Grâce à l’outil de recherche, il est possible de trouver un service selon le type de soins, la clientèle accueillie, la durée de la thérapie, pour ne nommer que ceux-là.
Grâce à l’outil de recherche, il est possible de trouver un service selon le type de soins, la clientèle accueillie, la durée de la thérapie, pour ne nommer que ceux-là.

La fin d’un système à deux vitesses réclamée pour les centres de traitement des dépendances

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
C’est un véritable cri du cœur qu’a lancé plus tôt cette semaine le président de l’Association professionnelle des organismes en dépendance (APOD), Paul Boissonneault. Faute d’un financement adapté à la hausse de la demande, des centres de traitement des dépendances à l’alcool et aux drogues un peu partout au Québec sont à deux doigts de fermer leurs portes.

Contrairement aux établissements membres de l’Association québécoise des centres d’intervention en dépendance (AQCID), qui sont reconnus comme étant des organismes communautaires et donc admissibles au Programme de soutien (PSOC) à cet effet, les 18 membres de l’APOD, considérés comme des centres privés, ne bénéficient pas du même appui financier, et ce, même s’ils doivent répondre aux mêmes standards réglementaires et de pratique.

« Mêmes certifications, mêmes exigences, mêmes contrôles, réitère M. Boissonneault, également directeur général du Centre Nouveau Regard, dans Lanaudière. Mais on refuse de me donner une aide égale parce qu’on ne me reconnaît pas comme un organisme communautaire. »

À eux seuls, les centres membres de l’APOD comptent environ 1250 lits à travers la province, avec un taux d’occupation plus élevé que celui de l’AQCID, soutient le président.

« Chaque lit vide, pour nous, ce sont des revenus en moins, explique-t-il. Les autres centres qui touchent des subventions n’ont pas à s’inquiéter, car ils ne perdent pas autant au change si des places sont disponibles. »


« J’aimerais juste ça qu’on ajuste notre financement, juste assez pour avoir l’esprit tranquille, demande-t-il. On a des centres qui sont sur le bord de fermer actuellement. Dans certains cas, on est rendus qu’on serait dans le trouble si des chauffe-eau venaient qu’à briser. »
Paul Boissonneault, président de l’Association professionnelle des organismes en dépendance

Pour leurs pensionnaires prestataires de l’aide sociale, chômeurs, qui sont détenus ou hospitalisés, les centres membres de l’APOD touchent un per diem d’environ 63 $ par jour de la part du ministère de la Santé et des Services sociaux.

« À mon centre, ça sert à loger, nourrir, blanchir et traiter la clientèle, mais aussi à payer mes 10 employés, qui sont des intervenants diplômés et le cuisinier, détaille M. Boissonneault. Je n’ai pas les moyens d’embaucher une adjointe pour m’alléger la paperasse, je n’ai pas les moyens d’acheter des ordinateurs portables pour rendre le travail de mon monde plus efficace. Le ménage dans la cave et le lavage de la fosse septique, c’est moi qui le fais. Et c’est moi qui travaillerai à Noël pour pouvoir donner un congé à mes employés. »

« J’ai des gars qui rentrent ici, en plus d’être toxicomanes, ils ont parfois des problèmes de santé mentale, comme la schizophrénie ou la bipolarité. On a des gars de 200 lb qui mangent et qui mangent, parce qu’ils ne mangeaient pas quand ils étaient intoxiqués. Et je touche environ le même montant par tête qu’une responsable de service de garde qui s’occupe de petits enfants qui mangent comme des oiseaux et qui rentrent chez eux chaque soir », ajoute-t-il avec découragement.

Les autres clients devront défrayer plusieurs centaines, voire près de 2000 $ par mois pour leurs soins, un montant qui en décourage plusieurs d’aller chercher de l’aide dont ils ont besoin. « Les assureurs nous remboursent pour leur membre à la toute fin du traitement, alors on doit le soigner à nos frais jusque-là, indique Paul Boissonneault. On a aussi des gens qui ont de l’aide de leurs proches au début, mais après quelques semaines, ils n’ont plus l’argent. On ne veut pas les laisser partir quand ils sont sur la bonne voie, alors on prend des ententes de paiement avec eux. »

Des ententes où, la plupart du temps, le prestataire de services ne revoit pas la couleur de son argent.

« Penses-tu que je vais aller collecter ces gars-là, en sachant qu’ils font tout pour se reprendre en main? C’est impensable pour moi de rabattre ces gars-là par terre », se justifie le directeur, qui n’a pas pu compter sur ses événements-bénéfices annuels pour renflouer les caisses de son centre, pandémie oblige.

Des besoins croissants

Les ajustements annuels des sommes octroyées aux centres privés ne suffisent pas à suivre la hausse fulgurante des besoins, souligne M. Boisonneault.

« La clientèle a beaucoup rajeuni avec l’arrivée de nouvelles drogues de synthèse sur le marché noir, affirme-t-il. Il y a de plus en plus de cas de santé mentale. »

Beaucoup d’anciens résidents ont malheureusement rechuté ces derniers mois. « J’ai parlé avec plusieurs de nos anciens, qui étaient abstinents jusqu’à ce printemps. Ils étaient seuls chez eux à ne rien pouvoir faire. C’est évident que certains allaient trouver ça difficile et rechuter », confirme le président, ajoutant que l’aide financière octroyée à des travailleurs mis à pied et dont le salaire était inférieur a mené, dans certains cas, à une augmentation de la consommation.

« Quand on sait que quatre personnes sur dix vont avoir des problèmes avec l’alcool ou les drogues au courant de sa vie... On est confrontés à tout ça, mais sans l’aide équitable dont nous avons cruellement besoin », lâche-t-il.

Une rencontre demandée

M. Boissonneault plaide pour une hausse du per diem que touchent les centres et souhaiterait un peu plus de soutien de la part de Québec.

« J’aimerais juste ça qu’on ajuste notre financement, juste assez pour avoir l’esprit tranquille, demande-t-il. On a des centres qui sont sur le bord de fermer actuellement. Dans certains cas, on est rendus qu’on serait dans le trouble si des chauffe-eau venaient qu’à briser. »

Toujours appelés à faire plus avec moins, les employés de ces centres sont aussi essoufflés, soutient le président. « Ça fait de la peine de voir nos employés au bout du rouleau », relate-t-il, ajoutant que les centres privés n’ont pas les moyens d’offrir des conditions de travail aussi avantageuses que leurs homologues du système public, causant un exode irréversible du personnel.

Voilà plus de trois mois que l’APOD tente de communiquer avec le bureau du ministre délégué Lionel Carmant afin de plaider sa cause, sans succès, nous dit-on.

« J’envoie des lettres, qui me sont renvoyées, des courriels qui demeurent sans réponse et que je fais des appels qui ne me sont pas retournés, allègue M. Boissonneault. On m’avait promis une rencontre avec l’équipe du ministre, mais ça a été reporté à la dernière minute et je n’ai toujours pas eu de nouvelles pour une autre date. »

Par courriel, l’attachée de presse du ministre Carmant s’est contentée de mentionner que « des discussions auront lieu entre l’APOD et le cabinet du ministre ».

Invitée à préciser quand, on nous a dit que le tout se déroulerait « très prochainement, voire au cours des prochaines semaines ».

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TROUVETONCENTRE.COM : TOUTES LES RESSOURCES À PORTÉE DE CLIC

Sites d’injection supervisés, thérapie ouverte ou fermée, groupes de soutien, travail de rue, réinsertion sociale, intervention, aide et référence : la quasi-totalité des services en prévention et en traitement d’une dépendance, qu’elle soit à l’alcool, à la drogue, au jeu ou de la cyberdépendance, sont désormais réunis à une même adresse : trouvetoncentre.com.

Ce portail présenté sous la forme d’une carte interactive, réalisé conjointement par l’Association québécoise des centres d’intervention en dépendance (AQCID), le Centre de référence du Grand Montréal et les lignes spécialisées Drogue : aide et référence, a été lancé en grande pompe mardi, à l’aube de la Semaine nationale de sensibilisation aux dépendances qui débutera le 22 novembre. 

Le président de l’Association professionnelle des organismes en dépendance (APOD), Paul Boissonneault, plaide pour une hausse de l’aide financière à ses membres.

Grâce à l’outil de recherche, il est possible de trouver un service adapté à nos besoins ou ceux d’un proche, et ce, par région ou par mot-clé, aussi bien en français qu’en anglais. « On parle évidemment de ressources pour aider les gens à arrêter de consommer, mais ça s’adresse aussi à ceux qui souhaitent seulement réduire leur consommation ou consommer de façon plus sécuritaire, explique Vincent Marcoux, directeur général de l’AQCID. Avoir besoin d’aide, ce n’est jamais tout blanc ou tout noir. »

D’autres options de recherche permettent d’explorer les 542 ressources en fonction de différents critères, dont les centres de thérapie, selon le type de soins, la clientèle accueillie, la durée de la thérapie, pour ne nommer que ceux-là. Il est aussi possible d’obtenir une liste d’environ 80 adresses où on peut obtenir de la naloxone, médicament utilisé pour contrer une overdose de fentanyl.

Dans tous les cas, les résultats de la recherche mèneront aux établissements identifiés sur une carte. En les sélectionnant, l’internaute pourra obtenir un bref descriptif du service, ses coordonnées ainsi que sa capacité d’accueil et ses tarifs, le cas échéant.

Naviguer, appeler, clavarder

Le clavardage est de plus en plus utilisé par le requérant pour formuler leurs besoins, c’est pourquoi un outil de discussion en direct via la plateforme est disponible, au même titre que les numéros des lignes d’aide ouvertes en tout temps.

« On a remarqué que de plus en plus de gens préfèrent s’exprimer via le chat plutôt qu’au téléphone, souligne Hélène Hamel, directrice des lignes spécialisées en dépendance, Drogue : aide et référence. Ça a nécessité une certaine adaptation de la part des intervenants. C’est beaucoup moins facile de témoigner de l’empathie par écrit. »

« Avec la COVID-19, notre rôle est plus important que jamais, on voit des gens souffrir d’anxiété et de détresse ou de problèmes de santé mentale, remarque Pierrette Gagné, directrice générale du Centre de Référence du Grand Montréal. Il faut une réponse la plus complète possible à des problèmes qui vont de plus en plus au-delà d’une simple dépendance. »

« Les intervenants doivent composer avec une réalité de plus en plus complexe en essayant de répondre du mieux possible aux demandes d’aide, renchérit Mme Hamel. Je crois fermement que tous les ingrédients sont réunis pour aider à la fois les personnes, leurs proches et les intervenants. »

En effet, trouvetoncentre.com servira également aux intervenants chargés de rediriger les individus aux ressources qui pourraient leur venir en aide. « Un réflexe qu’on a, comme intervenants, c’est souvent de référer aux mêmes endroits. Il y a des ressources dont on ne soupçonne pas l’existence, mais qui sont peut-être plus adaptées à la situation de la personne qui nous demande de l’aide et des informations, souligne avec justesse M. Marcoux. Avec ce site, on s’assure que les gens puissent cogner à la bonne porte, plus rapidement. »