaire et qu’il se dit dans toutes les langues.»