Le président chinois Xi Jinping est l'un des principaux invités au forum économique de Saint-Pétersbourg.

À Saint-Pétersbourg, la Russie veut attirer les investissements malgré tout

SAINT-PÉTERSBOURG — Investisseurs poursuivis en justice, sanctions, croissance poussive... Dans un contexte difficile pour les étrangers, la Russie s'emploie à attirer des investissements dont elle a fort besoin lors de son raout annuel des affaires, qui s'ouvre jeudi.

On le surnommait le «Davos russe» quand l'économie de la Russie était en plein boom. Le forum économique de Saint-Pétersbourg, organisé de jeudi à samedi, est devenu le lieu où Vladimir Poutine martèle chaque année rester ouvert aux investissements, malgré un climat des affaires tendu et de vives tensions avec les Occidentaux.

Cette année encore, quelque 17 000 participants de 75 pays sont attendus dans l'ancienne capitale impériale.

Avec pour principaux invités le président chinois Xi Jinping et le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, ce rendez-vous arrive alors que la reprise de l'économie russe a freiné brusquement depuis le début de l'année.

Le pays avait renoué avec la croissance en 2017, après deux ans de récession causée par la chute des cours du pétrole et les sanctions liées à la crise ukrainienne. Mais celle-ci n'est que de 0,5 % sur un an au premier trimestre 2019.

Il en faudra plus pour remplir les objectifs affichés par Vladimir Poutine au début de son quatrième mandat, d'ambitieux «projets nationaux» qu'il s'agit désormais de financer.

Le coût de ces projets - déclinés en douze catégories dont la santé et les infrastructures - approche les 400 milliards de dollars d'ici à 2024, dont 115 milliards doivent venir d'investissements privés, russes ou étrangers.

Diversifier les relations

L'objectif du Kremlin à Saint-Pétersbourg «est de montrer que la Russie a réussi à diversifier son orientation géopolitique en s'éloignant de l'exclusivité occidentale et qu'elle entretient désormais des relations en Asie et au Moyen-Orient», explique Chris Weafer, fondateur de la société de conseil Macro Advisory. «L'autre message, c'est que les relations avec l'Europe s'améliorent et que les relations en matière de commerce et d'investissement avec les États-Unis sont beaucoup moins importantes».

Mais l'arrestation et le placement en détention préventive en février de deux hommes d'affaires d'envergure, l'Américain Michael Calvey, cofondateur d'un des principaux fonds d'investissements étrangers en Russie, Baring Vostok, et son collègue français Philippe Delpal, a jeté un froid.

Si Michael Calvey est aujourd'hui assigné à résidence, Philippe Delpal reste en détention. Soupçonnés d'être à l'origine d'une fraude d'au moins 2,5 milliards de roubles (50 M$CAN), ils clament leur innocence.

En signe de protestation, l'ambassadeur des États-Unis Jon Huntsman boudera le forum cette année. La délégation américaine, traditionnellement une des plus importantes, devrait néanmoins rester fournie.

Selon Chris Weafer, cette affaire sera «le point central de nombreuses discussions. Mike Calvey et le cas Baring Vostok constituent une épine dans le pied : ni invités, ni bienvenus, mais impossibles à ignorer».

«Message négatif»

«Cela envoie un message négatif sur le climat des affaires, qui va à l'encontre des intérêts russes en matière d'investissement», confirme Charles Robertson, économiste en chef à Renaissance Capital, tout en relativisant : «Ce n'est pas la première fois, la Russie a connu d'autres situations de ce type».

La France devrait envoyer son ambassadeur, mais pas de ministre, alors que le forum avait accueilli en 2018 Emmanuel Macron et une délégation nombreuse.

Selon une source haut placée dans les milieux d'affaires européens en Russie, la taille de la délégation française ne sera «pas moindre qu'en 2017». Parmi les poids lourds, sont attendus Frédéric Oudéa, patron de la Société Générale, ou Patrick Pouyanné, patron de Total.

«Les Français ont maintenu leur présence après 2014 alors que les Américains faisaient pression pour que l'on ne se rende pas au forum», indique cette source. «Cela reste le lieu où il faut être, où l'on peut rencontrer ses clients au plus haut niveau».

Selon cette source, l'annexion par Moscou de la péninsule ukrainienne de Crimée en 2014 et les sanctions américaines qui ont suivi «ont remis les services de sécurité en selle dans le milieu économique, ce qui a créé les conditions de l'affaire Delpal. En 2014, ils ont jugé que la Russie était trop ouverte, et elle était très ouverte».

Cette semaine, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a affirmé «espérer» une libération de Michael Calvey et ses collègues, ajoutant que Vladimir Poutine suivait personnellement le dossier. Ces déclarations sont jusque-là restées sans effet.