Philippe Labelle

«Il n’y a pas grand-chose qu’on ne peut pas faire»

« Depuis environ 10 ans, il y a des avancées technologiques incroyables qui font que les personnes aveugles peuvent être encore plus autonomes au travail, explique M. Demers, directeur général de la Fondation INCA-Québec. La situation devrait donc s’améliorer, mais il reste un blocage avec les employeurs. »

« On a une main-d’œuvre qualifiée qui veut travailler, poursuit-il. Les études démontrent une meilleure rétention d’emploi lorsqu’une entreprise embauche des personnes aveugles. Elles sont fières de travailler. Il y a plein d’emplois où il n’y a pas de différence comme n’importe quel travail administratif. On est capable d’être créatif et de trouver des solutions pour des emplois qui sortent du commun comme agriculteur. À part évidemment être un pilote d’avion ou un chauffeur d’auto de course, il n’y a pas grand-chose qu’on ne peut pas faire. »

Définies par des deux pattes

Un autre aspect problématique pour une personne en situation de handicap est la durée d’une semaine de travail, 35 ou 40 heures avec des soirs et des déplacements, qui n’est tout simplement pas adaptée selon Philippe Labelle, coordonnateur au Programme d’intégration des étudiantes et étudiants en situation de handicap à l’Université de Sherbrooke.

« Toutes les jobs ont toujours été définies par des deux pattes bien portantes en super forme, indique-t-il. On oublie que les gens avec un handicap peuvent n’avoir que 20 heures disponibles. On l’a vécu tellement souvent, des gens qui ont fait des doctorats en ressources humaines. Ils ont de super bons boulots à la fine pointe. Ils commencent leur emploi et c’est juste trop d’heures, ce n’est pas réaliste. Ils ont oublié l’escalier ou l’architecture du bâtiment. On se retrouve avec des gens hyper qualifié, mais on n’a pas prévu les détails, c’est un peu décourageant. J’ai un étudiant qui doit faire de l’hémodialyse trois fois par semaine et un autre qui doit utiliser une tente d’oxygène et il faut toujours qu’un employeur me demande si c’est bien grave s’ils ne les font pas. Oui ça s’appelle un coma ou un décès. »

En 2019, 28 étudiants avec un handicap visuel étudiaient à l’Université de Sherbrooke.

« On ne sait pas encore comment harnacher les forces vives, image M. Labelle. Les malentendants sont nos meilleurs comptables. Il y a des organismes ou même la fonction publique qui m’appellent pour me demander si j’ai un "sourd" qui va graduer bientôt. Ils ne sont pas déconcentrables. Ça dépend de la créativité. Si je suis un psychologue non-voyant, il n’y a aucun jugement de regard, tout est calme. Tu as le goût de parler, c’est une autre modalité de communication. On a un étudiant avec un handicap visuel qui a gradué en psychologie et il a une présence extraordinaire. Un moment donné, on se rend compte que des entreprises ou des sphères de la société qui goûtent à une personne en situation de handicap en veulent plus. »

Philippe Labelle n’hésite pas à comparer l’arrivée des personnes en situation de handicap sur le marché du travail à celui des femmes lors de la Deuxième Guerre mondiale.

« Au début il y avait des problèmes qu’on n’avait pas vus venir comme les toilettes ou l’heure que les enfants revenaient de l’école, résume M. Labelle. On a réglé ça et aujourd’hui, on ne pourrait pas s’en passer. »