Les syndiqués ont manifesté bruyamment.

ABI: les syndiqués se font entendre

Trois-Rivières — Alors que leur demande d’arbitrage a récemment été rejetée par l’employeur, les lockoutés de l’ABI ont choisi d’aller cogner aux portes des élus pour se faire entendre. Les bureaux du premier ministre François Legault, à l’Assomption, de Simon Allaire, député de Maskinongé, de Donald Martel, député de Nicolet-Bécancour et de Jean Boulet, député de Trois-Rivières et ministre du Travail, ont tour à tour reçu la visite d’une centaine de manifestants vendredi.

«Est-ce que le premier ministre va défendre les 1000 familles ou va défendre une compagnie américaine?», questionne Clément Masse, président de la section locale 9700 des Métallos, en marge des manifestations.

M. Masse n’en démord pas, pour lui, l’employeur est de mauvaise foi et ne veut pas négocier. «Le but pour nous est de faire de la pression sur le gouvernement. M. Boulet est intervenu, a mis des outils en place pour les parties, mais force est de constater que ça ne fonctionne pas», déclare le président.

Le syndicat met de l’avant les engagements électoraux du gouvernement caquiste et la question du contrat d’électricité consentie à l’ABI pour justifier sa démarche de vendredi auprès des élus. 

Quelque 100 travailleurs d'ABI manifestent vendredi matin devant le bureau de circonscription du premier ministre, François Legault.

On rappelle d’abord au premier ministre les engagements qu’il aurait pris au cours de la dernière campagne électorale. «Il a dit que des contrats, ça se brise, ça se renégocie, il a dit que ça manquait de leadership au niveau des libéraux à cette époque-là, il a dit que l’employeur n’était pas sérieux, donc il est temps que le premier ministre s’implique dans le dossier et intervienne», plaide M. Masse.

Le contrat que le syndicat voudrait voir revisité est celui qui soustrait ABI de ses obligations face à Hydro-Québec en cas de conflit de travail. Les syndiqués déplorent qu’un lock-out puisse être inclus dans une clause de force majeure. «En permettant à l’employeur d’économiser 165 millions $, ça vient déséquilibrer les forces», soutient Clément Masse. Le montant de 165 millions $ est celui des pertes qu’Hydro-Québec estimait avoir encourues à cause du conflit à l’Aluminerie de Bécancour, dans son dernier rapport annuel.

Si les manifestants se sont heurtés à des portes closes lors des premières étapes de leur périple, vendredi, trois membres de l’exécutif syndical ont finalement eu droit à une rencontre d’une vingtaine de minutes avec Jean Boulet en après-midi, au bureau de circonscription du ministre du Travail.

Le ministre du Travail, Jean Boulet et le président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse, à la sortie d’une rencontre, en marge des manifestations de vendredi.

À la sortie de la courte réunion, ce dernier a réitéré son engagement à déposer une hypothèse de règlement au début de la semaine prochaine. Il dit croire à la volonté des deux parties de trouver une solution négociée. Le ministre refuse par ailleurs de considérer l’ouverture des contrats d’électricité. «Les tarifs d’électricité ne font pas partie de l’équation, on est dans un contexte de négociation de renouvellement de convention collective et non de renégociation de contrat d’électricité», maintient-il.

Quant à la question des engagements pris par François Legault, en campagne électorale, Jean Boulet préfère ne pas discuter des propos qui ont été tenus et réfère plutôt aux intentions de son gouvernement. «Ce qui a été clair avec M. Legault en campagne électorale, c’est que le dossier de l’entente à l’ABI était une priorité pour nous. Il y a des répercussions humaines, il y a des familles, il y a des salariés qui sont affectés, il y a des impacts sociaux et économiques, le PIB du Québec est affecté par ce conflit-là», met-il de l’avant.

Pour le ministre du Travail, la prochaine étape est celle du dépôt de son hypothèse de règlement. «J’anticipe que cette hypothèse-là, qui est en fait une proposition, sera présentée à l’assemblée générale des salariés syndiqués pour qu’ils puissent se prononcer sur cette hypothèse-là et j’anticipe aussi que la direction locale présente cette hypothèse de règlement là à la maison-mère à Pittsburgh», déclare M. Boulet. Il dit demeurer confiant et positif et préfère ne pas s’avancer sur la suite des choses si une des deux parties refusait de se pencher sur son offre.

Face à l’optimisme du ministre, Clément Masse réitère avoir peu de foi dans la volonté de l’employeur de négocier. Le président du syndicat refuse de se prononcer sur l’éventualité de présenter l’hypothèse de règlement à ses membres. «On va l’évaluer quand on va l’avoir. Qu’est-ce qu’on va faire avec? On ne sait pas, ça va être en fonction de ce qu’on va retrouver dedans», explique-t-il. 

M. Masse maintient que la solution passe par une réouverture du contrat d’électricité et une intervention personnelle de François Legault. «On est une province qui a de l’énergie, qu’on offre à ces compagnies-là pour qu’elles viennent s’installer, elles ont de quoi à nous donner en retour. C’est des emplois, c’est de la qualité de vie, c’est de la paix sociale, et là ce n’est pas ça que notre employeur fait présentement. Je pense que le premier ministre devrait s’impliquer personnellement et mettre toute la pression qu’un premier ministre peut mettre sur un employeur», conclut le syndicaliste.