Le président et chef de la direction de SNC-Lavalin, Neil Bruce, s'excuse dans une lettre ouverte mise en ligne vendredi pour les malversations commises avant 2012 et qui ont entaché la réputation de l'entreprise.

Accusations: la firme SNC-Lavalin tente de rallier le public à sa cause

MONTRÉAL — Incapable de mettre de côté les accusations criminelles qui pèsent sur elle depuis 2015 en raison du refus des procureurs fédéraux de négocier un accord de réparation, SNC-Lavalin tente de rallier le public à sa cause.

Alors qu'elle se prépare à une longue bataille judiciaire qui doit reprendre le 29 octobre, la firme d'ingénierie a mis en ligne vendredi une lettre ouverte — également publiée sous forme de publicité dans quatre des principaux quotidiens du pays — où elle fait le point sur la situation en soulignant à quel point l'absence d'une entente pourrait avoir des «répercussions majeures» pour la multinationale.

Son président et chef de la direction, Neil Bruce, s'excuse directement pour les malversations commises avant 2012 et qui ont entaché la réputation de l'entreprise, ajoutant que des «changements fondamentaux» étaient survenus en matière de culture et de gouvernance, notamment.

La missive tente de donner des ramifications nationales à la situation dans laquelle SNC-Lavalin se trouve.

«N'importe quelle firme canadienne essayant d'entamer une discussion de règlement dans des circonstances similaires pourrait se trouver dans une telle situation», fait valoir M. Bruce dans sa lettre ouverte.

SNC-Lavalin a reçu une gifle du Service des poursuites pénales du Canada (DSPPC), qui refuse, pour le moment, de négocier un accord de réparation. De telles ententes, qui sont possibles depuis peu grâce à une nouvelle loi fédérale, prévoient généralement le paiement d'une amende et une série de conditions à respecter en échange d'un abandon des procédures judiciaires.

Annoncée mercredi dernier, cette nouvelle avait fait plonger le titre de la multinationale québécoise à la Bourse de Toronto, qui avait alors clôturé sous la barre des 45 $ pour la première fois depuis 2016. En mi-journée, vendredi, le titre se négociait à 47,86 $, en recul de trois cents.

«Notre démarche ne se limite pas à sensibiliser les Canadiens aux seules répercussions majeures que l'absence d'un tel accord est susceptible d'entraîner pour l'entreprise et pour toutes les personnes innocentes qui en dépendent, y compris nos 9000 employés canadiens ainsi que des retraités, clients et investisseurs canadiens, fait valoir SNC-Lavalin. Cette démarche vise essentiellement à mettre de l'avant ce que nous croyons être juste pour le Canada.»

La firme établie à Montréal rappelle que depuis 2012, environ 10 000 employés ont quitté la compagnie au Canada alors que l'effectif mondial — qui atteint 52 000 salariés — a doublé au cours de cette période.

Interdiction possible

Selon la Gendarmerie royale du Canada, la firme aurait versé 47,7 millions $ à des titulaires de charges publiques en Libye dans le but d'influencer les décisions gouvernementales. De plus, deux divisions auraient privé diverses organisations locales d'environ 129,8 millions $.

La multinationale, qui dit n'avoir rien à se reprocher, a plaidé non coupable. Le dossier doit revenir devant le tribunal le 29 octobre. Si SNC-Lavalin était reconnue coupable, elle pourrait être écartée des appels d'offres fédéraux pour une période pouvant atteindre 10 ans.

Advenant que son action continue à se transiger à son niveau actuel, la firme pourrait être exposée à une prise de contrôle, ont prévenu certains analystes depuis la semaine dernière.

De plus, pendant que SNC-Lavalin évalue la possibilité d'en appeler du refus du DSPPC de négocier un accord de réparation, des analystes se demandent si l'incertitude provoquée par les accusations criminelles pourrait paver la voie à un délestage de certaines de ses activités.

Des scénarios comme une vente de l'unité de construction et d'ingénierie, la fermeture du capital de l'entreprise ou même un retrait complet du marché canadien ont été évoqués.

À la suite du dépôt des accusations, l'entreprise avait demandé à une équipe d'étudier diverses options afin de générer de la valeur pour les actionnaires, a écrit Benoit Poirier, de Desjardins Marché des capitaux, dans un rapport publié cette semaine.

«SNC a de nouveau mandaté cette équipe la semaine dernière en plus de retenir les services d'intervenants externes pour évaluer un "plan B"», a souligné l'analyste.

Pour le moment, la multinationale refuse de se prononcer sur les scénarios avancés par les analystes, mais reconnaît que toutes les options sont sur la table.