François Bourque
Montréal a déjà statué que la station REM du quartier Griffintown portera le nom de Bernard Landry. À Drummondville, c’est l’immeuble de la Société de développement économique. Pour le gouvernement du Québec, ce sera le barrage hydroélectrique Eastmain 1 à la Baie-James. La Ville de Québec cherche toujours une façon d’honorer l’ancien premier ministre du Québec, décédé le 6 novembre 2018.
Montréal a déjà statué que la station REM du quartier Griffintown portera le nom de Bernard Landry. À Drummondville, c’est l’immeuble de la Société de développement économique. Pour le gouvernement du Québec, ce sera le barrage hydroélectrique Eastmain 1 à la Baie-James. La Ville de Québec cherche toujours une façon d’honorer l’ancien premier ministre du Québec, décédé le 6 novembre 2018.

L’art délicat de l’immortalité

CHRONIQUE / La Ville de Québec cherche encore une façon d’honorer la mémoire de l’ex-premier ministre Bernard Landry, décédé le 6 novembre 2018.

Montréal a déjà statué que la station REM du quartier Griffintown portera le nom de Bernard Landry, ce qui rappelle sa contribution au développement du centre-ville et de la Cité du multimédia.

À Drummondville, c’est l’immeuble de la Société de développement économique. Pour le gouvernement du Québec, ce sera le barrage hydroélectrique Eastmain 1 à la Baie-James. 

L’hypothèse la plus vraisemblable pour la Ville de Québec serait de renommer une rue de la colline Parlementaire, comme elle l’a fait en 2016 pour Jacques Parizeau (ancienne rue Saint-Amable).

Le problème est qu’il y a de moins en moins de rues «disponibles» sur la colline.

Québec ne sent pas d’urgence à décider. «Tout le monde est en réflexion. On prend notre temps. On n’est pas à la course», expose la conseillère municipale Anne Corriveau, qui préside le comité de toponymie de la Ville. 

La Ville de Lévis réfléchit de son côté à la demande de la famille de l’ex-ministre et maire Jean Garon qui aimerait voir rebaptiser une portion de la route du Président-Kennedy. 

Le mois dernier, ce fut le conjoint de l’ex-mairesse de Sainte-Foy, Marc Boucher, qui est revenu à la charge à la veille de son décès, dans Le Journal de Québec.

Il y plaidait pour que le nom d’Andrée Boucher, qui apparaît déjà sur l’édifice de l’ancien hôtel de ville de Sainte-Foy, soit aussi donné à une rue. Il pensait au boulevard Hochelaga. 

Tous les anciens maires de Sainte-Foy ont eu droit à une rue portant leur nom, a-t-il fait valoir. 

La porte n’est pas complètement fermée, dit Paul-Christian Nolin, ex-attaché de presse de la mairesse et collaborateur du maire actuel. On comprend cependant que ce n’est pas simple. 

L’ex-mairesse avait à l’époque confié à M. Nolin qu’elle aurait aimé que son nom soit donné un jour à la plage Jacques-Cartier. Une «demande» qui n’est pas dépourvue de sens. Cette plage est le plus important legs de Mme Boucher. 

À son décès, sa famille a préféré que ce soit plutôt l’ancien hôtel de ville, pour se mettre ensuite à «revendiquer» une rue.

Le dernier maire de Québec dont le nom a été donné à une rue fut Wilfrid Hamel, qui avait été auparavant député et ministre. 

Le vieux chemin des Commissaires à Vanier avait déjà été changé pour boulevard Hamel lorsque M. Hamel est devenu maire en 1953. 

Depuis lors, les maires Gilles Lamontagne, Jean Pelletier et Jean-Paul L’Allier ont tous été honorés en désignant un parc à leur nom plutôt qu’une rue ou un pont comme on l’avait fait pour Lavigueur et Drouin, ou encore un centre communautaire (Lucien Borne).

Les premiers ministres ont cependant eu droit à leur rue, leur boulevard ou leur autoroute (Jean Lesage, Robert Bourassa, René Lévesque, Jacques Parizeau). On verra plus tard si Jean Charest, Philippe Couillard ou François Legault méritent aussi l’immortalité. 

***

La toponymie est un sujet plus compliqué et sensible qu’on pourrait le croire. C’est aussi un sujet très politique. Surtout lorsqu’il s’agit de renommer un lieu qui avait déjà un nom. 

Les citoyens ont une réticence naturelle au changement. Sans compter qu’il se trouvera toujours quelqu’un sur les réseaux sociaux ou ailleurs pour trouver un reproche, une objection ou un lointain squelette dans le placard du défunt. 

On voudra éviter de changer le nom d’une grande artère où il y a beaucoup d’adresses commerciales, ce qui occasionne des dépenses et démarches administratives pour les entreprises.

L’acceptabilité sociale est nécessaire, rapporte Mme Corriveau. Les projets de changement de nom à Québec sont donc soumis à la consultation publique lors de conseils de quartier. 

***

Il n’y a pas de critères absolus ou objectifs en toponymie. 

On cherchera cependant à éviter d’enlever un nom chargé d’histoire. À moins que le sujet ait démérité, comme c’est arrivé pour la rue Claude-Jutra. 

Ou pour la rue Amherst à Mont­réal, remplacée par rue Atateken lorsque l’information s’est répandue que l’ex-général britannique visait à éradiquer les populations autochtones en leur distribuant des couvertures contaminées à la variole. 

On voudrait idéalement un lieu qui évoque le rôle public de la personne disparue. 

Dans un monde idéal, ce lieu ou cette rue serait en proportion de l’héritage laissé. On note ici que René Lévesque a eu «droit» à un boulevard de grande envergure (anciennement Saint-Cyrille).

***

Le comité de toponymie de la Ville de Québec n’a pas voulu dévoiler les hypothèses à l’étude pour Bernard Landry. 

Il pourrait y avoir une certaine logique à chercher du côté de Saint-Roch où M. Landry a contribué à mettre en place le pôle des entreprises technos.

Mais si c’est la colline Parlementaire et qu’on ne veut pas dépouiller une rue de son histoire ou de son «héros» local, les choix sont limités.

La rue des Parlementaires, peut-être. Elle est petite, mais voisine du Parlement, ce qui lui donne un certain prestige. La rue des Zouaves n’a sans doute pas l’envergure souhaitée. 

Des rues de saints seraient peut-être les plus «faciles» à débaptiser. Saint-Augustin, Saint-Joachim, etc.

Ou alors la rue de Claire-Fontaine, dont le nom évoque une fontaine qui coulait à l’époque à côté de la maison d’Abraham Martin, grand propriétaire des terres du quartier. 

Claire-Fontaine passe entre le Grand Théâtre et le parc de l’Amérique-Française. M. Landry ne renierait ni l’un ni l’autre. 

Comme il ne renierait pas le nom de cette ruelle entre le boulevard René-Lévesque et la rue du marché Berthelot : le passage de la Résistance-Bernard Landry. Le lieu est minimal, mais ce serait un joli nom pour honorer un patriote.