René Proulx, président-directeur général d’Exceldor, s’est adressé aux gens d’affaires lors d’un dîner-conférence de la demande de la Chambre de commerce de Lévis.

AÉUMC: Exceldor en croissance malgré une autre «brèche»

Si le grand patron d’Exceldor convient que le nouvel accord de libre-échange nord-américain est une «brèche additionnelle» pour l’industrie de la volaille, il assure que la croissance sera au rendez-vous pour la coopérative. Des projets de modernisation et d’acquisition restent au menu pour les prochaines années.

«C’est une brèche additionnelle par rapport à ce qu’on avait déjà vu dans le cadre du Partenariat transpacifique (PTP), mais somme toute on s’en tire relativement bien par rapport au secteur laitier qui a été beaucoup plus impacté», a commenté René Proulx, président-directeur général d’Exceldor, en marge d’une conférence qu’il a prononcé devant la Chambre de commerce de Lévis.

La coopérative œuvre dans la transformation et la distribution de poulets et dindons.

Plus de 12 millions de kilos de volaille américaine supplémentaires pourront atterrir en sol canadien avec l’Accord États-Unis–Mexique–Canada. Selon les Producteurs de poulet du Canada, les différents accords représentent un accès américain équivalent à plus de 10, 7 % de la production actuelle canadienne.

«Avec la croissance qu’on connaît dans la consommation, ça va compenser les pertes qu’on pourrait avoir par l’importation qui pourrait rentrer» des États-Unis, estime M. Proulx. Le poulet est la protéine est la plus consommée au pays, bien avant le bœuf et le porc, précise-t-il.

Les quotas aux transformateurs

Le pdg d’Exceldor espère toutefois que les nouveaux quotas d’importation de volaille américaine seront donnés aux transformateurs pour les aider à absorber le choc, et non aux détaillants.

L’organisation continuera par ailleurs à mettre de l’avant la provenance de ses produits pour que le consommateur les distingue de ceux de nos voisins du Sud.

Exceldor vend sa volaille sous les noms Exceldor et Butterball, mais aussi sous différentes marques maison comme Kirkland (Costco) ou Le choix du président (Loblaw).

Acquisitions

Au Québec, Exceldor et Olymel contrôlent 94 % de l’abattage de tout le poulet qui se produit dans la province, indiquait récemment La Presse.

Ailleurs au Canada, il reste plus de joueurs, constate M. Proulx, bien que le marché soit passé d’une trentaine de transformateurs à une quinzaine en 2018. Il s’attend à ce qu’il y ait des possibilités d’acquisitions pour Exceldor. «Des opportunités, il va y en avoir dans les prochaines années, c’est sûr.»

Sous le règne de M. Proulx, depuis 2006, le chiffre d’affaires consolidé de la coopérative est passé de 284 millions $ à 727 millions $. Une croissance qui s’est faite entre autres par acquisitions. L’homme d’affaires a toutefois expliqué devant les autres entrepreneurs que la croissance ne doit pas se faire à n’importe quel prix, qu’il faut prendre des risques, mais bien calculés.

«On a beaucoup de projets sur la table. La majorité de nos projets, je ne peux pas vous en parler», a-t-il lancé, taquin.

Il a tout de même ouvert un peu son jeu, en indiquant qu’Exceldor investira cette année 72 millions $ pour améliorer ses infrastructures. De ce montant, 35 millions $ serviront à la mise sur pied d’un premier centre de distribution, à Beloeil, présentement en construction.

La coopérative étudie aussi un projet pour une nouvelle usine de transformation primaire, qui remplacerait celle de Saint-Damase en Montérégie, qui est à la fin de sa vie utile.

«Et là on parle d’un investissement qui va dépasser les 175 millions», note-t-il, tout en soulignant que ce montant n’est qu’une évaluation préliminaire.

«Il reste quelques ficelles à attacher, dont l’aide gouvernementale et une entente avec nos employés. On espère d’ici la fin de l’année annoncer ce projet de construction-là, qui va être le plus grand projet de l’organisation jusqu’à maintenant», a souligné le pdg.

Exceldor compte quelque 2350 employés, dont un peu plus de 600 dans son usine de Saint-Anselme. Le siège social, situé à Lévis, et emploie 85 personnes. La production totale est de 214 millions de kilos par année.

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L'IMMIGRATION, «PLANCHE DE SALUT»

L’homme d’affaires René Proulx a livré un plaidoyer en faveur de l’immigration, une véritable «planche de salut» pour les entreprises aux prises avec la pénurie de main-d’oeuvre. Parmi ses quelque 2350 employés, environ 800, soit le tiers, viennent d’ailleurs dans le monde. Actuellement, l’organisation n’arrive pas à combler 210 postes, une trentaine en administration, la balance dans ses trois usines (Saint-Anselme, Saint-Damase, Saint-Bruno-de-Montarville). Une situation qui «freine la croissance» d’Exceldor et du Québec en entier, fait valoir M. Proulx. «C’est important que les instances gouvernementales l’entendent aussi.» La Coalition avenir Québec a fait de la baisse des seuils d’immigration une de ses promesses. «C’est sûr qu’on va faire des représentations au moment opportun pour les sensibiliser à notre situation. […] Nous on demande au gouvernement de faciliter l’arrivée d’immigrants, pis après ça on va s’en occuper.» Pour les intégrer et leur faire apprendre le français, précise-t-il.  

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TOLÉRANCE ZÉRO POUR LE POT

Avec la légalisation mercredi du cannabis, le pdg d’Exceldor a indiqué que ça serait tolérance zéro pour les employés sur les lieux de travail. Une politique à l’image de celle déjà en place pour l’alcool. «C’est clair que nos politiques en termes d’alcool et de drogues sont extrêmement sévères déjà.»