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Les restaurants ont dû fermer leurs portes dès le début du mois d’octobre 2020.
Les restaurants ont dû fermer leurs portes dès le début du mois d’octobre 2020.

Aide aux entreprises: des associations choquées de la décision de Québec de ne pas aider rétroactivement

Paul-Robert Raymond
Paul-Robert Raymond
Le Soleil
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Depuis le 10 février, le gouvernement du Québec n’accorde plus d’aide financière aux entreprises pour les frais encourus entre les mois d’octobre et de décembre 2020. Des associations représentant les petites et moyennes entreprises (PME) du Québec ont été choquées d’apprendre cette nouvelle mesure et certaines accusent même Québec d’avoir agi en catimini.

Rappelons que les entreprises qui ont tardé à se prévaloir de l’aide du gouvernement du Québec pour couvrir leurs frais déboursés pendant le confinement décrété en octobre n’y ont désormais plus droit. Depuis le 10 février, l’Aide aux entreprises en régions en alerte maximale (AERAM), faisant partie du Programme d’action concertée temporaire pour les entreprises (PACTE) ou du programme Aide d’urgence aux petites et moyennes entreprises (PAUPME), ne débourse que les frais encourus depuis le 1er janvier. Les nouveaux paramètres avaient été annoncés le 3 février par le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon.

«On espère que Québec revienne sur sa décision d’offrir la rétroactivité sur son aide aux entreprises, avec une aide directe [des subventions]», a réagi François Vincent, vice-président pour le Québec à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI). «Car l’endettement moyen des PME en raison de la COVID-19 atteint désormais les 100 000 $. On se demande pourquoi le gouvernement agit ainsi. Est-ce que c’est une volonté d’économiser de l’argent? Quand on demande aux entreprises de fermer, c’est un minimum de pouvoir donner accès à de l’aide quand elles en ont besoin», poursuit-il.

François Vincent, vice-président pour le Québec à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, souligne que l’endettement moyen des PME en raison de la COVID-19 atteint désormais les 100 000 $.

Par ailleurs, la FCEI avait révélé plus tôt cette année dans les résultats d’un sondage que le tiers des dirigeants de PME québécoises (34 %) craignaient un manque de liquidités avant l’été. Dans ce même sondage interne, presque la moitié des dirigeants interrogés (48 %) demandaient de «réduire la paperasserie pour faciliter l’accès aux mesures d’aide».

Impression de «quémander»

Sentiment partagé par les tenanciers de bars et les restaurateurs. «Il y a une complexité dans les demandes d’aide auprès du gouvernement du Québec. On a aussi plus l’impression de quémander, contrairement à lorsqu’on fait une demande d’aide au fédéral», affirme Pierre Thibault, président de la Nouvelle Association des bars du Québec (NABQ) et propriétaire de la Taverne Saint-Sacrement à Montréal. «Il faudrait revoir certains critères d’admissibilité. En ce moment, c’est toujours trop axé sur la performance financière de l’entreprise. On croyait que c’était réglé», ajoute-t-il.

Cette décision de Québec pénalise les entreprises qui ont omis par manque de temps ou sciemment décalé leur demande d’aide. M. Thibault cite au passage que l’un des membres de la NABQ avait volontairement décliné la demande d’aide pour les mois d’octobre à décembre, car il avait connu un bon été, ce qui compensait pour ces trois mois de fermeture. «Est venu ensuite le prolongement du confinement et du couvre-feu, ce membre voit qu’il ne peut plus demander rétroactivement les mois de 2020, ce qui pourrait l’aider», explique M. Thibault en ajoutant qu’il a l’impression que la décision de Québec a été prise en catimini.

Il en veut au gouvernement de surévaluer les ressources qu’on les entreprises pour analyser les différents programmes d’aides. «Il [le gouvernement du Québec] nous voit tous comme des Bombardier ou des IBM.»

Même chose du côté de l’Association Restauration Québec (ARQ). «Les restos, ce sont des petites entreprises. Elles n’ont pas toutes l’habilité d’être sur la coche et d’avoir un comptable qui surveille et qui comprend tous les programmes d’aide aux entreprises», renchérit François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales de l’ARQ, qui elle aussi demande au gouvernement d’ajuster le tir et d’offrir une aide directe aux entreprises œuvrant dans la restauration, les gymnases et le divertissement.

«Ça a été un choc pour nous. On a noté la bonification de l’aide financière de Québec», dit-il en faisant référence à la prolongation jusqu’au 30 juin 2021. «Mais on n’avait pas vu l’annulation de la rétroactivité pour les mois d’octobre à décembre 2020. […] Ça a causé beaucoup de frustration.»

Il note que certaines entreprises attendaient de voir comment le gouvernement fédéral pouvait les aider avec la Subvention d’urgence du Canada pour le loyer (SUCL) avant de faire les démarches avec le ministère de l’Économie et de l’Innovation du Québec. «Les critères d’attribution de la SUCL sont sortis à la fin novembre, début décembre. Plusieurs de nos membres ont fait leur demande durant le mois de janvier et ils ont attendu un peu», explique M. Meunier, qui ajoute que la gestion des demandes de subventions, surtout pour la restauration, aurait pu être faite par Québec plutôt que par les municipalités régionales de comté (MRC) ou les villes. «Avec les modules électroniques de vente [MEV] implantés dans les restos depuis 2011, Québec a toutes nos données quant aux ventes. Ils auraient pu évaluer directement, au lieu de demander aux MRC d’évaluer les demandes.»

Les SDC solidaires

Quant aux sociétés de développement commercial (SDC), elles se disent solidaires aux revendications de la FCEI et des autres associations.

«Nous nous sommes aussitôt rendu compte de ces enjeux que nous avons mentionnés dans notre mémoire remis lors des consultations prébudgétaires. Cela fait partie de nos revendications», a affirmé Jean-Pierre Bédard, président du conseil d’administration du Regroupement des Sociétés de développement commercial du Québec et aussi directeur général de la SDC Montcalm à Québec. «Nous voulons que le programme de pardon de prêt aux entreprises soit accessible à l’ensemble de celles-ci, peu importe le niveau d’alerte où elles se trouvent.»