Abattoir Levinoff-Colbex: le ministre Corbeil ignorait les salaires des frères Cola

Le ministre de l'Agriculture Pierre Corbeil ignorait les importantes conditions salariales consenties aux trois frères Cola, gestionnaires jusqu'à tout récemment de l'abattoir Levinoff-Colbex, dont le gouvernement assure la survie depuis 2010 en garantissant sa marge de crédit de 10 millions$.
Ces salaires, qui ne sont pas connus de façon formelle, ont été qualifiés de «quasiment honteux» récemment par l'ancien président de cet abattoir de bovins de réforme, Bruno Letendre. Le montant global de 2,5 millions$ a circulé.
La question a été soulevée hier par le critique à l'agriculture de l'opposition péquiste, André Simard, lors de l'étude des crédits du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation à l'Assemblée nationale.
Le ministre Pierre Corbeil a réitéré ce qu'il a maintes fois affirmé, à savoir que l'abattoir est la propriété de la Fédération des producteurs de bovins du Québec (FPBQ) et non du gouvernement. M. Letendre était mieux placé que lui, dit-il, pour se questionner sur cette situation avec ses collègues administrateurs.
Le député Simard a fait état dans le détail de plusieurs documents obtenus par la Loi sur l'accès à l'information révélant que les membres du comité interministériel formé avant que la transaction se réalise, au milieu des années 2000, considéraient que celle-ci était uniquement à l'avantage des vendeurs, les frères Cola, ceux-là mêmes qui ont ensuite été embauchés comme gestionnaires. Le Soleil a déjà fait état de ces documents.
M. Simard a aussi rappelé que les frères Cola sont d'importants donateurs au Parti libéral.
Selon le ministre Corbeil, il est facile de réécrire l'histoire après-coup. Le gouvernement a soutenu la FPBQ parce que le maintien de cette infrastructure était stratégique pour les producteurs, dans le contexte suivant la crise de la vache folle, dit-il. Investissement Québec a prêté 19 millions$, montant toujours dû au moins en partie, puisque le ministre n'a pas donné de chiffres à cet égard lorsque questionné plus tôt par le député Janvier Grondin.
Aujourd'hui encore, il se dit motivé par la nécessité de soutenir les producteurs, en se rangeant derrière leur projet de transformation de l'entreprise en coopérative. Il rappelle en outre que plus de 300 emplois sont en jeu dans le Centre-du-Québec.
Une requête a été déposée devant la Régie des marchés agricoles par l'Association de défense des producteurs de bovins, qui conteste la propriété de l'abattoir par la Fédération. Celle-ci devait être entendue aujourd'hui, mais l'audience a été reportée au 9 mai en raison de l'annonce du projet de coopérative.