Maude Dechamplain a installé une grosse pancarte sur laquelle on peut lire : «NE PAS BARRER VOS VÉLOS ICI».
Maude Dechamplain a installé une grosse pancarte sur laquelle on peut lire : «NE PAS BARRER VOS VÉLOS ICI».

Excédée par les vélos barrés chez elle, une citoyenne riposte

Marc Allard
Marc Allard
Le Soleil
Les vélos étaient barrés chez elle. Sauf que ce n’était pas les siens.

Depuis qu’elle a emménagé dans un condo de la 3avenue, dans Limoilou, Maude Dechamplain doit fréquemment contourner des bicyclettes cadenassées à sa galerie ou à l’escalier qui monte jusque sur son perron. 

Parfois, des citoyens verrouillent aussi leurs poussettes ou attachent leurs chiens sur sa propriété. Mais les vélos sont encore plus problématiques. 

«L’an passé, j’ai eu quelqu’un qui a barré son vélo et qui l’a laissé là 17 jours avec le guidon qui embarque dans l’escalier et qui m’empêchait moi-même de monter avec mes courses», raconte Maude Dechamplain. 

Mme de Champlain a collé des petits papiers sur le vélo pour demander au cycliste de l’enlever. «Plus les jours avançaient, moins c’était poli. J’ai carrément écrit : “tu l’enlèves ou moi je le coupe en deux”». 

Maude Dechamplain n’a finalement pas mis cette menace à exécution. Mais elle a barré le vélo de l’inconnu avec son propre cadenas en indiquant au cycliste qu’il devrait venir sonner chez elle et s’expliquer s’il voulait retrouver sa bicyclette. 

«Quand j’ai vu l’énergumène qui avait juste laissé son vélo là, sans raison, j’ai débarré le vélo et je me suis dit :“je vais prendre des moyens”». 


« L’an passé, j’ai eu quelqu’un qui a barré son vélo et qui l’a laissé là 17 jours avec le guidon qui embarque dans l’escalier et qui m’empêchait moi-même de monter avec mes courses »
Maude Dechamplain

Alors, Mme Dechamplain s’est rendue dans une entreprise spécialisée dans le matériel promotionnel imprimé et a commandé une grosse pancarte sur laquelle on peut lire : «NE PAS BARRER VOS VÉLOS ICI». 

La pancarte a survécu cinq jours. Sur la bande vidéo de la caméra de surveillance du restaurant voisin, Maude Dechamplain a vu trois gars à 2h du matin qui arrachent la pancarte et vont la jeter dans la poubelle au coin de la rue. 

Cet été, Maude Dechamplain a réinstallé la pancarte non pas à la hauteur de la rue, mais accrochée sur sa galerie. Cette fois, l’affiche a tenu le coup, et a fonctionné. «Les gens viennent pour se stationner, ils la voient, et ils vont plus loin», dit Mme Dechamplain. 

Seule une personne a stationné son vélo sur le paillis sous son balcon. «Quand elle je suis descendue, la personne s’est levée pour me dire : “je m’excuse, madame, est-ce que je peux rester”? J’ai dit : “bien oui, il n’y a pas de problème quand c’est demandé comme ça”». 

De l’avis de Mme Dechamplain, les péripéties qu’elle a vécues témoignent d’un problème plus large que le sien : celui de manque de supports à vélos autour des artères commerciales. 

Maude Dechamplain voit souvent des gens en vélo chercher en vain un endroit où barrer leurs bicyclettes. Les supports à vélo près de chez elle ne lui semblent pas assez nombreux et difficiles à repérer. «À un moment donné, le cycliste, il ne sait plus où aller», dit Mme Dechamplain. 

«Visibles et accessibles», dit la Ville

Le long de la 3e avenue, à Limoilou, il y a 38 supports à vélo «visibles et accessibles», souligne David O’Brien, porte-parole de la Ville de Québec. 

Depuis 2016, la Ville a ajouté à Québec 87 nouveaux supports à vélo qui comptent chacun entre trois et sept places, dont la quasi-totalité entre les quartiers Saint-Roch et Limoilou, précise M. O’Brien. Les ajouts ont été faits notamment sur la rue du Pont, la 3e avenue, le chemin de la Canardière et la rue Saint-Vallier Est.

En tout, la Ville installe des supports à vélo dans quelque 650 emplacements sur son territoire. Et une grande majorité de ceux-ci se trouvent dans La Cité-Limoilou, en raison de la densité de population et des liens cyclables dans cet arrondissement, fait valoir M. O’Brien. 

«Le nombre de supports à vélo a effectivement augmenté au cours des dernières années, principalement en raison du développement du réseau cyclable et des demandes des citoyens en ce sens», souligne le porte-parole de la Ville. 

Lorsque la Ville installe de nouveaux supports à vélo, explique David O’Brien, elle mise sur l’aménagement ou le réaménagement de parcs et d’espaces publics, le réaménagement d’une rue ou les demandes de commerçants. 

Carte interactive

N’empêche que, malgré ces ajouts, de nombreux cyclistes ont le sentiment de manquer de supports à vélos. «Les enjeux de stationnement à vélo, ça revient tout le temps, et c’est vrai que c’est difficile de garder le suivi des stationnements», dit Étienne Grandmont, directeur général d’Accès transports viables. 

M. Grandmont encourage les citoyens à appeler le Centre de relation avec les citoyens de la Ville de Québec au 311 pour signaler les endroits où il faudrait selon eux des supports à vélo. 

Le directeur d’Accès transports viables souhaiterait que la Ville de Québec imite Chicago qui a développé une carte interactive qui permet aux citoyens d’identifier des endroits où ils aimeraient voir installer des supports à vélo et de voter pour les emplacements de leur choix. La ville américaine consulte ensuite leurs recommandations.