À l’instar de ses confrères, la thanatologue Suzanne Côté de la Coopérative funéraire de l’Estrie doit respecter un protocole très strict pour les personnes décédées de la COVID-19.
À l’instar de ses confrères, la thanatologue Suzanne Côté de la Coopérative funéraire de l’Estrie doit respecter un protocole très strict pour les personnes décédées de la COVID-19.

Nouvelles façons de faire dans les salons funéraires

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
Si la pandémie de la COVID-19 n’a pas entraîné une hausse marquée de décès aux salons funéraires de Sherbrooke, les pratiques ont été modifiées de façon considérable.

Avec 25 décès liés au coronavirus en Estrie, la Coopérative funéraire de l’Estrie et la Résidence funéraire Steve Elkas à Sherbrooke n’ont pas été confrontées à des débordements comme c’est le cas dans la région de Montréal.

La coopérative funéraire de l’Estrie a été chargée d’environ la moitié de ces décès causés.

« Il n’a jamais été question d’exiger des frais supplémentaires malgré les précautions qui doivent être prises pour les décès liés à la COVID-19. Le protocole est très strict. Étant donné que nous connaissons très peu le virus, il faut redoubler de précautions. Les vêtements qui sont portés pour le transport ou pour la crémation sont jetés. Nos employés doivent porter des masques et des visières. Ils sont couverts de la tête aux pieds. Le défunt est placé dans un double linceul. Pour les cas de COVID-19, nous n’avons pas le droit de faire d’embaumement et la famille ne peut revoir le défunt », explique le directeur général de la Coopérative funéraire de l’Estrie, François Fouquet.

« La façon de faire le transport des dépouilles a été modifiée. Nous devons désinfecter le véhicule avant et après le transport du corps. Nous n’avons pas le droit de faire d’embaumement. Il est interdit de faire une exposition. Les personnes doivent être obligatoirement incinérées ou placées dans des cercueils hermétiques », ajoute le vice-président de la Résidence funéraire Steve Elkas, Stephan Elkas.

Malgré la pandémie de la COVID-19, l’Estrie n’est pas frappée par une hausse significative des décès.

« Nous sommes dans la moyenne des trois dernières années », constate François Fouquet.

Après la pandémie

Les maisons funéraires de Sherbrooke anticipent cependant un certain engorgement lorsque l’interdiction des rassemblements sera levée par les autorités gouvernementales.

« Lorsque les mesures de distanciation seront levées et qu’il sera possible de tenir des funérailles à l’église, nous aurons 150 familles qui voudront organiser rapidement des funérailles. C’est très compréhensible. Mais il faudra placer toutes ces funérailles en plus de celles des personnes décédées à ce moment », signale M. Elkas de la Résidence funéraire Steve Elkas.

À la Coopérative funéraire de l’Estrie, on anticipe déjà que 175 funérailles seront reportées en raison du confinement.

« Nous avons rappelé nos familles dont les proches sont décédés depuis le 16 mars. On remarque que les rituels ne sont pas les mêmes. Avec les médias sociaux, ils ont vécu une partie du deuil en privé. Les cérémonies qui se dérouleront après le confinement pourraient davantage être axées sur une célébration de la vie du défunt », remarque François Fouquet.

Les entreprises funéraires ont été identifiées comme services essentiels. 

Pour les familles qui le demandent et dont la cause du décès n’est pas liée à la COVID-19, certaines expositions peuvent se dérouler, mais avec des restrictions.

Des douze à quinze funérailles par semaine qui se déroulaient en temps normal, la Résidence funéraire Steve Elkas tient de deux à quatre cérémonies intimistes. Une quinzaine de chaises sont disposées à distance dans une chapelle qui peut accueillir 225 personnes.

« Il ne peut y avoir qu’une dizaine de personnes à la fois qui doivent respecter les règles de distanciation. Un horaire est établi aux 20 minutes. Les familles endeuillées peuvent recevoir leurs proches, mais en restant à une distance de neuf pieds (3 mètres). Nous avons installé aussi plusieurs stations de désinfection, mais il est interdit de toucher au cercueil du défunt », mentionne M. Elkas.

La Coopérative funéraire de l’Estrie a réservé son salon de la rue Short pour ceux qui tiennent à ce qu’une exposition se déroule pendant le confinement.

« Le nombre de personnes est limité. Nous avons mis en place un horaire. Nous en avons tenu cinq ou six depuis la mi-mars. Les autres expositions et cérémonies sont reportées. C’est difficile pour les familles de ne pas pouvoir organiser de rituel de départ. Les gens ne savent pas quand ils pourront le faire. Cela s’ajoute au fait qu’il est présentement difficile d’accompagner leurs proches dans leurs derniers moments », mentionne François Fouquet de la Coopérative funéraire de l’Estrie.