Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
Chercheur à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, Alain Lesage estime que le Québec regagnerait sa mise en trois ans s’il décidait d’inclure la psychothérapie dans les soins de santé couverts avec la carte d’assurance-maladie.
Chercheur à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, Alain Lesage estime que le Québec regagnerait sa mise en trois ans s’il décidait d’inclure la psychothérapie dans les soins de santé couverts avec la carte d’assurance-maladie.

Santé mentale: ça coûte cher ne rien faire

CHRONIQUE / En santé mentale, ça coûte plus cher de ne rien faire que de donner à tous un accès aux traitements médicalement requis, dont la psychothérapie, soutient Alain Lesage, psychiatre, chercheur et professeur à l’Université de Montréal.

Si le premier ministre François Legault cherche un bon retour sur les investissements publics, son gouvernement aurait sans doute intérêt à consacrer plus de fonds en ce domaine pour mieux soutenir les personnes aux prises avec des troubles mentaux, de l’anxiété, la dépression ou des dépendances aux drogues ou à l’alcool.

Chercheur à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, M. Lesage estime que le Québec regagnerait sa mise en trois ans s’il décidait d’inclure la psychothérapie dans les soins de santé couverts avec la carte d’assurance-maladie.

Dans le cadre de la Semaine de prévention du suicide, on incite les gens à aller consulter et à parler de leurs troubles mentaux. Le message passe. La diminution du taux de suicide en est une illustration.

Devant la maladie mentale, les patients ne sont toutefois pas égaux au Québec. 

Aux portes tournantes et aux portes closes dont les médias font souvent état, s’ajoute une autre barrière, une autre difficulté. Les malades qui disposent de moyens financiers ou d’une assurance privée peuvent au besoin se tourner vers la psychothérapie. Les autres doivent trop souvent se contenter d’une médication même si la psychothérapie était aussi médicalement requise pour eux.

M. Lesage juge inacceptable que cette iniquité sociale perdure au Québec.

En entrevue téléphonique, il rappelle que les maladies mentales minent la vie et la performance des individus et des entreprises. Les prévenir et mieux les traiter permettraient de réduire le nombre de suicides, d’absences au travail, de problèmes physiques en plus de permettre à des parents de jouer pleinement leur rôle auprès de leurs enfants.

Le chercheur donne l’Australie en exemple. En 2017, 4 % de la population du pays a eu accès gratuitement à la psychothérapie. Le coût pour l’Australie : 800 millions $ par an. Au Québec, la facture pourrait être de 250 millions $. Une peanut, selon lui. 

M. Lesage est l’un des experts à avoir alimenté la réflexion du Commissaire à la santé et au bien-être, Robert Salois. En 2012, celui-ci invitait le gouvernement du Québec à évaluer différents modèles organisationnels pour donner accès à la psychothérapie à toute personne ayant un trouble mental requérant un tel service. 

Le commissaire admettait que le coût d’inclure un nouvel élément dans le panier de services publics pouvait rebuter. ll évaluait entre 400 et 500 millions $ la note annuelle, mais il faisait valoir que des interventions psychologiques pouvaient réduire de 20 à 30 % la facture de services médicaux.

Un collectif réclame depuis 2015 un accès accru à la psychothérapie. Québec avance, mais à petits pas. Et même si les gouvernements changent, la santé mentale a toujours droit qu’à une infime part de l’imposant budget de la Santé.

Le gouvernement Legault poursuit le travail amorcé par l’ancien ministre de la Santé, Gaétan Barrette, qui avait lancé en 2018, en Chaudière-Appalaches, le premier projet pilote du Programme québécois de psychothérapie pour les troubles mentaux. Le programme est inspiré de celui en place en Grande-Bretagne.

Québec affiche maintenant d’importants surplus budgétaires. Le gouvernement doit présenter durant son mandat une nouvelle stratégie en prévention du suicide, de même qu’un plan d’action en santé mentale. La gratuité de la psychothérapie en fera-t-elle partie? À suivre. 

En attendant, l’Association québécoise de prévention du suicide inscrit toujours un meilleur accès à la psychothérapie dans les moyens pour prévenir les suicides. Elle demande aussi de renforcer les services d’hébergement de crise dans la communauté et d’assurer un suivi étroit de la personne qui a tenté de se suicider. 

L’association déplore de plus que ces services ne soient pas offerts de façon égale à tous les Québécois. Une iniquité de plus.

Ensemble, on peut prévenir le suicide. Si vous ou un de vos proches êtes en détresse, appelez sans frais au Québec le 1 866 APPELLE (277-3553).