Le président du syndicat de l’Aluminerie de Bécancour, Clément Masse.

ABI: le fossé se creuse

TROIS-RIVIÈRES — Le syndicat des travailleurs de l’Aluminerie de Bécancour considère que l’attitude de la partie patronale, qui a notamment formulé de nouvelles demandes depuis le début du processus de médiation, fait obstacle à la conclusion d’une entente qui mettrait fin au lock-out qui dure depuis près de six mois.

C’est pour cette raison que les dirigeants syndicaux ont convoqué leurs membres en assemblée générale, mardi soir. Ils voulaient savoir si ces derniers considéraient que leurs représentants à la table devaient garder le même cap dans le processus de médiation. Les syndiqués ont voté dans une proportion de 90,14 % pour le maintien de la même orientation.

«Ce que nous voulons, c’est que les négociations reprennent au même point que le 21 décembre [quand l’employeur a quitté la table des négociations]. On était très près d’un règlement cet hiver. L’offre que l’employeur avait soumise avant le conflit devait assurer la compétitivité de l’entreprise, et voilà que la direction la renie totalement en demandant beaucoup plus de concessions», a déclaré le président du syndicat, Clément Masse, lors d’un point de presse mercredi matin.

En ce qui concerne les nouvelles demandes patronales, elles entraîneraient une réduction du personnel dans une proportion de 20 %, ce qui signifierait 200 emplois en moins dans la région ainsi que des modifications au régime de retraite.

Le dirigeant syndical y voit également «de la vengeance, comme pour punir les travailleurs», alors que c’est la direction qui a décrété le lock-out, et non les travailleurs qui auraient décidé de débrayer.

«Il y avait un fossé, maintenant c’est un canyon», a ajouté Dominic Lemieux, adjoint au directeur québécois du Syndicat des métallos, souvent appelé en renfort lorsque les conflits de travail se corsent. Selon lui, l’employeur «veut casser le syndicat, casser nos membres». Il précise que l’attitude actuelle de l’employeur est plutôt inhabituelle dans un processus de négociation.

«C’est un principe de base en négociation de mettre cartes sur table dès le début et de ne pas ajouter de nouvelles demandes en cours de route. On dirait que les négociateurs d’Alcoa l’ont oublié», a-t-il mentionné.

Rappelons que la direction d’Alcoa a décrété le présent lock-out le 11 janvier dernier. Les points qui achoppaient à ce moment étaient le financement du régime de retraite et le respect de l’ancienneté dans les mouvements de main-d’œuvre. Le syndicat déplore également que le conflit ait privé Hydro-Québec de revenus de plus de 100 millions $ en électricité.

De son côté, la direction de l’entreprise avait déjà affirmé que cette aluminerie se devait d’être plus compétitive. Par voie de communiqué, elle indique qu’elle demeure prête à négocier en vue de conclure une nouvelle convention collective sur des bases qui permettront d’améliorer l’usine, la positionnant ainsi sur la voie du succès à long terme, tout en offrant aux employés une rémunération concurrentielle.

«Actuellement, l’ABI a une occasion d’ajuster sa structure organisationnelle sans mise à pied en raison d’une vague de départs à la retraite. Cette année, la direction d’ABI a effectué une analyse comparative approfondie afin de tester et de mesurer de nombreuses idées sur la façon d’améliorer l’usine. La partie de l’aluminerie actuellement en opération est efficace et produit un niveau de pureté de métal inégalé. Les changements proposés pour un nouveau contrat sont concurrentiels, équitables et alignés avec l’industrie de l’aluminium au Québec. Le mandat de l’ABI comprend des améliorations qui repositionneront l’aluminerie pour un avenir durable, en maintenant des emplois de qualité à long terme avec des salaires et des avantages sociaux concurrentiels», peut-on lire dans le communiqué.

Le spécialiste en relations de travail de l’Université du Québec, Jean-Claude Bernatchez, considère que le syndicat n’a pas le choix de garder la même orientation.

«Les syndiqués ne pouvaient pas dire ‘‘merci patron de couper 20 % des emplois’’ et rentrer avec le sourire», lance-t-il.

En ce qui concerne l’attitude de la direction d’Alcoa, il considère qu’elle constitue un comportement fréquent d’un employeur lorsqu’un confit de travail traîne en longueur comme celui-ci.

«L’employeur y va en réduction des attentes des travailleurs. C’est une façon classique de travailler», explique-t-il. Il avance donc que les nouvelles demandes patronales s’expliquent par le fait que le conflit traîne en longueur, et ce, même si les deux parties étaient près d’une entente l’automne dernier.