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Des employés au travail sur un segment de la chaîne d’embouteillage.
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100 ans de la SAQ: une évolution au rythme de la société québécoise

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
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La Société des alcools du Québec célèbre cette année son 100e anniversaire. Fondée en 1921, elle a été non seulement témoin des nombreux changements et bouleversements qui ont marqué le Québec au cours des années, elle en a aussi provoqué. Il n’y a pas de doute, la SAQ et la société québécoise ont évolué au même rythme.

«C’est un peu normal dans la mesure où la SAQ est une société d’État», a expliqué Laurent Turcot, historien, professeur au département des sciences humaines de l’Université du Québec à Trois-Rivières et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire des loisirs et des divertissements. «Dans ce genre de situation, c’est parfois difficile de dire qui a influencé qui. Je pense que la société québécoise a influencé la SAQ qui a accompagné les Québécois dans leurs désirs de changements.»

C’est pleine période de prohibition de l’alcool aux États-Unis et alors que les mouvements de tempérance, qui prônaient de limiter voire même d’empêcher la vente et la consommation d’alcools — le mal du siècle selon certains, parce qu’elle entraînait les ouvriers dans les pires vices et les éloignait de leurs devoirs domestiques et de la moralité chrétienne —, qu’a été fondée la Commission des liqueurs du Québec.

L’entrepôt de la Commission des liqueurs dans les années 1920

Deux ans auparavant, le premier ministre Lomer Gouin avait prohibé toutes les boissons alcooliques dans l’ensemble de la province. Toutefois, à la suite d’un référendum, les Québécois avaient voté en majorité en faveur de l’exclusion de la bière, du cidre et des vins légers ayant moins de 2 % d’alcool de la loi. Mais en 1921, le gouvernement du premier ministre Louis-Alexandre Taschereau adopta une nouvelle position. Plutôt que d’interdire la vente d’alcool, l’État exercerait un contrôle sur sa vente et en assurerait l’approvisionnement.

C’est avec l’adoption de la Loi sur les boissons alcooliques que naît la Commission des liqueurs qui obtient le monopole de l’importation, du transport et de la vente de l’alcool de même que sur l’octroi des permis d’alcools aux hôtels aux restaurants, des clubs et des tavernes.

«Au début du 20e siècle, l’idée selon laquelle l’État devait prendre en charge les destinées de certaines sociétés, plutôt que de les laisser à l’entreprise privée pour faire en sorte que les choses aillent mieux, commençait à se répandre. La fondation de la Commission des liqueurs fait partie d’une tentative gouvernementale de reprendre en main certaines sociétés qui étaient gérées par le privé et d’en assurer la continuité.»

Succursale de la Commission des liqueurs en 1920.

Les premières succursales de la Commission des liqueurs étaient tout sauf accueillantes. Pas question de toucher ni même de voir les bouteilles. Les consommateurs devaient faire affaire avec à un commis, qui se tenait derrière un comptoir grillagé, pour commander payer et recevoir leurs achats. Ce n’est qu’à compter de 1961 que les consommateurs pourront voir les bouteilles dans les succursales. Il faudra attendre un autre 10 ans avant l’ouverture des premières succursales libre-service.

Au cours de son histoire surviendront deux changements de nom. La Commission des liqueurs deviendra la Régie des alcools en 1961 puis la Société des alcools du Québec en 1971. Selon M. Turcot, ces initiatives avaient pour but de donner un nouveau souffle à l’entreprise. Il est cependant d’avis que la société a donné son plus grand coup de volant dans les années 1980-1990 quand elle a assumé sa mission de faire de l’argent et qu’elle a commencé à faire du marketing afin de séduire ses clients. Par la suite, elle n’a jamais cessé d’être très proactive afin de suivre les tendances du marché. À preuve, la refonte de son site Web, l’augmentation de son offre, le lancement d’une application mobile, le développement des réseaux sociaux accompagné d’importants investissements dans la création de contenu et le lancement de son programme Inspire.

«La SAQ n’avait pas le choix, c’était une manière pour elle de se légitimer. Une société d’État qui se serait assise sur ses lauriers aurait prêté flanc aux critiques. On aurait dit que c’est une entreprise publique mal gérée qui ne rapporte pas d’argent. En agissant comme si elle était une entreprise privée, elle justifiait ses actions et ses décisions ce qui lui permettait d’éviter la critique.»

Un rôle déterminant

Moment important de la Révolution tranquille, Expo 67 a été, selon les anthropologues, le grand accélérateur des transformations qui secouaient le Québec. Elle aurait même modifié l’identité québécoise. Selon M. Turcot, l’Exposition universelle de Montréal a aussi joué un rôle majeur dans le développement du goût chez les Québécois. Beaucoup de grands chefs des quatre coins de la planète ont pris part à l’événement et leur présence a obligé la Régie des alcools à renouveler ses stocks et à élargir la palette des produits qu’elle offrait aux consommateurs. Cette transformation serait d’ailleurs une des raisons qui l’a mené à devenir la Société des alcools.

À partir de 1961, les bouteilles de vin et de spiritueux sont maintenant visibles dans les différentes succursales. Il faut cependant toujours passer par un commis afin de se les procurer.

«La SAQ ne s’est pas contentée de répondre aux demandes des gens. Elle a aussi travaillé à leur faire découvrir de nouveaux produits. Le vin, par exemple, qui n’était pas du tout tendance à une certaine époque. Elle l’a poussé et poussé et finalement les Québécois ont fini par l’apprécier au point d’en devenir des consommateurs frénétiques.»

La SAQ a peut être 100 ans, mais force d’admettre qu’elle a bien vieilli. Non seulement elle offre une grande variété de produits de qualité, mais elle répond plus que jamais à la curiosité du consommateur en montant en gamme dans plusieurs produits. Elle encourage aussi l’économie locale en offrant aussi une belle vitrine aux produits du terroir québécois, tant les vins que les spiritueux.

«Le centième anniversaire de la SAQ est le synonyme de monopolisation réussie», a conclu Laurent Turcot.

Les personnes désireuses en apprendre davantage sur l’histoire de la SAQ peuvent aller au www.saq.com/fr/100-ans.

La SAQ en chiffres.

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45,8 M$ pour préparer l’avenir

La SAQ investira 45,8 millions $ au cours des prochaines années afin de moderniser ses installations. La somme servira notamment à agrandir de 200 000 pieds carrés son centre de distribution à Montréal, le faisant passer à plus d’un million de pieds carrés, de même qu’à y intégrer un équipement de préparation de commandes unitaires automatisées qui lui permettront d’être encore plus efficace dans ses opérations.

«Cet investissement s’inscrit dans un plan structuré de modernisation qui va nous permettre de continuer à répondre aux attentes de nos clients et à l’évolution du commerce de détail», a déclaré la présidente et chef de la direction de la SAQ, Catherine Dagenais. «Il s’agit d’une importante mise à niveau de notre chaîne d’approvisionnement qui à terme nous donnera la capacité nécessaire pour transformer notre fonctionnement et l’expérience que nous voulons offrir à nos clients, incluant les titulaires de permis.»

Grâce à la modernisation de ses équipements, la SAQ pourra regrouper ses activités de cueillette sur un même site, accroître son offre de produits dans saq.com, offrir la livraison des commandes en ligne en 24 heures, augmenter la vitesse d’exécution des activités d’entrepôt et soutenir la croissance pour l’ensemble de ses clientèles.

C’est au plus tard en 2022 que devraient commencer les travaux du centre de distribution de la SAQ. Ils devraient être terminés en 2024. Jean-François Tardif

Une succursale de la Commission des liqueurs. Un an après avoir été fondé, le réseau de la CLQ comptait 64 magasins.

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15 événements marquants de la SAQ

  • 23 février 1921

Le gouvernement libéral de Louis-Alexandre Taschereau fait adopter à l’Assemblée législative la Loi des liqueurs alcooliques et crée la Commission des liqueurs. Son rôle consiste à gérer et à contrôler le commerce des vins et spiritueux, ainsi qu’à délivrer des permis pour les propriétaires d’hôtels ou de restaurants désireux de servir de l’alcool dans leurs établissements.

  • 1er mai 1921

Ouverture des premières succursales de la Commission des liqueurs.

  • 1922

La Commission des liqueurs du Québec ouvre sa première usine d’embouteillage à Montréal.

  • 1961

Création de la Régie des alcools du Québec. Son mandat touche à la fois à l’expansion du commerce des boissons alcooliques et à la gestion de l’émission et du contrôle des permis.

  • 1961

Ouverture de la première succursale dans laquelle le consommateur peut voir les produits qu’il désire acheter. Elle est située à la Place Ville-Marie à Montréal.

  • 1967

La Régie des alcools ouvre un centre de distribution à Québec

  • 1971

Début de la transformation des succursales qui deviendront toutes des libres services. Les consommateurs pourront non seulement voir les produits offerts, ils pourront même les toucher.

  • 18 mai 1971

En réponse à la commission Thinel, qui avait enquêté sur le commerce des boissons alcooliques et qui avait recommandé au gouvernement de scinder la Régie des alcools du Québec en deux administrations, une qui vendrait l’alcool et une autre qui s’occuperait d’émettre des permis, le gouvernement de Robert Bourassa dépose à l’Assemblée nationale un document de 360 pages qui compte plusieurs recommandations, dont celle de créer la Société des alcools du Québec et la Commission de contrôle des permis d’alcool qui est depuis devenue la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec.

  • 1973

Ouverture d’une première maison des vins à Québec

Des employés au travail sur un segment de la chaîne d'embouteillage.
  • 1978

Le gouvernement autorise la vente de vin dans les épiceries.

  • 1989

La SAQ met sur pied, en collaboration avec les membres de l’industrie québécoise des boissons alcooliques, Éduc’alcool, dont le mandat est de faire la promotion de la modération dans la consommation de produits alcoolisés au Québec.

  • Début des années 2000

Inauguration en l’an 2000 de la première SAQ Dépôt où il est possible de procurer des produits en vrac et en gros. L’année suivante, la SAQ lance son site de commerce en ligne sur le Web, SAQ.com.

  • 2004

Le 19 novembre, une grève générale illimitée est déclenchée par les 2800 employés de bureaux et de magasins. Le conflit durera 81 jours et obligera la SAQ à fermer temporairement plusieurs de ses succursales. Entre 40 et 50 magasins, sur les 400 que compte alors la SAQ, resteront ouverts et ils seront opérés par des cadres.

  • 2010

La SAQ lance une application gratuite pour les téléphones intelligents.

  • Février 2021

La SAQ célèbre les 100 ans de sa fondation.