L'abattoir Levinoff-Colbex de Saint-Cyrille-de-Wendover a fermé ses portes en mai 2012.

Abattoir Levinoff-Colbex: près de 10 millions $ en extras au Groupe Cola

Les trois membres du Groupe Cola auraient reçu près de 10 millions $ en extras sur environ six ans en plus de leurs salaires pour continuer de gérer l'abattoir Levinoff-Colbex après l'avoir vendu à la Fédération des producteurs de bovins (FPBQ) en 2005. Le rapport de la firme KPMG chargée d'enquêter sur ce dossier à la demande du gouvernement du Parti québécois ne fait toutefois état d'aucune malversation.
Le rapport qui devait d'abord être rendu public vendredi l'a finalement été mardi après avoir été caviardé de façon à en cacher la plupart des noms ainsi que certaines informations. Un caviardage pour le moins étonnant puisque les noms des principaux acteurs sont archiconnus, notamment ceux des vendeurs, les frères Philip et Jack et leur cousin Louis Cola. Même le nom de la ministre libérale de l'époque, Françoise Gauthier, est biffé, mais pas le titre!
Parmi les informations cachées figurent celles ayant trait aux extras versés aux trois hommes d'affaires Cola après qu'ils furent devenus «simples» gestionnaires de l'usine. Le Soleil a appris de source sûre que ce montant se situe entre 9 et 10 millions $.
Il est aussi question dans le rapport d'un boni non compris dans l'entente, de financement d'activités de promotion par l'entremise d'une société, de même que de la rémunération versée à une société pour la classification et la fixation hebdomadaire du prix des bovins.
Parmi les autres faits ayant conduit aux difficultés financières de l'abattoir figure le non-respect du canal unique d'approvisionnement ainsi que la mise en place d'un réseau parallèle de bovins de réforme géré par une société ontarienne. Selon un système assez complexe, ces bovins étaient revendus à Levinoff-Colbex à un prix supérieur à celui prévu à la grille du réseau québécois des encans, sans que les animaux transitent jamais en Ontario.
Selon KPMG, il n'a pas été possible de savoir qui étaient les actionnaires de la société ontarienne qui gérait ce réseau.
Étouffée financièrement, l'entreprise située à Saint-Cyrille-de-Wendover a fermé ses portes en mai 2012, privant les producteurs de bovins québécois du plus important abattoir de bovins de réforme dans l'est du Canada.
Juste valeur marchande
L'un des faits étonnants du rapport de KPMG est qu'il situe le prix de vente de 62,5 millions $ dans la fourchette de la «juste valeur marchande». Dans des documents remontant à l'époque de la vente et consultés par Le Soleil en 2012, des fonctionnaires d'un comité interministériel l'avaient pourtant qualifié de «faramineux».
Le rapport établit par ailleurs que l'entente de principe liant le gouvernement au montage financier de cette transaction a été signée par la ministre Gauthier avant que les fonctionnaires en étudient les paramètres, et que ceux-ci n'ont donc pu être modifiés.
Le gouvernement a prêté 19 millions $ pour cette transaction en plus de garantir une marge de crédit de 10 millions $.
Dans un communiqué publié mardi, le ministre de l'Agriculture François Gendron parle de «fiasco» de la part du gouvernement libéral.
La FPBQ relève qu'il n'y a eu aucun geste illégal et rappelle que la transaction s'est faite dans un contexte particulier qui était celui de la crise de la vache folle.
Le rapport est disponible à partir de la page d'accueil du ministère de l'Agriculture, www.mapaq.gouv.qc.ca.